QUESTION LU. — DU DON DU CONSEIL. ICI
divine qui doit être celle de cette vie dans l'ordre surnaturel. Le don de conseil étant cela, pouvons-nous dire qu'il continue d'exister après cette vie et qu'il demeure dans la Patrie? Saint Thomas nous va répondre à l'article suivant.
Article III.
Si le don de conseil demeure dans la Patrie?
Trois objections veulent prouver que « le don de conseil ne demeure pas dans la Patrie ». — La première rappelle que « le conseil a pour olyel ce qui doit être fait en vue de la fin. Or, dans la Patrie, il n"v aura rien à faire en \ue de la fin ; puisque là les hommes jouiront de la possession de la fin dernière. Donc, dans la Patrie, il n'y a point le don de conseil ». — La seconde objection fait remarquer que « le conseil implique un certain doute; car, dans les choses manifestes, il est ridicule de s'enquérir, comme on le voit par Aristote au livre III de VÉthiquc (ch. m, n. 8; de S. Th., leçon 7). Or. dans la Patrie, il n'y aura plus place pour le doute. Donc, dans la Paliic, il n'y aura pas de conseil ». — La troisième objection déclare (pic « dans la Patrie, les saints sont le plus conformes à Dieu ; selon cotte parole de la première épître de saint Jean, ch. m (v. 2) : QluiiuI II num pfirii, nous serons semblables à Lui. Or, à Dieu, le conseil ne convient pas, selon cette parole de l'Épître aiw liornains, cli. \i (v. S'i) : Qui donc a été son conseiller ? Donc, aux saints non plus, dans la Patrie, ne doit convenir le don de conseil ».
L'arpumonl sed conlru est un texte de « saint Grégoire », qui « dit, au livre \\ II des Morales (ch. \ii, ou viii, ou vu): Lorsque la J'aule on la Justice de char/ue nalion est Iraduile au conseil de la (lurie d'en-l/'uit, le chef de celte nation est convaincu d'avoir triomphe ou de n'avoir pas tr'iomphé dans le combtd ».
Au corps de l'article, saint Thomas nous rappelle que « comme il a été dit (art. i ; /«-•>"', q. 68, art. i), les dons du
I02 SO^IME THKOLOGIQUE.
Saint-Espril se réfèrent à ceci, (\uo la créaturo raisonnable est mue par Dieu. Or, au sujel de la molion, par Dieu, de l'esprit humain, il faut considéiei' deux elioses. D'abord, que, dans eetle molion, aulic est la disposition du sujel ([ui est mû tandis (|u'il es! niM, el autre sa disposition cpiand il est au terme du mouvenienl. Sil s'agissait d'un moleui' ({ui serait seulement })riuei})e du mouvenienl, ((uand le mouvement cesserait, cesserait toute action du moteur sur le mobile déjà parvenu à son terme ; c'est ainsi que la uuiison, iine fois construite, n'est ])lus sous l'action de l'architecte qui l'a construite. Mais si le moteur n'est pas seulement cause du mouvement, s'il est cause aussi de la forme elle-même qui termine le mouvement, dans ce cas l'action du moteur ne cesse point même après que la forme est acquise; c'est ainsi que le soleil continue d'illuminer l'atmosphère même après que cette atmosphère a déjà reçu la lumière. Oi", c'est de cette manière que Dieu cause en nous et la vertu et la connaissance, non seulement au moment oii nous les acquérons, mais aussi tout autant que nous y persévérons. De la sorte. Dieu cause la connaissance des choses de l'action, dans les bienheureux, non comme en ceux qui n'auraient point cette connaissance, mais comme en leur continuant la connaissance déjà possédée par eux des choses de l'action. Toutefois, ajoute le saint Docteur, il est des choses que les bienheureux, soit anges, soit hommes, ne connaissent point, comme n'étant point de l'essence de la béatitude mais appartenant au gouvernement du monde selon la divine Providence. A ce sujet, il faut considérer une seconde chose, savoir que l'esprit des bienheureux est mû par Dieu autrement que n'est mû par. Lui l'esprit de ceux qui vivent sur la terre. L'esprit de ces derniers, en eH'et, est mû par Dieu au sujet des choses de l'action, en cette sorte qu'il apaise l'anxiété du doute existant d'abord chez eux. Dans l'esprit des bienheureux, au sujet des choses qu'ils ne connaissent pas, il n'y a que le fait de ne pas savoii': et de cela, même les anges ont besoin d'être purihés, selon saint Denys, au chapitre vi de la IJicrarrkie eeclésiaslique ; mais ne précède pas, eu eux, l'enquête du doute : c'est un simple mouvement de conversion