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que « rinconstance semble consister en ce que l'homme ne persiste point en quelque chose de difficile. Or, persister dans les choses difficiles appartient à la force. Donc l'inconstance s'oppose à la force plutôt qu'à la prudence ». — La seconde objection cite ce texte de saint Jacques, chapitre m (v. i6) : « Où est le zèle et la contention, là se trouve C inconstance et toute œuvre mauvaise. Or, le zèle », au sens de mouvement jaloux, « appartient à l'envie. Donc l'inconstance n'appartient pas à l'imprudence, mais plutôt à l'envie ». — La troisième objection déclare que <( cehii-là semble inconstant, qui ne persévère point en ce qu'il s'était proposé; et ceci appartient, dans l'ordre du plaisir, à l'incontinent ; dans l'ordre de la tristesse, au mou et à reffénùné, comme il est dit au livre VI de VÉthique (ch. vu, n. i, 5; de S. Th., leç. 7). Donc l'inconstance n'appartient pas à l'imprudence ». Cette objection nous vaudra une réponse très précieuse pour fixer la nature et le sujet des diverses vertus de constance, de continence et de persévérance ; et des vices qui leur sont opposés.
L'argument sed contra fait remarquer qu' « il appartient à la prudence de préférer le bien plus grand au bien moindre. Donc se désister de ce qui est meilleur appartient à l'imprudence. El, précisément, c'est là l'inconstance. Donc l'inconstance appartient à l'imprudence ».
Au corps de l'article, saint Thomas commence par nous donner une notion très précise de l'inconstance. « L'inconstance, dit-il, implique un certain retrait ou désistement par rapport au bien qu'on s'était proposé déterminément. Or, ce retrait ou ce désistement a bien son principe du côté de la faculté appétitivc », entendue précisément ici au sens de faculté appétilivc sensible, « car nul ne s'éloigne du premier bien qu'il s'était proposé, si ce n'est en raison de quelque chose qui lui plaît d'une façon désordonnée; mais il ne s'achève que par un défaut de la raison : laquelle se trompe en ce qu'elle répudie ce qu'elle avait justement accepté, et parce que, pouvant résister à la poussée de la passion, si elle ne résiste pas, cela provient de sa faiblesse qui ne se lient point fermement dans le bien qu'elle avait conçu. Aussi bien, l'inconstance, quant à
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son achèvcmenl, se rattache à un défaut de la raison », en comprenant, du reste, sous ce mot raison, non pas seulement la faculté de connaître qui est l'intelligence, mais aussi la faculté appétitive rationnelle qu'est la volonté, dans laquelle, même, nous verrons, plus tard (q. i55, art. 3), que l'inconstance se trouve comme dans son sujet, a D'autre part, de même que toute rectitude de la raison pratique appartient d'une certaine manière à la prudence, pareillement tout défaut qui s'y rattache appartient à l'imprudence. Nous dirons donc que l'inconstance, quant à son achèvement, appartient à l'imprudence. Et, de même que la précipitation implique un défaut dans l'acte du conseil, et l'inconsidération un défaut dans l'acte du jugement; de même, l'inconstance, dans l'acte du précepte ou du commandement : c'est, en effet, pour cela qu'on dit de quelqu'un qu'il est inconstant, parce que sa raison manque à commander ce qui est déjà enquêté et jugé ». — Gela même, que l'inconstance est un vice portant sur le commandement, expliquera que nous puissions l'attribuer tout ensemble à l'intelligence et à la volonté; car le commandement implique, à un titre spécial, le jeu de ces deux facultés unies ensemble (cf. i«-2»'', q. 17, art. i).
L'ad prtm^m déclare que « le bien de la prudence est participé dans toutes les vertus morales ; et, pour autant, persister dans le bien appartient à toutes les vertus morales », même à entendre spécialement, par là, les vertus subjectées dans l'appétit sensible, qu'il s'agisse du concupiscible ou qu'il s'agisse de l'irascible. « Toutefois, on le dit surtout de la force, qui doit supporter une poussée plus grande dans le sens contraire ».
Lad secandam dit que « l'envie et la colère, principe de la contention, causent l'inconstance, du côté de la faculté appétitive, 011 nous avons vu que l'inconstance trouve son principe ».
h'ad tertium répond que « la continence et la persévérance ne semblent pas être » comme dans leur sujet <( dans la faculté appétitive », au sens strict de faculté appétitive sensible, 011 sont les autres vertus qui perfectionnent l'irascible et le concupiscible ; (( mais seulement dans la raison », c'est-à-dire dans
la seule partie rationnelle, qui comprend elle-même l'intelligence et la volonté. « Le continent, en elTet, souffre des mouvements de concupiscence désordonnés; et le persévérant, des mouvements de tristesse pénibles : ce qui implique un défaut dans la faculté appétitive » sensible ; « mais la raison tient ferme, dans le continent, contre les mouvements de concupiscence, et, dans le persévérant, contre les mouvements de tristesse. D'où il semble que la continence et la persévérance sont des espèces de la constance, appartenant à la raison, à laquelle aussi appartient l'inconstance » ; en entendant toujours par raison la double faculté rationnelle de l'intelligence et de la volonté (cf. ce que nous avions déjà vu, à ce sujet, dans la l''-^"", q. 58, art. 3, ad 2'"").
L'inconstance est un vice qui s'oppose au précepte, dans les actes de la prudence, et qui, de ce chef, se range lui-même, à litre d'espèce, sous le vice général de l'imprudence. — Il ne nous reste plus qu'à examiner d'où proviennent ces trois vices que nous venons d'étudier, savoir : la précipitation ; l'inconsidération ; et l'inconstance. Faut-il leur assigner comme source la luxure? C'est ce que nous allons déterminer à l'article qui suit.
Article VL Si les vices précités viennent de la luxure ?
Trois objections veuleni proiiNci (|ue « le.s vices précités ne viennent pas de la luxure ». — La première observe que « l'inconstance provient de rcmio. ainsi qu'il a été dit (art. préc, at( '2'""). Or, l'envie est un \icc distinct de la luxure. Donc les vices dont il s'agit ne vicMiiicnl pas de la luxure ».— La seconde objection apporte un texte de .saint Jac(jues, ch., ^ (v. 8), où (I il est dit : L'hfun/nr (iii ciriir dnnhle esl invonstunt en foules ses voies. Or, la duplicité ne semble pas appartenir à la luxure, mais plutôt à la fourberie, qui est tille de l'axarice,
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d'après saint Grégoire, au livre XXXI de ses Morales (ch. xlv, ou XVII, ou xx\i). Donc les vices précités ne viennent pas de la luxure ». — La troisième objection déclare que « ces vices appartiennent au défaut de la raison. Or, les vices spirituels sont plus près de la raison que les vices charnels. Donc les vices précités sortent plutôt des vices spirituels que des vices charnels ».
L'argument sed contra en appelle à « saint Grégoire », qui, « au livre XXXI de ses Morales (endroit précité), marque que les vices dont il s'agit sortent de la luxure ».
Au corps de l'article, saint Thomas répond que, « comme Aristote le dit, au livre VI de Y Éthique (ch. v, n. 6 ; de S. Th., leç. 4), le plaisir est ce qui corrompt le plus l'estimation de la prudence ; et surtout le plaisir qui est dans les choses sexuelles, lequel absorbe l'âme tout entière et l'entraîne au plaisir sensible : car la perfection de la prudence et de toute vertu intellectuelle consiste dans l'abstraction des choses sensibles. Puis donc que les vices dont nous parlons se rapportent au défaut de la prudence et de la raison pratique, comme il a été vu (art. 2, 5), il s'ensuit qu'ils sortent surtout de la luxure ».
Uad primuni déclare que « l'envie et la colère causent l'inconstance, détournant la raison vers autre chose ; mais la luxure la cause, éteignant totalement le jugement de la raison », en ce qui est de son jugement pratique, ne laissant plus rien de la raison dans ce jugement et livrant toute l'âme, comme nous disait saint Thomas tout à l'heure, au mouvement aveugle de la passion. « Aussi bien Aristote dit, au livre VII de V Éthique (ch. VI, n. I ; de S. Th., leç. 6), que celui qui cède à la colère entend encore la raison, mais non parfaitement; celui qui cède à la concupiscence ne l'entend plus du tout ».
L'ad secundum dit que « même la duplicité du cœur ou de rame est quelque chose qui suit la luxure, comme l'inconstance, pour autant que la duplicité de l'âme implique une certaine versatilité se portant à diverses choses. C'est pour cela que Térence dit, dans VEunuque (acte I, scène i), que dcms l'amour, il y a la guerre, puis de nouveau la peux et la trêve ». On aura remarqué cette très intéressante citation de Térence, qui
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nous montre sous un jour particulier la culture classique de saint Thomas, en plein treizième siècle.
Les trois vices propres à Timprudence, qui s'attaquent aux trois actes vertueux du conseil, du jugement, et du commandement, ont pour cause particulièrement efficace la luxure : la raison, en eflel, que ces trois actes de la prudence supposent plus spécialement en éveil et en action, se trouve pratiquement ruinée quand le vice de la luxure exerce son tyrannique empire. — Après avoir traité de ces vices qui s'opposent à la prudence elle-même, nous devons maintenant traiter de la négligence, qui s'oppose à la sollicitude requise pour la prudence. Ce va être l'objet de la question suivante.