‹ Commentaire français littéral de la Somme théologique de Saint Thomas d'Aquin (volume 3)Chapitre 27 sur 77 · XI. — La Prudence el la Justice. i · texte numérisé non relu

XI. — La Prudence el la Justice. i

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à quelque autre chose de ce genre » expressément défendu par le Décalogue, u comme on le verra par la suite (q. 04 et suiy.). Donc quiconque fait 1 injustice pèche mortellement ».

Au corps de l'article, saint Thomas rappelle que « comme il a été dit plus haut, quand il s'est agi de la différence des péchés (^"-2"*, q. 72, art 5), le péché mortel est celui qui est contraire à la charité d'où vient la vie de l'âme. Or, tout dommage causé à autrui répugne, de soi, à la charité, (jui meut à vouloir le bien des autres. Puis donc {|ue l'injustice consiste toujours dans un dommage causé à autrui, il est manifeste que commettre l'injustice est, de son espèce, un péché mortel ». Ce péché ne deviendra véniel qu'en raison de l'insuffisance de la matière, ou pour toute autre raison d'à côté, et extrinsèque; mais, de soi et par sa nature, il est essentiellement un péché mortel.

Vad primiim dit que « le mot d'Aristote n cité par l'objection, « s'entend de l'ignorance du fait, que lui-même appelle l'ignorance des circonstances particulières (Ét/iiqae. liv. lll, ch. i, n. i5; de S. Th., leç. 3); non de l'ignorance du droit, qui n'excuse pas. Or, celui (jui fait une chose injuste sous le coup de cette ignorance » qui excuse, « ne fait l'injustice qu'accidentellement » et matériellement, non formellement, « ainsi qu'il a été dit plus haut » (art. 2).

L'ad secunduni résout d'un mot et excellemment la difficulté qui serait la plus considérable contre la conclusion de cet article, et formule un point de doctrine-du plus haut intérêt dans toute la question de la justice. « Celui, déclare saint Thomas, qui commet une injustice en de petites choses n'atteint point la raison parfaite de ce qui est commettre l'injustice, pour autant qu'on peut estimer que cela n'est point totalement contre la volonté » raisonnable « de celui qui le subit; par exemple, si quelqu'un enlève à un autre une pomme ou quelque autre chose de ce genre, dont on peut présumer que cet autre n'en sera point lésé et que cela ne lui déplaira point ». — Retenons ces derniers mots : ils donnent la raison profonde et comme la clef de toutes nos déterminations théoriques et pratiques dans l'ordre des rapports avec le prochain. Nous devons partir

de ce principe, que nul èlre humain n"a le droit de faire de la peine à un autre être humain qui n'est point soumis à son autorité ou sur lequel il n'a point juridiction, à moins que la charité ne le demande. Il s'ensuit que tout ce (pii est de nature à causer une peine lég-itime à autrui doit être évité avec le plus grand soin : au |)oint (|uc si on ne l'évite pas, on commet, de soi, une (aule grave, directement contraire à la chaiité. Et, précisément, causer du dommage à autrui, (piand c'est viaiment un dommage (juon lui cause, c'est-à-dire (juand on lui lail tort en ce à cjuoi il lient légitimement, c'est, de soi, lui faire de la peine et le contrister. Aussi bien est-ce, de soi, et toujouis, faute grave. Mais, par contre, si dans la médiocrité de la chose pai- lacpiellc on lui porte une certaine atteinte, il n'y a vraiment pas matière à le troubler raisonnablement ou à lui faire de la peine, il n'y a |)lus à vrai dire la raison parfaite de dommage; puis(iu'cn i)résonq)li()n sa volonté ne s'y oppose pas ni ne peut s'en aflliger : et, dans ce cas, il n'y a plus d'acte injuste, à i)roprement parler, même inalériellement. — Encore est-il bon de remarcjner, à ce sujet, (pi'il faudra tenir compte des circonstances particulières : et si, par exemple, telle personne était de nature à s'irriter violemment ou à s'attrister profondément, même au sujet d'une de ces légères atteintes portées à ce qui lui appartient, on ne pourrait, sans risque de s'exposer à une faute giave, se le permettre. Vad lerlimn répond (pie « les péchés (\u\ sont contre les autres vertus ne sont |)oint toujours au détriment des autres » considérés en eux-mêmes selon (ju'ils forment un tout distinct, ayant leurs droits à eux, indépendamment du lonl dont ils peuvent faire paitie; « ces péchés iinpli<iuent » directement <( un désordre à l'endroit des passions humaines » dans le sujet même qui agit. « Et voilà pourquoi il n'y a pas parité » entre ces péchés et le péché d'injustice (pii implique essentiellement cl toujours un dommage à l'endroit des autres.

Tout péché d'injustice, qui est vraiment cela, c'est-à-dire qui implicpie une lésion du droit d'autrui, ou un ('nipirlrmcfil .sur ce que sa volonlr raisonnable doit nalurcllenienl vouloir, en telle

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sorte qu'il en résulte naturelleiuent pour lui une oi)|)osition qui ririite et l'airiige, est, de soi, ou par son objet et de son esi^èce, un péché mortel.

Au sujet de la vertu de justice considérée en elle-même, nous avons traité : du droit, ((ui est son objet; de la justice elle-même; de l'injustice, qui lui est opposée. — Il ne nous reste plus qu'à considérer le jugement, qui est son acte. Ce va être l'objet de la question suivante.

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