‹ Commentaire français littéral de la Somme théologique de Saint Thomas d'Aquin (volume 3)Chapitre 42 sur 77 · QUESTION LXVI. — DU VOL ET DE LV RAPINE · texte numérisé non relu

QUESTION LXVI. — DU VOL ET DE LV RAPINE

petits qui travailleraient davantage murmuiant de ce (jue les grands qui travailleraient moins recevraient beaucoup alors qu'eux-mêmes receviaient moins en travaillant davantage. Par où l'on voit que d'une telle loi ne .suivrait point l'unité de la cité, comme Socrate le voulait, mais plutôt la dissension ». — Cette laison d'impresciiptible bon sens que donnait déjà Aristote contre la tliéorie communiste de Socrate, vaudra éternellement contre tous les modes de communisme cjui ressembleraient à celui-là, de queUiues noms qu'on les appelle.

Une seconde raison était (pie « la communauté même des biens est chose fort dillkile, savoir que des hommes nombreux mènent une vie en commun, ou qu'ils communiquent en certains biens d'ordre humain, surtout dans les lichesses. Nous voyons, en elTet, cpie ceux qui conimunifpienl en certaines richesses ont de nombreuses dissensions entre eux ; comme on le voit », notait tléjà Arislote, « parmi ceux (pii Noyagent en commun », .n'aNanl (|u'une bourse commune : « car fréquemment ils se disputent, au sujet des dépenses faites pour la nourriture ou la boisson, (juand ils font le compte; et })ar-i fois, pour un rien, ils se poussent, ou ils sinjuiient en paioles et en actes. Par où l'on voit que si tous les citoyens avaient toutes les ])ossessions en commun, de nombreux litiges existeraient parmi eux ». — Une troisième raison est (|ue « les hommes ont souvent des dillicultés avec leurs serviteurs dont les services leur sont continuellement indispensables; et cela, à cause de leur frécjuentation continuelle dans le commerce de la vie : ceux-là, en elTet, (|ui ne se tiouvcnt pas frécpiemment ensemble n'ont point de frétpientes occasions de se beurtei-. Par où Ion voit que le fait pour les hommes de cominuni<pier ensemble est frécjuemmcMl une cause de discortie. — Telles sont », concluait \ristote, « les difficultés, et autres semblables, ([ui suivraient de la communauté des possessions dans la cité ».

Après a\oir montré le niid (jui serait la suite d'une loi réglant comme le voulait Socrate, et dans le sens du comnmnisme, bi possession des biens, Viistolc montrait les biens (jui seraient empêchés ou coni[)ioinis |)ar une telle loi. Nous allons

conliiiucr de lire son exposé dans le ( omniontaire qu'en a fait saint Tlionias. Celte seconde partie est d'autant plus précieuse pour nous, (|u'cllo correspond, dans sa première raison, à Texposé donné ici par saint Thoinas dans l'article de la Somme.

La première des trois raisons données par Aristole est que « si on ordonne les choses dans les cités comme nous voyons que les choses sont maintenant, c'est-à-dire en telle sorte que les possessions soient divisées »> et non communes « parmi les citoyens et que ceci soit réglé par de belles coutumes et de justes lois, — palchris consueludinibus et justis legibiis, — on aura une grande différence en excès de bonté et d'utilité, par comparaison à ce que Socrate proposait. De part et d'autre, en effet, il y a une part de bien, soit qu'on admette la propriété des possessions, soit qu'on établisse les possessions communes. Mais, si les possessions sont propres et qu'il soit ordonné par de sages lois et de sages coutumes que les citoyens se comnmniquent les uns aux autres leurs biens, un tel mode de vivre aura les avantages de l'un et de l'autre système; savoir de la communauté des possessions; et de leur distinction. Il faut, en effet, que les possessions soient propres purement et simplement, quant à la propriété du domaine, mais quelles soient communes selon un certain mode. Car, du fait qu'elles sont propres », quant à la propriété du domaine, a il s'ensuit que » les gestions ou « les procurations », c'est-à-dire, ici, la mise en activité d des possessions » pour les faire fructifier, « seront divisées, alors que chacun s'occupera de sa possession à lui » ou de sa propriété, a Et de là s'ensuivront deux biens. Le premier est que chacun s'occupant de ce qui est à lui et non de ce qui est aux autres, ne se produiront point de litiges parmi les hommes; lesquels litiges ont coutume de se produire quand plusieurs ayant à faire valoir une même chose, il semble à l'un qu'il faut faire ainsi et à l'autre qu'il faut faire autrement. L'autre bien est que chacun augmentera davantage sa possession » et la fera mieux fructifier, « s'y appliquant avec plus de sollicitude, comme à ce qui lui appartient en propre. Et de cette manière les possessions seront divisées. Mais, par la vertu

Page 1