DU VOL ET DE LA RAPINE
qu'il explique, il dit : Tel que celui qui venant le premier aux spectacles enipéchernit ceux qui viennent ensuite, s'appropriant ce qui est ordonné à l'usage de tous, tels sont les ric/ies ([ui considèrent comme leurs les biens communs qu'ils ont occupés les premiers. Or, il serait illicite de fermer aux autres la voie pour jouir des biens qui sont communs. Donc il est illicite aussi de s'approprier l'une quelconque des choses extérieures, qui sont communes •>. — La troisième objection cite, comme étant de saint Ambroise, un mot qui se trouve « dans les Décrets, dist. XLVII, can. Sicut lu » et qui fait cette défense : « Que nul ne dise propre ce qui est commun; et ce texte appelle ce qui est commun les choses extérieures, ainsi qu'il ressort de ce qui précède. Donc il semble (ju'il est illicite que quelqu'un s'approprie l'une quelcon([ue des choses extérieures » : tout cela doit rester connnun et la libre possession de tous.
L'argument sed contra apporte un texte précieux de « saint Augustin », qui « dit, au livre des Hérésies (hér. xl) : On <t}tpelle Apostoliques ceux qui .se sont donné ce nom, par une arrogance extrême, rejetant de leur communion ceu.r qui usent du mariage ou qui possèdent des choses en propre, étant semblatdes dans leur rie au.c moines ou à ces nond)reux clercs (pie nous voyons dans l'Église catholique. Or, ces hommes-là sont béiétiques, parce ([ue, se séparant de l'Église, ils pensent (ju'il n'y a aucun espoir de salut pour ceux qui usent de ces choses dont ils man(|uent eux-mêmes. Donc c'est une erreur de dire qu'il n'est point permis à l'homme de posséder des choses en propre ». — Le tort de ces liéréliqucs était de confondre la praticjue des conseils évangéli(jues avec les conditions ordinaires du salut. De ce que les religieux qui ont fuit vœu de pauvreté n'ont |)lus le droit de rien posséder en propre, et de ce que ce génie de vie a été conseillé par le Christ dans son Évangile cl |)lus ou moins pratiqué aux temps apostolicpics par l'Eglise primitive (cf. Actes des Apdtres, ch. ii-v), il ne s'ensuit pas (jue les hommes en général, même dans la loi nouvelle, soient tenus de renoncer à toute propriété. L'ordre de la pro|)riété reste au contraire l'ordre commun parmi les hommes et c'est d'après lui que se règlent les rapports des hommes entre eux dans la
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société ordinaire. L'Église catliolitiue Ta toujours entendu de la sorte et a maintenu avec plus de rigueur (jue jamais la stricte obligation du précepte (jui défend de s'emparer du bien d'aiilrui. Au corps de l'article, saint Thomas déclare qu' « à l'endroit des choses extérieures, deux choses conviennent à l'homme. — La première est le pouvoir de les procurer et de les dispenser » : c'est-à-dire de les gérer. (( A ce titre, il est permis que l'homme possède des choses en propre. C'est aussi chose nécessaire à la vie humaine, pour trois raisons. D'abord, parce que chacun a plus de sollicitude » ou de soin « à procurer », ou à faire valoir « ce qui lui revient à lui seul que ce qui est commun à tous ou à plusieurs; car chacun, fuyant la peine, laisse à un autre ce qui appartient au commun, comme il arrive dans la multitude des ministres » ou des serviteurs. « La seconde raison est que les choses humaines se gèrent d'une façon plus ordonnée si à chacun appartient en propre le soin de procurer une chose déterminée; il y aurait, au contraire, la confusion, si chacun s'occupait indistinctement de chaque chose. La troisième raison est que de la sorte l'état des hommes se conserve davantage dans la paix, alors que chacun est content de ce qui est à lui ; aussi bien voyons-nous que parmi ceux qui possèdent une chose en commun et de façon indivise il se produit plus fréquemment des querelles. — L'autre chose qui convient à l'homme à l'endroit des choses extérieures, c'est l'usage » ou l'utilisation « de ces choses », une fois acquises et réalisées. « Quant à cela, l'homme ne doit point tenir les choses extérieures comme propres mais comme communes ; en ce sens qu'il doit être facile à les communiquer dans les nécessités des autres ; et c'est pourcjuoi l'Apôtre dit, dans la première épître à TiinoUice, chapitre dernier (v. 17, 18) : Aux riches de ce siècle commande d'être faciles à donner, à communifjuer )). — C'est avec un redoublement de scrupule que nous avons voulu conserver jusque dans sa littéralité, en le traduisant, ce corps d'article. Son texte est fameux entre tous, parmi les articles de la Somme; et aujourd'hui, plus que jamais, sa portée est extrême en tout ce qui touche aux questions sociales, si aprement discutées. Nous allons y revenir tout à l'heure, pour en bien