DU DON DU CONSEIL
Celle question comprend quatre articles :
1° Si le conseil doit ôlre placé parmi les sept dons du Saint
Esprit ? 2° Si le don de conseil répond à la vertu de prudence?
3° Si le don de conseil demeure dans la Patrie?
4° Si la cinquième béatitude, qui est Blenlieureux les miséricordieux, répond au don de conseil ?
Article Premier.
Si le conseil doit être placé parmi les dons du Saint-Esprit?
Trois objections veulent prouver que « le conseil ne doit pas être placé parmi les dons du Saint-Esprit ». — La première arguë de ce que « les dons du Saint-Esprit sont donnés en aide aux vertus, comme on le voit par saint Grégoire au livre II des Morales (ch. xlix, ou xxvii, ou xxxvi). Or, dans l'acte du conseil, l'homme est suffisamment perfectionné par la vertu de prudence, ou même d'eubulie, comme il ressort de ce qui a été dit (q. 47, art. i, ad 2""*; q. 5i, art. i, 2). Donc le conseil ne doit pas être placé parmi les dons du Saint-Esprit ». — La seconde objection dit qu' « il semble y avoir, entre les sept dons du Saint-Esprit et les grâces gratuitement données (cf. ja 2ae^ q. 111, art. i, 4, 5), cette différence, que les grâces gratuitement données ne sont pas données à tous, mais sont distribuées à divers hommes, tandis que les dons du Saint-Esprit sont donnés à tous ceux qui ont l'Esprit-Saint. Or, le conseil semble appartenir aux choses qui sont données spécialement à
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quelques-uns par lEsprit-Saint ; selon celte parole du premier livre des Machabées , ch. n (v. G5) : ]'oiri Simon, l'otre frère. Lui est un homme de eonseil. Donc le conseil doit être mis au nombre des grâces gratuitement données plutôt que parmi les dons du Saint-Esprit d. — La troisième objection rappelle qu' « il est dit, aiLc Romains, ch. vni (v. i'4) : Ceux qui sont conduits par PE.sprit de Dieu, ceux-là sont les enfants de Dieu. Or, à ceux qui sont conduits par un autre, le conseil ne convient pas. Puis donc que les dons du Saint-Esprit conviennent pardessus tout aux enfants de Dieu, qui ont reçu l'Esprit des enfants d'adoption (ibid., v. i3), il semble bien que le conseil ne doit pas être placé parmi les dons du Saint-Esprit ».
L'argument sed contra est le texte d'Isaïe, cb. xi (v. 2), où « il est dit : Sur Lui reposera l'Esprit de conseil et de force ».
Au corps de l'article, saint Thomas commence par nous rappeler la définition des dons du Saint-Esprit. « Les dons du Saint- Esprit, comme il a été dit plus haut (/ '-i'"', ([. G8, art. i), sont de certaines dispositions qui rendent l'àme mobile et souple à l'action de l'Espril-Saint. Or, Dieu meut chaque être selon le mode de l'être qui est mù : c'est ainsi (/ii'K meut la créature corporelle dans le temps et da/is l'espace ; et la créature spirituelle, dans le temps mais non dans l'espace, comme le dit saint Augustin au livre ^ III du Commentaire littéral de la Genèse (ch. xx, xxii). D'autre part, il est propre à la créature raisonnable qu'elle se meuve par voie d'enquête de la raison à faire (pielque chose; laquelle enquête s'appelle le conseil. 11 s'ensuit que l'Esprit-Saint meut la créature raisonnable par mode de conseil. Et, à cause de cela, le coiuseil est placé parmi les dons du Saint-Esprit ». — On aura remarqué tout ce qu'il y a de simplicité et en même temps de profondeur et de lumière dans cette admirable raison donnée par saint Thomas pour justifier la présence du conseil parmi les dons du Saint-Esprit.
L'ad prirnum dit (jue « la prudence ou l'eubulie, soit acquise, soit infuse, dirige l'Iiomme dans l'enquête du conseil selon les choses que la raison n naturelle ou surnaluralisée « peut embrasser ou comprendre. Aussi bien, par la prudence ou l'eubulie, l'homme est rendu de bon conseil soit pour lui-mênie
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soit pour les autres. Mais, parce ([ue la raison humaine ne peut pas embrasser ou comprendre toutes les choses particulières et contingentes qui peuvent se présenter, de là vient que les pensées des mortels sont timides, et incertaines nos prévoyances ou providences, comme il est dit au livre de la Sagesse, ch. ix (v. i4). Et c'est pour cela que l'homme a besoin, dans l'enquête du conseil, d'être tlirigé par Dieu qui embrasse toutes choses. C'est ce qui se fait par le don de conseil, 011 l'homme est dirigé comme recevant son conseil de Dieu. Il en est ainsi, du reste, dans les choses humaines, oii ceux (jui ne peuvent se suftîre à eux-mêmes dans l'enquête du conseil detnandent conseil à de plus sages qu'eux ».
Vad secundum fait remarquer qu' « il peut appartenir à la grâce gratuitement donnée, que quelqu'un soit à ce point de bon conseil qu'il donne des conseils aux autres. Mais qu'un sujet reçoive de Dieu le conseil sur ce qui doit être fait dans les choses nécessaires au salut, ceci est commun à tous les saints ».
L'ad tertiam répond que « les enfants de Dieu sont conduits par l'Esprit-Sainl selon leur mode, c'est-à-dire en tenant compte du libre arbitre, qui est une faculté de volonté et de raison (cf. Maître des iSe/i/e/jrf5, III, dist. xxiv). Et ainsi, pour autant que la raison est instruite, par lEsprit-Saint, des choses de l'action, le don de conseil convient aux enfants de Dieu ».
Parmi les sept dons du Saint-Esprit, il en est un qui est appelé le don de conseil. C'est un habitus iiifus qui perfectionne la raison humaine, la rendant prompte et docile à recevoir de l'Esprit-Saint, dans la recherche ou l'enquête et le conseil qui se rapporte à l'action, tout ce qui est nécessaire au salut, venant ainsi au secours de la raison humaine, qui, même pourvue de toutes les vertus acquises ou infuses en vue du bon conseil, demeure toujours sujette à l'erreur ou à la surprise dans la complexité quasi infinie des circonstances qui peuvent intéresser son acte en vue du ciel à conquérir. — Ce don de conseil, à quelle vertu devrons-nous dire qu'il correspond : est-ce à la vertu de prudence? C'est ce que nous allons examiner à l'article qui suit.