‹ Commentaire français littéral de la Somme théologique de Saint Thomas d'Aquin (volume 3)Chapitre 46 sur 77 · QUESTION LXVI. — DL VOL ET DE LA H APINE · texte numérisé non relu

QUESTION LXVI. — DL VOL ET DE LA H APINE

leusc di'fïnité des pauvres », il faudrait reproduire ici tout le sermon qui traite expressément de « l'émincnte dignité des pauvres dans lÉglise ». Nous en avons donné un court extrait, dans la question de la bienfaisance, q. 3i, art. :>.. Les trois parties du discours enseignent, à la lumière de la plus haute théologie, ce que doivent faire les riches a l'égard des pauvres; (( c'est-à-dire honorer leur condition, soulager leurs nécessités, prendre part à leurs privilèges ».

Leur condition est la plus haute qui soit'; car ils sont les premiei*s dans la cité de Dieu, dans le rovaume de Jésus-Christ : bien plus, « l'Église, dans son premier plan, n'a été bâtie que pour les pauvres; ils sont les véritables citovens de celte bienheureuse cité ». El Bossuet de s'écrier : « Donc l'Église de Jésus-Christ est vérilablemcnt la ville des pauvres. Les riches, je ne crains point de le dire, en celte (jualité de riches, car il faut parler correctement, étant de la suite du monde, étant pour ainsi dire marqués à son coin, n y sont souderls que par tolérance; et c'est aux pauvres et aux indigents, qui portent la marque du Fils de Dieu, (|uil ap|)artienl proprement d'y être reçus; les riches n'y sont reçus que pour les servir ».

C'est qu'en elTel « Jésus, qui ne promel dans son Evangile que des alïlictions et des croix, n'a pas besoin de liches dans sa sainte Eglise; et leur faste n'ayant rien de commun avec la profonde humiliation de ce Dieu anéanti jus(}ues à la croix, il est bien aisé de juger qu'il ne les recherche pas pour eux-mêmes. Ce sont les besoins pressants de ses pauvres (jui robligenl de se relâcher en faveur des riches. Il ne voudrait voir dans son Église que ceux (|ui portent sa marque, quv des pauvres, que des indigents, (|ue des allligés, (jue des misérables. Mais s'il un a que des malheureux, (|ui soulagera les malheureux!' (pie deviendront les pauvres dans lescjuels il soutire et dont II ressent tous les besoins? Il pourrait leur envoyer ses saints anges; mais il esl |)lus juste (pi'ils soient assistés par des hommes qui sont leurs semblables. \ enez donc, ô riches, dans son Eglise; la porte enfin vous en est ouverte : mais elle vous esl ouverK' en faxenr des pau\res, et à condition de les servir. C'est ])our l'amour de ses enfants (ju'll peitncl l'entrée à ces étrangers.

4oO SOMME THÉOLOGIQUË.

Voyez le miracle de la pauvicir ! l>os riches étaient étrangers; mais le service des pauvres les naturalise, et leur sert à expier la contagion (ju'ils contractent parmi leurs richesses. Par conséquent, ô riches du siècle, prenez tant ([u il vous plaira des titres superl)es; vous les pouvez poiler dans le monde : dans l'Église de Jésus-Christ, vous êtes seulement serviteurs des pauvres ».

Et poursuivant celte même pensée du service des pauvres, Bossuet en appelle à c( raptMre saint Paul », qui « ordonne aux fidèles de porter les fardeaux les uns des autres. Les pauvres ont leur fardeau, et les riches aussi ont le leur. Les pauvres ont leur fardeau : qui ne le sait pas? Quand nous les voyons suer et gémir, pouvons-nous ne pas reconnaître que tant de misères pressantes sont un fardeau très pesant, dont leurs épaules sont accahlées? Mais encore que les riches marchent à leur aise, et semblent n'avoir rien qui leur pèse, sachez qu'ils ont aussi leur fardeau. Et quel est ce fardeau des riches? Chrétiens, le pourrez-vous croire? ce sont leurs propres richesses. Quel est le fardeau des pauvres? c'est le besoin; quel est le fardeau des riches? c'est l'abondance. Quoi donc! est-ce un fardeau incommode que d'avoir trop de biens? Ah! que j'entends de mondains ([ui désirent un tel fardeau dans le secret de leurs cœurs! Mais qu'ils arrêtent ces désirs inconsidérés. Si les injustes préjugés du siècle les empêchent de concevoir en ce monde combien l'abondance pèse, quand ils viendront en ce pays où il nuira d'être trop riches, quand ils comparaîtront à ce tribunal, où il faudra rendre compte non seulement des talents dispersés, mais encore des talents enfouis, et répondre à ce juge inexorable non seulement de la dépense, mais encore de l'épargne et du ménage; alors, Messieurs, ils reconnaîtront (jue leurs richesses sont un grand poids, et ils se repentiront vainement de ne s'en être pas di5chargés.

« Mais n'attendons pas cette heure fatale, et pendant que le temps le permet, pralic^uons ce conseil de saint Paul : Porte: vos fardeaux les uns des autres. Hiches, portez le fardeau du pauvre, soidagez sa nécessité, aidez-le à soutenir les alïlictions

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