QUESTION LXVI, DL" VOL ET DE LA UAPI.NE
question posée pour formuler une doclrine de police sociale qui est du plus haut intérêt, u La rapine, dit-il. implique une certaine violence et coaction dont on use contre la justice pour enlever à quelqu'un ce qui est à lui. Or, dans la société des hommes nul n"a de coaction que par la puissance publique. Il suit de là que ([uiconque enlève (juelque chose à un autre par la \ iolence, s'il est une personne privée, n'usant point de la puissance pul)li(|ue, a^il d'une façon illicite et commet une rapine; comme on le voit pour les bri<4ands. D'autre jiart, la j)uissance j^ublicjue est donnée aux princes adn qu'ils soient les gardiens de la justice. Il ne leur est donc permis d'user de violence et de coaction (jue selon la teneur de la justice: et cela, ou contre les ennemis en les combattant, ou contre les citoyens malfaiteurs en les punissant. Mais ce qui est ainsi enlevé par violence n'a plus la raison de lapine; car ce n'est point contraire à la justice. Que si, contiairement à la justice, (juelques-uns, par la i)uissance publi(iue, d'une manière violente, enlevaient les biens des autres, ceux-là agiraient d'une façon illicile, ol commettraient une rapine, et seraient tenus de restituer ». — On aura lemarcjué, dans cet article, le grand principe d'ordre social, que « nul. dans la société
des hommes, n'a de coaction que par la |)nissance publi(pie ». Comme nous l'aNons déjà fait obscr\er plusieuis fois, notamment à propos de l'article S de la (piestion 6'i, et, ici même, dans la question actuelle, à propos de Vad .')""' de l'article 3, et de lad .?'"" de l'article ô, nul individu humain n'a le droil de molester, en ([luù (pie ce soi!, nn autre in(li\i(lu humain, s'il n'a autorité sur lui : seule, l'autorité familiale ou sociale, au nom du bien commun dont clic a la charge, peut inq)osei" (piehpie chose à un ètie humain contrairement à sa Noionlé, quand cette volonté est elle-même contraire an bien de la famille ou de la société, he seul mode dont un |)articidier puisse user de violence, c'est le mode de légitime fléfense consistant à repousser l'agression injiL>>le (piand elle se produit. Mais si lauloiilé publicpie a le dioil de s'imposci'. même par la force, ce n'est jamais (pie dans les 11 miles du bien commun; c'est-à-dire ([uatid ce bien commun se trouxe com-
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promis ou hallii en l)ièche ])ar le mauvais vouloir soit des eunemis du dehors soit des mauvais citoyeus au dedans. — Dans les réponses aux objections, saint Thomas va appuyer sur ce second aspect de la question, qui est si important pour réprimer les excès des pouvoiis publics, quels qu'ils puissent être, et sous quelque forme qu'ils puissent se produire, par mode d'ambition et de cupidité au dehors, par mode de tyrannie despotique au dedans.
Vad primuin vise directement l'ambition et la cupidité à l'endroit de ceux du dehors. Saint Thomas y déclare f[u" « au sujet du butin, il faut distinguer. — Si, en effet, il s'agit du butin pris sur les ennemis dans une guerre juste, ce qui est acquis par la violence devient la propriété du vainqueur. Mais ceci n'a plus la raison de rapine. Aussi bien n'y a-t-il pas lieu à restitution. Toutefois, même ceux qui font une guerre juste peuvent pécher dans la prise du butin, en raison d'une intention dépravée par la cupidité, savoir s'ils combattent moins pour la justice que pour le butin. Et, en effet, saint Augustin dit, dans son livre des Paroles du Seigneur (Sermon lxxxh, ou XIX, parmi"les œuvres de saint Augustin), que/aire la guerre pour le butin est un péché. — Quant à ceux qui prennent du butin dans une guerre injuste, ils commettent une rapine et sont tenus de restituer ». — Cette réponse de saint Thomas doit être maintenue plus haut et plus ferme que jamais contre les monstrueuses doctrines du droit de la force voulant légitimer toutes les spoliations et tous les brigandages, sans autrement se préoccuper d'ailleurs de la justice ou de l'injustice de la guerre, et ne répondant aux protestations indignées de la plus élémentaire droiture ([ue par ces mots aussi scandaleux que fatidiques : c'est la guerre !
L'«d secunduni s'appuie sur les termes mêmes du texte que citait l'objection pour résoudre la (Hlficulté qu'elle prétendait en tirer. « Les infidèles possèdent injustement les biens qu'ils ont, dans la mesure où selon les lois des princes de la terre, ils sont tenus de les laisser. Il sera donc permis de les leur enlever par la violence, pourvu qu'on agisse, non en vertu de l'autorité privée, mais en vertu de l'autorité i)ublique ». — L'hypo-