XI. — La Prudence el la Justice. ii
lG2 SOMME THÉOLOGIQUE.
montrer qu'ils ne l'ont tous que par emprunt, et qu'il est le seul en qui elle réside naturellement.
« C'est pourquoi tous ceux qui gouvernent se sentent assujettis à une force majeure. Ils font plus ou moins qu'ils ne pensent, et leurs conseils n'ont jamais manqué d'avoir des effets imprévus. M ils ne sont maîtres des dispositions que les siècles passés ont mises dans les affaires, ni ils ne peuvent prévoir le cours que prendra l'avenir, loin qu'ils le puissent forcer. Celui-là seul tient tout en sa main, qui sait le nom de ce qui est et de ce qui n'est pas encore, qui préside à tous les temps et prévient tous les conseils » (Discours sur l'Histoire universelle, II 1" partie, ch. vin).
Si donc tout être humain dépend de Dieu en toutes choses, cette dépendance s'accuse d'autant plus qu'il s'agit de ce qu'il y a de plus essentiel et de plus excellent dans l'homme ou parmi les hommes, savoir l'acte même de se gouverner ou de gouverner les autres. Aussi bien n'est-ce que dans l'appel au secours divin et dans la confiance en ce divin secours que réside pour tout être humain l'entière sécurité de ne point faillir dans l'exercice de la vertu de prudence.
« Après avoir traité de la vertu de prudence, nous devons passer à la considération de la vertu de justice. — Et, à ce sujet, quatre choses se présentent à nous : d'abord, la justice (q. Gy-Go); secondement, ses parties (q. G1-120); troisièmement, le don qui s'y rapporte (q. 121); quatrièmement, les préceptes relatifs à la justice (q. 122) ».
Il est aisé de voir que la seconde de ces quatre subdivisions l'emporte de beaucoup sur les autres en étendue. Là viendront des questions du plus haut intérêt et qui forment de véritables traités dans le traité de la justice : telles, par exemple, les questions relatives à la vertu de religion, dont nous aurons à parler depuis la question 81 jusqu'à la question 100.
Venons tout de suite aux questions qui regardent la justice elle-même. « A ce sujet, nous aurons à étudier quatre choses : premièrement, le droit (q. 67); secondement, l'a justice ellemême (q. 58); troisièmement, l'injustice (q. 59); qualrième-
Q. LVI. — PRÉCEPTES AYANT TRAIT A L.V î>RUt)ENCE. l63
ment, le jugement », qui est l'acte même de la justice (q. Go). — La première de ces questions considérera l'objet de la juslice; la seconde, la justice elle-même sous sa raison de vertu; la troisième, le vice opposé; la quatrième, l'acte même de la justice, comme nous l'avons déjà dit.
D'abord, le droit ou l'objet de la justice.