QUESTION LUI. — DE L IMPRUDENCE, III
à l'imprudence. — Que si le péché est dit général, non pas d'une façon pure et simple, mais sous la raison d'un certain genre, et parce qu'il contient sous lui de nombreuses espèces, de cette sorte, l'imprudence est un péché général. Elle contient, en efl'el, sous elle, diverses espèces, à un triple titre. — D'abord, par opposition aux diverses j)arties subjectives de la prudence. De même, en eflet, ([ue la prudence se distingue en prudence monastique, qui regarde le gouvernement du sujet lui-même, et en ces autres espèces de prudence qui regardent le gouvernement de la multitude, comme il a été vu plus haut (q. -^8); de même aussi pour l'imprudence » : il y aura l'imprudence de l'individu, comme tel; celle de l'individu dans la famille; ou dans la société : soit comme chef; soit comme sujet; soit comme défenseur. — « D'une autre manière, selon les parties quasi potentielles, qui sont les vertus adjointes, et qui se prennent selon les divers actes de la raison » : le conseil, le jugement et le commandement. « Et, de ce chef, quant au défaut du conseil sur lequel porte leubulie, on a la itrrcipUation ou 1(1 IrnirrUf^. comme espèce de l'imprudence; quant au défaut du jugement sur lequel portent la synèse et la gnome, on a ViiicoiisliU'rulion : enfin, ((uant au précepte lui-même, qui est l'acte propre de la prudence, on a Vinronstmice et lu négligence. — D'une troisième manière, on peut prendre les espèces de l'imprudence par opposition aux choses qui sont requises pour la piudence et qui constituent comme ses parties intégrales. Mais, parce que toutes ces choses sont ordonnées à diriger les trois actes de la raison dont nous venons de parler, à cause de cela tous les défauts opposés se ramènent aux quatre parties » ou espèces « déjà assignées. C'est ainsi que le manque de précaution ou de circonspection est compris sous l'inconsidération. De même, que ([uelqu'un soit en défaut par rapport à la docilité, à la mémoire, à la raison, tout cela appartient à la précipitation. Quant à l'imprévoyance et au manque d'intelligence ou de sagacité, tout cela appartient à la négligence et à l'inconstance ». — Et donc, nous aurons tout vu, comme espèces d'imprudence, (piand nous aurons traité de la i)récipi talion, de l'inconsidération, de l'incons-
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lance el de la négligence. — Après ce lumineux exposé, les objections vont se résoudre d'elles-mêmes.
\j'<i(l primiim fait observer que (( cette raison procède de la généralité qui est par mode de participation ».
L'«d secunduin dit que « parce que la science est plus éloignée des actes moraux que ne l'est la prudence, à les considérer selon leur raison propre, de là vient que l'ignorance n'a pas, de soi, raison de péché moral, mais seulement à cause de la négligence qui précède ou de l'effet qui suit. El, en raison de cela, elle est placée parmi les causes générales du péché. Mais l'imprudence, selon sa raison propre, implique un vice moral. Aussi bien elle peut plus facilement être assignée comme un péché spécial ».
h'ad tertiam déclare que « si la corruption des diverses circonstances a le même motif, elle ne diversifie point l'espèce du péché; et c'est ainsi que le péché reste le même », c'est-à-dire un simple vol, « qu'on prenne ce qui n'est pas à soi, où l'on ne doit pas et quand on ne doit pas. Mais si les motifs sont divers, alors les espèces sont diverses; comme si quelqu'un prenait ce qui n'est pas à lui, où il ne doit pas, pour faire injure au lieu saint, ce qui constituerait l'espèce du sacrilège; et si un autre prenait ce qui n'est pas à lui quand il ne doit pas, pour le seul désir davoir du superflu, ce qui serait simplement l'avarice. — Et voilà pourquoi le défaut des choses requises pour la prudence ne diversifie pas les espèces de l'imprudence, sinon pour autant que ces choses sont ordonnées aux divers actes de la raison, ainsi qu'il a été dit » (au corps de l'article).
Pour chacune des espèces de prudence qui doivent diriger l'homme dans sa vie morale, soit comme individu isolé, soit comme membre de la famille ou de la société parfaite qu'est la cité et la nation, certains actes sont essentiellement requis et tendent tous à l'acte parfait du commandement. C'est en raison d'eux que se prennent les diverses espèces d'imprudence, selon que nous avons à les étudier distinctement. On les appelle : la précipitation, contre l'eubulie du bon conseil; l'inconsidéra-
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tion, contre la synèse et la gnome des bons jugements; Vinconstance, contre la prudence elle-même dans son acte de commander : à laquelle se joint la négligence, opposée à la sollicitude; dont nous parlerons à la question suivante. Les trois premières, comme appartenant très directement à l'imprudence, vont être étudiées dans la question actuelle. — D'abord, de la précipitation. C'est l'objet de l'article qui suit.
Article III.
Si la précipitation est un péché contenu sous l'imprudence?
Trois objections veulent prouver que « la précipitation n'est pas un pécbé contenu sous l'imprudence ». — La première arguë de ce que d l'imprudence est opposée à la vertu de prudence. Or, la précipitation s'oppose au don de conseil. Saint Grégoire dit, en elTet, au livre H des Morales (ch. xlix, ou xxvii, ou xxxvi), ({ue le don de conseil est donné contre la précipitation. Donc la précipitation n'est pas un pécbé contenu sous l'imprudence ». — La seconde objection dit que « la précipitation semble appartenir à la témérité. Or, la témérité implique la présomption, qui se rattacbe à l'orgueil. Donc la préci|)itation n'est pas un vice contenu sous l'imprudence ». — La troisième objection remarque, d'autre pari, que « la i)récipitation semble impliquer une certaine hâte désordonnée. Or, dans le con.seil, il peut y avoir péché, non pas seulement du fait que quelqu'un est trop hàtif, mais aussi quand il est trop lent, de telle sorte qu'on laisse passer l'opportunité de l'œuvre; et, pareillement, en raison des autres circonstances, comme il est dit au livre VI de VÉthiffue (ch. i\, n. G; de S. Th., leç. 8). Donc il n'y a pas lieu d'assigner la précipitation, comme péché contenu sous l'imprudence, plutôt (jue la lenteur, ou autre chose de ce genre se rattachant à quelque désordre dans l'acte du conseil ».
L'argument sed contra oppose qu' « il est dit, au livre des