‹ Commentaire français littéral de la Somme théologique de Saint Thomas d'Aquin (volume 3)Chapitre 12 sur 77 · QUESTION LU. — DU DON DU CONSEIL. . I · texte numérisé non relu

QUESTION LU. — DU DON DU CONSEIL. . I

vers Dieu, qui les fait le consulter, selon que s'exprime saint Augustin au livre V du Commentaire littéral de la Genèse (ch. \ix), quand il dit que les anges consultent Dieu au sujet des choses inférieures. Aussi bien l'enseignement qu'ils en reçoivent est appelé du nom de conseil. — Par où l'on voit, conclut saint Thomas, que le don de conseil est dans les bienheureux », à un double titre : « et en tant que se trouve continuée chez eux, par l'action de Dieu, la connaissance des choses qu'ils savent; et en tant qu'ils sont éclairés sur ce qu'ils ne savent point, au sujet des choses de l'action ».

Lad prima m répond que « même dans les bienheureux, il y a certains actes ordonnés à la fin : ou selon qu'ils procèdent de l'obtention de la fin, comme le fait de vaquer à la louange de Dieu ; ou par lesquels ils amènent les autres à la fin qu'ils ont eux-mêmes obtenue, comme sont les ministères des anges et les prières des saints. Et, de ce chef, il y a place, chez eux, pour le don de conseil ». — Nous voyons, par celte lumineuse réponse de saint Thomas, qu'il y a toujours une part d'action en dépendance de la fin, dans les bienheureux qui ont déjà obtenu cette fin ; cette part d'action est elle-même d'une double sorte ; et si, en un sens, elle ne doit durer que jusqu'au jour du jugement, en un autre sens elle durera toute l'éternité.

Lad serundum déclare que « le doute appartient au conseil selon l'état de la vie présente; mais il ne lui appartient pas selon que le conseil existera dans la Patrie. Du reste, même les vertus cardinales n'ont point, dans la Patrie, les mêmes actes qu'elles ont sur la terre » (Cf. q. G7,art. i).

L'ad lertium dit que « le conseil n'est pas en Dieu comme il est en celui qui reçoit, mais comme en celui qui donne. Kl les saints, dans la Patrie, se conforment à Dieu, du fait qu'ils reçoivent son inllux ».

Il y a place, tuais d'une manière parliculièiemenl Iransceudanle, pour le don de conseil, dans le ciel. Toutes les intelligences y seront merveilleusement éclairées par Dieu sur tout ce qui dans le domaine de l'action s'harmonise pour elles avec l'obtenlion de celte fin déjà réalisée : soit ([u'il s'agisse des

actes qui découleront pour elles, étcrncllcmenl, de robtenlion même de cette fin ; soit qu'il s'agisse du secours qu'elles sont destinées à prêter, jusqu'au dernier jour, à ceux qui doivent encore travailler à la conquête ou à l'obtention de cette fin. — Une dernière question nous reste à examiner, au sujet du don de conseil ; c'est de savoir quelle est la béatitude qui lui correspond. Nous aurons la réponse dans l'article qui suit.

Article IV.

Si la cinquième béatitude, qui est celle de la miséricorde, répond au don de conseil?

Trois objections veulent prouver que « la cinquième béatitude, qui est celle de la miséricorde, ne répond pas au don de conseil ». — La première fait observer que « toutes les béatitudes sont de certains actes de vertus, ainsi qu'il a été vu plus haut (1 "-2"'', q. G9, art. 1). Or, par le cosncil, nous sommes dirigés dans tous les actes des vertus. Donc la cinquième béatitude ne répond pas plus qu'une autre au don de conseil ». — La seconde objection dit que « les préceptes sont donnés pour les choses (|ui sont de nécessité de salut; tandis que le conseil est donné au sujet des choses qui ne sont point de nécessité de salut. Or, la miséricorde est de nécessité de salut ; selon cette parole de saint Jacques, ch. 11 {v. i3) : Le jugement sera sans miséricorde pour celai qui n'aura pas Jait miséricorde. La pauvreté, au contraire, n'est point de nécessité de salut, mais elle appartient à la perfection de la vie ; comme on le voit en saint Matthieu, ch. xix (v. ai). Donc la béatitude de la pauvreté répond au don de conseil plus que la béatitude de la miséricorde ». — La troisième objection déclare que « les fruits suivent les béatitudes : ils impliquent, en eflet, une certaine délectation spirituelle, qui suit les actes parfaits des vertus (cf. l"-^'"', q. 70). Or, parmi les fruits, il n'est rien qui corresponde au don de conseil ; comme on le voit aux Gakdes,

QUESTION LU. — DL D0> DU CONSEIL. lOO

ch. V (v. 22, 23). Donc la béatitude de la miséricorde non plus ne correspond pas au don de conseil d.

L'argument sed contra en appelle à « saint Augustin », qui « dit, au livre du Sermon du Seigneur sur la Montagne (ch. iv) : Le conseil convient aux miséricordieux ; parce que l'unique remède pour échapper à tant de maux est de remettre aux autres et de pardonner ».

Au corps de l'article, saint Thomas répond que « le conseil est proprement des choses utiles à la fin. Il s'ensuit que ce qui est le plus utile à la fin doit le plus correspondre au don de conseil. Or, cela c'est la miséricorde; selon cette parole de la première Epître à Timothée, ch. iv (v. 8) ; La piété est utile à tout. El voilà pourquoi au don de conseil répond spécialement la béatitude de la miséricorde, non comme au principe qui la produit, mais comme au principe qui la dirige ».

Lad primum dit que « si le conseil dirige dans tous les actes des vertus, cependant il dirige d'une façon spéciale dans les actes de la miséricorde, pour la raison (jui vient d'être donnée » (au corps de l'article).

Lad secundum déclare ([uc u le conseil, selon qu'il est un don de l'Esprit-Saint, nous dirige dans toutes les choses qui nous ordonnent à la fin de la vie élrrnolle. que ces choses soient de nécessité de salut, ou non. — Au surplus, ajoute saint Thomas, il n'est pas vrai que toute œuvre de miséricorde soit de nécessité de salut », comme semblait le dire l'objection.

L'ad terlium fait observer que n le fruit impli(iue quoUiue chose qui a raison de terme et de dernier. Or, dans les choses de la pratique ou de l'action, le terme n'est point dans la connaissance, mais dans l'opération, cjui osl la fin. (^esl pour cela que parmi les fruits, il n'est rien qui appartienne à la connaissance pralifjue, mais seulement ce (pii a trait aux opérations, dans les(|uelles la connaissance prali(iue dirige; et de ce nombre sont la bonté et la bénignité, (jui répondent à la miséricorde ».

A la Ncilu de prudence correspond, comme élaiil destiné à

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perfectionner et à aider cette vertu dans son rôle si délicat et si important, le don du conseil : il a pour objet de rendre notre raison pratique souverainement souple à recevoir de lEsprit- Saint ce surcroît de lumière qui lui permettra de diriger toute la vie du sujet oii il se trouve selon qu'il convient à sa dignité d'enfant de Dieu et en vue de la conquête du ciel. Et, comme parmi les œuvres qui conduisent au ciel les plus excellentes sont les œuvres de miséricorde, à cause de cela c'est la béatitude de la miséricorde qui correspond au don de conseil, marquant, en même temps, son fruit, par les actes qui sont la lin de tout dans Tordre pratique.

Après avoir étudié la vertu de prudence en elle-même, et le don qui lui correspond, « nous devons considérer les vices qui s'y opposent. — Or, saint Augustin dit, au livre lY contre Julien (ch. ni), que pour toutes les vertus, il n'y a pas seulement des vices qui leur sont manifestement contraires, comme la témérité est contraire à la prudence, mais il en est aussi qui s'en approchent en quelque sorte et qui leur sont semblables, non point en vérité, mais par une certaine apparence trompeuse, comme pour la prudence elle-même Vastuce. — Nous aurons donc à traiter, premièrement, des vices qui sont manifestement contraires à la prudence, c'est-à-dire qui proviennent d'un défaut de prudence ou du défaut d'une des choses requises pour la prudence (q. 53, 5*1); secondement, des vices qui ont une certaine fausse similitude avec la prudence, c'est-à-dire qui se produisent par l'abus des choses requises pour la prudence (q. 55). — Et, parce que la sollicitude est requise pour la prudence, nous aurons, au sujet du premier groupe de vices, à considérer deux choses : premièrement, l'imprudence, qui s'oppose à la prudence (q. 53); secondement, la négligence, qui s'oppose à la sollicitude (q. 54) ». — D'abord, de l'imprudence. C'est l'objet de la question suivante.

OUESTIO-X LUI

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