‹ Commentaire français littéral de la Somme théologique de Saint Thomas d'Aquin (volume 3)Chapitre 48 sur 77 · QUESTION LWI. — DL VOL ET DE LA RAPINE · texte numérisé non relu

QUESTION LWI. — DL VOL ET DE LA RAPINE

déterminée appartenant déterminément à un autre et devant lui être rendue ou donnée de façon déterminée. Mais, sous forme moins pressante et avec les moilalilés d'exécution dont nous avions parlé au sujet du superllu à donner en aumônes, dans la question de laumone (([. .îj. art. 3, ()), le mot de saint Thomas s'applique aussi à la détention du superflu ([ui est di'i soit à la société, quand une loi le détermine en vue du bien public, soit aux nécessiteux ou aux in(li<,'"ents, considérés en général. — Suivant luclmirable formule de Bossuet, Dieu « donne des assignations aux nécessiteux sur le superflu des opulents ». Kefuser de payer ces assignations, c'est, aux yeux de la justice divine, se rendre aussi coupalde que si on enlevait le bien dautrui. Cesl, aux yeux de cette divine justice, un véritable \ol. C'est faire sien ce qui appartient aux auties.

Lad lerliuin répond que u ce qui est purement et situplcmenl à quelqu'un peut être à un autre d'une certaine manière ou sous un certain jour. C'est ainsi que la chose confiée en dépôt est purement et simplement à celui (pii a ct^nfiéce dé[)ôl ; mais elle est aussi à celui chez qui elle se trouve, comme chose déposée chez lui et qu'il doit garder » ; on n'a donc pas le droit de la reprendre sans (|u"il soit averti ou d'une façon occulte : et le faire a une véritable raison de vol. Saint Thonuis ajoute que « ce ([iii a été enlevé par mode <le rapine ap|)ailiciil aussi à celui (|ui Vu eidevé, non dune façon pui"e et simple, mais quant au fait de le détenir »> ; et la justice m-uI <pie la chose lui soit reprise, lui le sachant, ou par voie légale : sans (pioi il v aurait, même là, une réelle raison de vol. — Il \n sans flire que dans ces deux cas le \(A n'entraîne point les mêmes conséquences ([ue lorstpi'il s'agit d'une chose appartenant à nu autre purement et simplement; et (pi'il est aussi, même dans sa raison de vol, dune giavilé moindre. C'est ainsi (pi'on n'aura pas à restituer la chose en elle-même; mais si un doiiimage fpielcoiK|ue résultait pour autrui, du fait de celle acceptation occulte, on serait tenu de le réparer. Kt, en tout cas, l'acte demeure blâmable en soi comme un acte contraire à la justice, dont il faut toujours garder l'ordre et les formes dans les rapports avec le prochain. — Il serait diflleile de trouver

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doctrine plus haute et plus rigoureusement jalouse des droits et des devoirs de l'homme vivant en société.

Le vol est donc essentiellement constitué par le fait de s'emparer d'une manière occulte de ce qui est le bien d'autrui. Où se trouveront ces trois conditions, il y aura toujours vol. Si, au contraire, l'une d'elles manque, ce pourra être une autre espèce de péché, même contre la justice; ce ne sera pas un vol au sens propre. — Et, aussitôt, précisément, saint Thomas se demande si entre le vol et la rapine, qui porte elle aussi sur le hien d'autrui qu'on s'approprie injustement, il y a une diflérence spécifique. C'est l'objet de l'article qui suit.

Article IV.

Si le vol et la rapine sont des péchés qui différent en espèce?

Trois objections veulent prouver que « le vol et la rapine ne sont point des péchés qui dift'èrent en espèce ». — La première fait observer que « le vol et la rapine diffèrent selon la raison d'occulte et la raison de manifeste; car le vol implique qu'on prend le bien d'autrui d'une façon occulte, tandis que la rapine dit une action violente et à découvert. Or, dans les autres genres de péchés, la raison d'occulte ou de manifeste ne diversifie pas l'espèce. Donc le vol et la rapine ne sont point des péchés d'espèce diverse ». — La seconde objection rapjjclle que « les choses morales reçoivent leur espèce de la fin, comme il a été dit plus haut (/<'-2<"', q. i, art. 3 ; q. 18, art. (i). Or, le vol et la rapine sont ordonnés à une même fin, savoir : s'approprier le bien d'autrui. Donc ils ne ditlèrent point en espèce ». — La troisième objection dit que « comme on laN il une chose pour l'avoir, de même on ravit une femme pour en jouir; et c'est pour cela quTsidore dil, au li^ re des Élymologies (liv. X, à la lettre R), que le ravisseur est appelé corrupteur et les choses ravies corrompues (en laliii raplor, corruplor : rapla. corrupta).

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