‹ Commentaire français littéral de la Somme théologique de Saint Thomas d'Aquin (volume 3)Chapitre 53 sur 77 · QUESTION XLVI. DU VOL ET DE LA RAPINE · texte numérisé non relu

QUESTION XLVI. DU VOL ET DE LA RAPINE

thèse que supposent rol)jcclion et la réponse s'appliquait surtout à l'époque des princes chrétiens, ayant, comme tels, des droits reconnus et sanctionnés par l'Eglise. Aujourd'hui, en fait, de tels droits ne scmhlent ])lus avoir d'api)lication.

L'ad Icrtiiun répond, en précisant les droits du prince à l'endroit de ses propres sujets. — « Si les princes exigent de leurs sujets ce qui leur est du selon la justice en vue du bien commun à conserver, même quand ils usent de violence, il n'y a point là de rapine. — Si, au contraire, les princes extorquent d'une façon indue, par la violence, quelque chose, c'est alors une rapine, comme dans le brigandage. C'est pour cela que saint Augustin dit, au livre IV de l<i C.ilr de Dieu (ch. iv) : Enlevé: la jn.sliee. fjiie soiil les royntunes (jue de grands brigandages? c(j/' les brigandages eax-nièmes ne sont-ils pas de petits royaumes? VA dans Kzéchicl, il est dit, ch. wii (v. •J7) : Ses princes sont au milieu d'elle comme des loups se Jetant sur leur proie. Aussi bien ils sont tenus à la restitution, comme les brigands. Et ils pèchent d'autant plus gravement, comparés aux brigands, que leurs actes constituent un péril plus grand et plus général contre la justice publi([ue, dont ils sont constitués les gardiens ». — On n'accusera point de trop grande complaisance à l'endroit des puissants, cette doctrine de saint Thomas. Elle constitue une des affirmations les plus hautes et les plus fermes du droit imprescriptible contre lequel doit se briser l'arbitraire de la tyrannie, sous (|ucl(juc forme politique (ju'elle puisse se produire.

Ln dernier article compare enlic elles les deu\ raisons de péché qui se trouvent dans le vol et dans la rapine et s'applique à déterminer quelle est la plus grande. Nous allons voir la réponse de saint rhonias.

^2^ SOMME THÉOLOGIQLE.

Article IX.

Si le vol est un plus grave péché que la rapine?

Trois objections vculeiil prouver que « le vol est un plus grave péché que la rapine ». — La première fait remarquer que « le vol ajoute, à ce qui est de s'emparer du bien d'autrui, la fraude et le dol ; ce que ne fait point la rapine. Or, la fraude et le vol ont de soi la raison de péché, comme il a été vu plus haut (q. 'yo, art. 'j, 5). Donc le vol semble être un plus grave péché que la rapine »>. — La seconde «objection rappelle que « la honte est la crainte de l'acle vilain, comme il est dit au livre IV de VÉlhique (ch. i\ ; de S. Th., leç. 17). Or, les hommes ont plus de houle du vol que de la rapine. Donc le vol est plus vilain que la rapine ». — La troisième objection déclare que « dans la mesure où un péché nuit à un plus grand nombre, dans cette mesure il semble être plus grave. Or, par le vol, on peut nuire et aux giands et aux petits; tandis que par la rapine on ne nuit qu'aux faibles contre les- ([uels peut s'exercer la violence. Donc le péché de vol semble être plus grave que le péché de rapine ».

L'argument sed contra dit (jue « selon les lois, la rapine est punie plus gravement que le vol n. Donc elle est un péché plus grand.

Au corps de larticle, saint Thomas lépond que « la ra})ine et le vol ont raison de péché, comme il a été dit plus haut (art. [\), en raison de l'opposition de volonté qui est en celui à qui l'on enlève quelque chose; avec ceci pourtant, que dans , le vol on a une opposition de volonté sous forme d'ignorance, tandis que dans la rapine elle est sous forme de résistance en contact avec la violence. Oi', il y a pins d'opposition de volonté quand intervient la Niolence cjuc s'il ) a seulement ignorance; car la violence s'oppose à la volonté plus directement que l'ignorance. 11 suit de là que la rapine est un péché plus grave

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