‹ Commentaire français littéral de la Somme théologique de Saint Thomas d'Aquin (volume 3)Chapitre 38 sur 77 · QUESTION LWI. — DU VOL ET DE LA RAPINE · texte numérisé non relu

QUESTION LWI. — DU VOL ET DE LA RAPINE

curât la nourriture en utilisant lès diverses choses. 11 use aussi de certains êtres pour le porter; car il se trouve inférieur à beaucoup d'autres animaux, comme rapidité dans le mouvement, ou comme force et résistance pour supporter le travail et la fatigue, la nature ayant en quelque sorte préparé les autres animaux pour lui servir d'auxiliaires. Par-dessus tout, il use de toutes les choses sensibles pour la perfection de la connaissance intellectuelle »; et c'est à celte dernière fin qu'on peut rapporter, outre le commerce naturel de l'homme avec tout le monde de la création que ses sens lui manifestent, tous les perfectionnements d'ordre intellectuel et moral auxquels il peut atteindre par l'utilisation artistique du monde de la matière : laquelle d'ailleurs peut servir aussi au bien d'ordre inférieur qu'est le vivre ou le vêlement; seulement, dans ce cas, on a les arts purement serviles; et dans rautre, les arts pioprement libéraux.

Saint Thomas conclut ce magnifique chapitre de la Somme contre les GenliLs par les mêmes mots qu'il avait apportés ici dans la Somme Ihéologif/iie. D'une part, « c'est le psalmiste disant à Dieu en lui parlant de l'homme : \ ous avez mis laules choses sous ses pieds »; et, de l'autre, « c'est Aristotè disant que l'homme a le domaine naturel sur tous les animaux », ou que la possession des choses extérieures est naturelle à l'homme.

Nous pouvons niaiulenant commencer de bien entendre ces mots de « possession naturelle » appliqués à l'homme à l'endroit des « choses extérieures », dans le sens où Aiislote et saint Thomas les ont pris. Il s'agit du droit (jiie l'homme ]>eul avoir d'user pour son bien de tout ce fjui existe dans le monde de la nature. Au témoignage de saint Thomas et d'Aristote, ce droit existe. C'est un droit naturel, absolu, inaliénable. 11 est fondé sur la nature même de l'homme et sur la nature des autres êtres distincts de lui. Tous ces autres êtres, du fait qu'ils sont ce qu'ils sont et que l'homme est ce qu'il est, sont pour lui. Il a le droit absolu d'en user selon (|U(' son bien le demande et que par sa raison il |)eul, en effet, les utiliser- pour son bien. Tout le monde di' la matière lui demeure soumis, à

celte fin. Il est sien. Il en a le domaine, la possession. Et cela par droit de nature. Voilà ce qu'entend dire ici saint Tliomas, quand il déclare que « la possession des choses extérieures est naturelle à l'honinie ».

L'homme, du seul fait qu'il est homme, a le droit naturel de disposer ou d'user de tous les autres êtres du monde de la nature, qui lui sont inférieurs, selon que son bien le demande. S'il n'y avait qu'un seul homme au monde, aucune autre question ne se poserait au sujet de ces choses extérieures dans leurs rapports avec lui. Mais étant donné que les hommes sont plusieurs et que chacun, en tant qu'homme, a le droit naturel que nous venons de dire, il va falloir tout de suite nous demander si, avec la permanence de ce droit, il sera possible qu'un homme possède l'une quelconque des choses extérieures en propre, de telle sorte que les autres hommes soient exclus de la possession de cette chose. C'est, on le voit, la grande question du droit de propriété. Elle va faire l'objet de l'article suivant.

Article II.

S'il est permis à quelqu'un de posséder quelque chose en propre ?

Trois objections veulent prouver qu' « il n'est point permis à quelqu'un de posséder quelque chose en propre ». — La première arguë de cela même que nous avons établi à l'article précédent. « Tout ce qui est contre le droit naturel est illicite. Or, selon le droit naturel, toutes choses sont communes; et à. cette communauté des biens s'oppose la propriété des possessions. Donc il est illicite à tout homme de s'approprier quoi que ce soit des choses extérieures ». C'est l'argument foncier du communisme. — La seconde objection revient à saint Basile dont nous avions déjà entendu les paroles à propos de l'article précédent. Toujours « au sujet de cette parole du riche

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