XI. — Im Prudence el la Juslice. aj
386 SOMME THÉOLOGIQLE.
celle-là même (|ui nous occujk' ici. A roccasioii des théories communistes de Socrate, Aristole se demande « sil est mieux t[ue les possessions etleur utilisation soient communes à tous », selon que Socrate le voulait, « ou, au contraire, que chacun ait sa possession projire, comme il est maintenant ». En même temps, pour mieux faiie saisir la position communiste de Socrate, Aristole distingue trois modes dont il est possible que les citoyens communiquent dans les biens possédés. « Le premier est que chacun ait séparément son champ propre, mais (jue tous les fruits des champs soient portés au comrnun et distribués à tous; mode qui s'observait chez certaines nations. Le second est qu'au contraire la terre soit commune et cultivée en commun, mais que les fruits des champs soient divisés entre les citoyens pour l'usag^e propre de chacun ; lequel mode s'observait chez les barbares. Enfin, un troisième mode est que les champs et les fruits soient communs. C'est ce mode que Soci'ate voulait voir établir par la loi ».
Mais Aristole le réprouve nettement. Il montre, dune part, les maux qui seraient la suite d'une telle loi ; et, d'autre part, les biens dont elle priverait.
Sur le premier point, il montre, dabord, que « si les possessions étaient communes entre tous les citovens, il faudrait qu'on eût l'une de ces deux choses : ou que les champs fussent cultivés par des étrangers; ou qu'ils fussent cultivés par quelques-uns des citoyens. A supposer qu'on appelât des étrangers, la difficulté serait d'avoir un si grand nombre de cultivateurs étrangers. Toutefois, ce mode serait encore plus facile que si quelques-uns des citoyens devaient travailler; car ceci entraînerait de nombreuses difficultés. Il ne serait point possible, en elïet, (pie tous les citoyens cultivent les champs; caries premiers ou les meilleurs devraient \aquer aux affaires plus graves, tandis ((uc les moindres ou les petits s'occuperaient de l'agricullnie : et cependant il faudrait (jue les grands, qui travailleraient moins aux champs, reçoivent plus de fruits; d'où il suit (pie la i)erception des fruits ne correspondrait point selon une proportion égale aux travaux de l'agriculture : et de là naîtraient nécessairement des accusations et des litiges, les