‹ Commentaire français littéral de la Somme théologique de Saint Thomas d'Aquin (volume 3)Chapitre 51 sur 77 · QUESTION LXVI. — DL VOL KT DE LV RAPINE · texte numérisé non relu

QUESTION LXVI. — DL VOL KT DE LV RAPINE

il ne s'agit point d'absolue et d'urgente nécessité. Que s'il s'agissait de ce dernier cas, toute question de propriété étrangère disparaît pour celui qui est dans la nécessité. Celui i[m possède ne garderait son droit que s'il était lui-même dans une nécessité semblable. Aussi bien user alors de ce qu'on trouve, même contre la volonté de celui qui le détiendrait, devient pour tout homme un droit strict, qui ne laisse ])lus rien subsister de la raison de vol ou de rapine.

Vad pr'umun explique que « cette décrétale i)arle du cas où il n'y a point une urgente nécessité ».

L'ad secanduni nous ledil, de la façon la |)lus expresse, qu" « user de la chose tlun autre, piisc dune l'açon occulte, dans le cas de la nécessité extrême, n'a i)oint la raison de vol, à proprement parler ; parce ([u'une telle nécessité fait sien ce que quelqu'un prend pour sustenter sa propre vie ». Gomme nous l'avons noté, le dioil de |)ropriété cesse d'exister ici, et l'on rentre dans le premier droit naturel imprescriptible, aux termes duquel les choses extérieures sont dues à l'homme et lui appartiennent, quand il en a un absolu besoin pour conserver sa vie.

\Jud lerlium étend ce dioil à rellet de [)our\oir à la nécessité des autres. « Dans le cas d'une semblable nécessité, l'homme peut aussi prendie d'une façon occulte le bien il'autrui [)our subvenir au prochain qui est ainsi dans le besoin ».

Nousa\ons maintenant dans toute son intégrité la doctiine catholique sur le droit de propriété. Nous \ osons comme tout s'y harmonise dans un |)arfait accord de justice naturelle, de justice humaine et de divine charité. La ( harité couronne et perfectionne t(»ul ; la justice humaine, ou le dioit positif humain, y maintient l'ordre c|ue le bien de la société exige ; et le droit naturel y sauvegarde ce (pie doit toujours garder d'imprescriptible ou d'inaliénable le bien de tout individu humain. — Après avoir examiné la raison de péché dans le vol, saint Thomas examine cette même raison de péché dans la ra[)ine ; et il se demande si la rapine peut se faire sans péché. C'est l'objet de l'article (jui suit.

^4?o sommf: theolooique.

Article VTII.

&i la rapine peut se faire sans péché?

Trois objections veulent prouver ((uc u la ra])inc peut se faire sans péché ». — La première observe que « la proie » ou le bulin «se prend par la violence; chose qui semble appartenir à la raison de rapine, d'après ce qui a été dit (à l'art. 4)- Or^ prendre du butin sur les ennemis est chose permise. Saint Ambroise dit, en effet, dans son livre Des Patriarches (liv. I, ch. ni) : Qaand le bul'm sera au pouvoir du vainqueur, il sied à la discipline tnililaire que toutes choses soient réservées au roi, afin que lui les distribue. Donc la rapine, en certains cas, est permise )). — La seconde objection déclare (ju" c il est permis de prendre à quelqu'un ce qui ne lui api)artienl pas. Or, les choses que les infidèles ont ne leur appartiennent pas. Saint Augustin dit, en effet, dans sa lettre à \ incent, donatiste (ép. XClll, ou XLYIII, ch. xn) : Vous appelez faussement vôtres des biens que vous ne possède: pas avec Justice et que vous devez perdre selon les lois des rois de ta terre. Donc il semble qu'on peut violemment enlever aux infidèles certaines choses ». — La troisième objection dit que « les princes de la terre extorquent violemment beaucoup de choses à leurs sujets ; ce (jui semble appartenir à la raison de rapine. D'autre part, il semble dur d'affirmer qu'ils pèchent en cela ; car il s'ensuivrait que presque tous les princes seraient damnés. Donc la rapine, en certains cas, est permise ».

L'argument sed contra oppose que « de tout ce qui a été pris d'une façon licite, on peut olTrir à Dieu un sacrifice ou une oblation. Or, on ne peut point le faire du fruit de la rapine; selon cette parole d'isaïe, ch. lxi (v. 8) : Moi, le Seigneur, J'aime la Justice et Je luns la rapine oJJ'crte en holocauste. Donc prendre quelque chose par mode de rapine est défendu ».

Au corps de l'article, saint Thomas prend occasion de la

Page 1