‹ Commentaire français littéral de la Somme théologique de Saint Thomas d'Aquin (volume 3)Chapitre 49 sur 77 · QUESTION LXVI. DU VOL ET DE L\ RAPINE. ^OQ · texte numérisé non relu

QUESTION LXVI. DU VOL ET DE L\ RAPINE. ^OQ

Or, le rapt reste lui-même, qu'on enlève une femme en public ou qu'on l'enlève en secret. Donc le bien d'autrui sera objet de rapine, qu'on s'en empare à découvert ou qu'on s'en empare d'un façon occulte. Donc il n'y a pas de différence entre le vol et la rapine ».

L'argument se<^^/ con//'« en appelle à l'autorité d" « Aristote », qui « au livre V de VÉthirjiie (ch. ii, n. i3; de 8. Tii., leç. 'i), distingue le vol de la rapine, marquant le vol occulte et la rupine violente ».

Au corps de l'article, saint Tliomas répond en faisant rcinar- (picr que « le vol et la rapine sont des vices opposés à la juslice en tant f|ii<> (piehpi'un fait subir à un autre (pielque cbosc d'injuste. Or, nul ne souffre de chose injuste, f/uand il est ronsentant, comme il est prouvé au livre V de VEthitjiie (cb. i\, n. i et suiv.; de S. Tb., leç. l 'i). Il siiil de là que le vol et la rapine ont raison de péché, de ce (pic lusuipation » (piils implitpicul « est involontaire du côté de celui à (pii l'on enlève <|uel(iue cbose. D'autre part, l'involontaire se dit d'une double manière: savoir en raison de lignorance et en raison de la violence, comme on le voit au li\re 111 de \'l''l/ii(/ue (cb. i, m. .'^ ; de S. Tb., leç. i). Donc autre est la raison de pécbé dans la rapine », qui dit la violence, c et autre la raison de pécbé dans le vol » qui dit l'ignorance. « Et, à cause de cela, ils didèrent en espèce ».

L'w/ pritnuni déclare (pie « dans les autres genres de pécbés, la raison de pécbé ne se prend pas de (piebpic caractère dinNolontaire comme il arrive dans les pécbés opposés à la justice. Aussi bien est-ce pour ces derniers pécbés (pie si l'on a une laison diverse d'involontaire on a un(; espèce diverse de pécbé ».

L'fid secunduin accorde (pie « la (in éloignée es! la nuMue pour la ia|)ine et p<jur le vol ; mais cela ne sulïit point à constituer l'identité de l'espèce, parce (pi'il \ a diversité dans les lins immédiates ou procbaines. Dans la rapine, en en'cl, on veut s'assurer le bien d'autrui par sa piopre force; dans le vol, au contraire, |)ar l'astuce ».

l/«r/ Icrliuni dit (pie c le rapt d'une femme ne peut pas être occulte du c(jté de la femme (pii est enle\ée. VA ^oilà pouKpioi,

/ilO SOMME THÉOLOGIQUE.

bien qu'il soit occulte du côté des autres à qui on l'enlève, il conserve la raison de rapine du côté de la femme à qui l'on fait violence ».

Le vol et la rapine sont tous deux des actes d'injustice contre le bien du prochain ; mais tandis que le vol procède à l'insu de celui qu'on dépouille, la rapine le heurte de front et lui enlève ostensiblement, d'une façon violente, le bien qui lui appartient. En raison de celte opposition diverse à la volonté de celui contre qui on agit, la rapine et le vol constituent deux péchés d'espèce différente. — Nous devons maintenant examiner la raison de péché en chacun d'eux. D'abord, dans le vol : — s'il est un péché ? — s'il est un pèche mortel ? — ^ si l'on peut quelquefois voler en cas de nécessité!* — Le premier point va faire l'objet de l'article qui suit.

Article V.

Si le vol est toujours un péché?

Trois objections veulent prouver que « le vol n'est pas toujours un péché ». — La première fait observer qu' » aucun péché ne tombe sous le précepte divin; il est dit, en effet, au livre de ï Ecclésiastique, ch. xv (v. 21) : // n'a commandé à personne (Vagir d'une manière impie. Or, nous voyons que Dieu a commandé le vol; car il est dit dans VExode, ch. xii (v. 35, 36) : Les enfants d' Israël firent comme le Seigneur l'avait ordonné à Moïse, et ils dépouillèrent les Égyptiens. Donc le vol n'est pas toujours un péché ». — La seconde objection dit que « celui qui trouve une chose qui n'est pas à lui, s'il se l'approprie semble commettre un vol; car il prend ce qui est à un autre. Or, cela semble être permis d'après l'équité naturelle, comme les juristes le disent. Donc il semble que le vol n'est pas toujours un péché ». — La troisième objection revient à la doctrine déjà marquée dans Vad terfium de l'article 3. k Celui qui

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