CHAPITRE LXXII. DE L INJURE. OO
mis que s'il s'agit d'un supérieur à l'adresse d'un inférieur, à la seule fin de corriger cet inférieur quand vraiment il le mérite, et à la condition de ne jamais le faire sous le coup de la passion, ni d'une manière qui soit outrée et indiscrète. Quant à ceux qui se rendraient eux-mêmes coupables du péché d'injure contre nous ou contre ceux dont l'honneur peut nous être confié soit directement soit indirectement, la charité peut demander, ou même la justice, que nous ne laissions point leur audace impunie. Mais, dans ce cas, il faut garder, dans la répression, toutes les formes que comporte l'ordre du droit et veiller soigneusement à ne se donner soi-même aucun tort. — Un second péché de parole contre la justice est la délraction. Nous devons maintenant nous en occuper. Il va faire l'objet de la qucstiori suivante.
QUESTION LXXITT
DE L\ 1)ETI\AGT10\
Celte question comprend quatre articles :
1° Ce qu'est la déiraction.
2° Si elle est un péché mortel ?
3° De sa comparaison avec les autres péclics.
4° Si quelqu'un pèche en écoutant la détraction?
Les trois premiers articles Iraileiit de celui qui commet la détraclion ; le quatrième, de ceux qui y participent en récoutant. — Pour le péché même de la détraclion, saint Thomas examine dabord sa nature ; puis, son caractère, soit d'une façon absolue, soit par comparaison aux autres péchés. — D'abord, sa nature. C'est l'objet de l'article premier.
AuTicLii; Premier.
Si la détraction est le dénigrement de la réputation d'autrui
par des paroles occultes?
Le titre de ce premier article nous fait déjà pressentir linlérèt exceptionuel de la quoslion actuelle. La teneur de l'article ne le démentira point. Et les articles qui suivront ne feront qu'y ajouter encore. II n'est peut-être pas de question, dans toute la morale pratique, qui formule une doctrine dout l'application puisse être plus fréquente.
Trois objections, dans ce premier article, veulent prouver que <( la détraclion n'est |)as le (lénig renient de la répiUalion iVaatrui pur des paroles ocealles, comme elle est définie par certains »
QUESTION LWIII. — DE LA DETRACTION. bOQ
(cf. Whcvi-lc-Grand, Sonune lltéolu(ji(/uc', part. II, cj. cwii, membre 2, art. i). — La première dit que « le caractère d'occulte et de manifeste sont des circonstances qui ne constituent pas l'espèce du péché : cest, en effet, chose accidentelle, pour le péché, qu'il soit connu de beaucoup ou d'un petit nombre. Or, ce qui ne constitue point l'espèce du péché n'appartient pas à sa raison » ou à son essence « et ne doit pas être placé dans sa définition. Donc à la raison de détraclion n'appartient pas qu'elle se fasse par des paroles occultes ». — La seconde objection fait observer qu' « à la raison de réputation » ou de renommée <( a[)partient la connaissance pul)li(|ue. Si donc par la détraclion est dénigrée » ou noircie u la réputation de quelqu'un, ce ne pourra pas être fait par des paroles occultes mais par des paroles dites à découvert ». — La troisième objection déclare que « celui-là commet une déliaction (jui soustrait ou fait être en inoins quelque chose de ce qui est. Or, parfois la réputation de quelcju'un est noircie, même si l'on n'enlève rien de ce qui est vrai ; comme, par exemple, si (juehju'un découvre les vrais crimes d'un autre. Donc tout dénigiemenl de la réputation n'est pas une détraction ».
L'argument srd coulni oppose (|u" « il est dit dans VEcrlrsiaste, ch. x (v. m) : Si le .serpent mord dans i(nnhre, il n'y a rien de moins en eetiii (/ui commet In détrnrlum (Tune manière occuUe. Donc mordre dans le secret la réputation de quelqu'un, c'est commettre la détraclion ».
Au corps de l'article, saint Thomas nous avertit que « comme, par voie de fait, quelqu'un imit à un autre d'une double manière, à découvert selon qu'il arrive dans la rapine ou en toute autre violence commise contre (jueUju'un, et d'une fa^on occulte, ainsi qu'on le voit dans le vol et dans les coups portés traîtreusement; semblablement aussi, par paroles, un homme en lèse un autre d'une double manière : d'abord, à découvi it, et cela se fait par l'injure, selon qu'il a été dit (({uestion précédente); ensuite, d'une façon occulte, et ceci se fait par la détraction. Or, de ce que (jueUprun profère contre un autre des paroles à découvert » ou en sa présence, « il semble faire peu de cas de lui » et n'avoir aucun souci de lui déplaire;
JIO SOMME TlILOLOGIQUE.
« d'où il suit que par là-iiièiue rijoiuieur de col autre se trouve atteint. Aussi bien l'injure apporte un détriment à Ihonncur de celui contre qui on la i)rofère. Mais celui qui profère contre un autre des paroles à son insu, semble le considérer plutôt que le mépriser. Et c'est pourquoi il n'apporte point directement un détriment à son lionneur » ou au respect qu'il lui doit, « mais à sa réputation ; en ce sens que proférant ces sortes de paroles d'une façon occulte, il fait, autant qu'il est en lui, que ceux qui l'entendent ont une mauvaise opinion de celui contre (pii il parle. Car c'est cela que send)le se proposeï' et que s'eftorce d'obtenir celui qui commet la détraction, ({ne Ion croie à ses paroles. Par où l'on voit que la détraction dill'ère de l'injure à un double litre. D'abord, quant au mode de présentei" les paroles, celui ([ni injurie parlant ouvertement contre quelqu'un, et celui qui commet la délraction parlant d'une façon occulte. Ensuite, (juant à la fin poursuivie ou quant au dommage causé, le premier dérogeant à l'bonneur, et le second à la réputation ».
L'ad priniiiin déclare que « dans les comnmtations involontaires auxquelles se ramènent tous les torts causés au prochain l)ar actes ou par paroles, la raison d'occulte et de manifeste diversifie la raison du péché; car autre est la raison d'involontaire par voie de violence, et aiitre la laison d'involontaire par voie d'ignorance, ainsi qu'il a été dit plus haut » (q. GG, art. 4)-
h'ad seciindum explique le sens du mot occulte dans la question actuelle. <( Les paroles de la détraction sont dites occultes, non point qu'elles soient telles d'une façon pure et simple, mais par rapport à celui de qui elles sont dites; car on les dit en son absence et à son insu. Celui qui injurie, au contraire, parle en face contre quelqu'un. Il suit de là que si quelqu'un parle mal d'un autre en présence d'un grand nombre mais en l'absence de celui dont il parle, c'est une détraction; et, au contraire, ce sera une injure s'il parle mémo en la seule présence de celui-là. Bien que d'ailleurs aussi quand quelqu'un dit du mal d'un absent en présence d'un seul, il noircit encore sa réputation, non pas totalement, mais partiellement ».
Vad lertiiim précise que « quelqu'un est dit commettre la
QUESTION LXXIII. — DE LA DETRACTION. JII
détraction, non point parce qu'il diminue la vérité, mais parce qu'il diminue la réputation. Chose qui se fait quelquefois directement, et quelquefois indirectement. Diiectement, cela se fait dune quadruple manière : d'abord, en imputant à un autre quelque chose de faux : secondement, en augmentant son péché dans ses paroles; troisièmement, en révélant une chose cachée; quatrièmement, en prêtant une nuiuvaise intention à ce qui a été fait de bon. D'une façon indirecte : en niant le bien dautrui ; ou en le taisant ». — Nous ne saurions trop fixer notre attention sur ces diverses manières de délraction que vient de nous préciser saint Thomas. Elles contiennent, on peut le dire, le tableau des péchés de paroles qui se commettent le plus fréquemment parmi les hommes à l'égard du piochain, dans l'ordre de l'injustice. Il n'est rien où l'on coure plus de risque d'être injuste qu'à l'endroit de la réputation du prochain, quand il est question de lui dans les conversations et qu'il est absent. Il est si facile de se mé()rendre sur le vrai caractère des hommes, sur ce qu'ils sont, sur ce qu'ils font, sur ce qu'ils disent. Et comme, d'autre part, une sorte de pente irrésistible pousse les hommes, (juand ils conversent ensemble, à s'occuper des autres, surtout s'ils sont absents, et plutôt en niai qu'en bien, c'est à chaque moment qu'on peut, dans ces conversations, porter atteinte à la ré[)utation du prochain. On lui inq)utera des choses fausses; on exagérera ce (pi'il peut y avoir en lui de défectueux; on révélera des choses qui étaient ignorées et qui lui sont défavorables; on lui prêtera des intentions mauvaises ou douteuses (jui dénaluieront ce (pi'il fait de meilleur; et, si l'on ne peut trouver prétexte à dire du mal de lui, on lui nuira encore en niant son bien, ou en le taisant. N'est-ce point là comme l'abrégé douloureux de ce qui se passe trop souvent hélas! dans les conversations qu'ont les hommes entre eux. Calomnies, médisances, réticenscs injustes, perfides silences forment un tissu de péchés contre la justice, compiis sous le nom général de détraction, cjui, par leur nombre et leur caractère, nous font comprendre loni ce (ju'a de \iai 15 mol de saint Jacques : S'il csl f/uel(in'iin <iiii ne pi^c/ic [toi/il en l>(iro(f. celui-là esl un homme iKU-J'uit (ch. ni, v. 2).
5l2 SOMME THKOLOGIQUE.
Mais quoi est l)ion le péché de ceux qui commellent la détracliou? Faut-il dire que ce péché est un péché mortel? — Saint Thomas va nous répondre à l'article suivant.
Article II.
Si la détraction est un péché mortel?
Trois ohjeclions veulent prouver que u la détraction n'est pas un péché mortel ». — La première arguë de ce qu' « il n'est aucun acte de vertu qui soit un péché mortel. Or, révéler les péchés cachés, chose qui appartient à la détraction, ainsi qu'il a été dit (art. préc), est un acte de vertu : soit de la che^rité, quand ([uelqu'un dénonce le péché de son frère, se proposant son amendement », dans la correction fraternelle; « soit même de la justice, quand quelqu'un accuse son frère. Donc la détraction n'est pas un péché mortel ». — La seconde objection remarque que « sur cette parole du livre des Proverbes, ch. xxiv (v. 21) : Me vous mêlez point aux détracteurs, la glose dit : Ce péché spécialement est le péril de tout le genre humain. Or, il n'est aucun péché mortel qui se trouve dans tout le genre humain; parce qu'il est beaucoup d'hommes qui s'abstiennent du péché mortel; et ce sont les péchés véniels qui se trouvent en tous. Donc la détraction est un péché véniel ». — La troisième objection en appelle à « saint Augustin », qui, u dans l'homélie sur le feu du Purgatoire (sermon GIV, dans l'appendice, ou XL! des Sainls ; — parmi les œuyres de saint Augustin), « au nombre des petits péchés, place le fait dédire du niai facilement et témérairement , chose qui appartient à la délraclion. Donc la détraction est un péché véniel ».
L'argument sed contra cite l'Epîtrc aux Romains, ch. i (v. 3o), où « il est dit : Détracteurs, odieux à Dieu; ce qui est ajouté, comme le dit la glose, afin qu'on ne pense point gue ce péché est léger parce qu'il consiste en paroles » .
Au corps de l'article, saint Thomas rappelle que « comme il
QUESTION LXXIII. DE LA DÉTRACTION. 5l3
a été dit plus haut (q. 72, aii. 2), les péchés de paroles doivent surtout être jugés d'après rinlenlion de celui qui profère ces paroles. Or, la détraclion, par elle-nième, est ordonnée à noircir la réputation de quelqu'un. Il suit de là qu'un homme commettra, à i)ropremenl parler, le |)éché de délraclion, quand il parlera défavorahlement dun autre, en son absence, pour noircir sa ré|Hitalion, ou pour le dénig:rer. D'autre part, enlever à quel(|u'un sa réputation, est chose tiès grave : parce que, de tous les biens tenq)orels, la réputation send)le être le plus précieux, l'homine étant grandement empêché de faiie le bien, quand il ne l'a pas. C'est pour cela «pi'il est dit dans VEccl('sia.sli(jiu', ch. \m (v. i.")) : \ cille: à cf (/d'an <tU une bonne opinion de vous ; car ceci lutns resh-rn jtliis ijiie mille trésors (ihondfinls et préeieu.r. Aussi bien, la déti'aclion, en soi, est un péché mortel. — Il arrive cependant queUpiefois (pi'nn homme dit certaines paroles (lui nuLsent à la réputation dun autre, sans se proposer cette lin mais bien <pielqne autre chose. Dans ce cas, il n'y a |)as détractiou au sens formel, mais seulement d'une façon matérielle et occasionnellement. Kl si de telles paroles (pii diminuent la réputation d'un autre sont dites par quelqu'un dans un bon but ou pour une fin nécessaire, en observant toutes les circonstances voulues, elles ne constituent point un péché, ni on ne peut les appeler déti'action. Que si (jueUpi'un les profère par légèreté d"<'spiit, on eu \ uc d'une chose (jui n'est |)oinl nécessaire, elles ne constituent pas un péché mortel, à moins peut-être (pie la parole proférée ne soit tellement grave qu'elle lèse notablemciil la réputation du prochain, surtout dans les choses qui ont trait à l'honnêteté de la vie; car ces paroles sont de leur espèce un péché mortel ». — Et saint Thomas ajoute, en finissant, <jue Iors{[u'on a, par son péché, nui à la réputation de (jueUju'un, « on est tenu de restituer la réputation, comme on est tenu à la restitution de n'importe quelle autre chose injustement soustraite; de la manière qui a été dite |)lus haut, (|uand il s'est agi de la restitution » ((|. O2, art. ■>., (1(1 -J'"").
Ainsi donc toutes les fois que par ses paroles on i)orle alteirde, injustetnenl, et en voulant le faire, à la léputation de (juel- \I. — La l'rudence et la Justice. 33
5l4 SOMME THKOLOGIQUE.
qu'un, ou nu'uie, sans vouloir direcleinenl le faire, mais par inconsidéralion, on est Iciui, selon que la chose demeure possible, de réparer le tort fait au prochain et de travailler à refaire sa réputation. Et le péché, (pii a été commis, s'il est quelquefois, souvent même dans l'ordinaire de la vie, un simple péché véniel, peut être aussi et même assez facilement un très grave péché mortel.
h'ad priiuum dit que « révéler le péché occulte d'un autre en vue de son amendement par la dénonciation, ou pour le bien de la justice publique dans l'accusation, n'est point commettre une détraction, ainsi qu'il a été expliqué » (au corps de l'article).
Vad secundiitn fait observer que (( cette glose dont parlait l'objection ne dit pas que la détraction se trouve dans tout le genre bumain, mais elle ajoute le mol prestjue. Soit, parce que le nombre des sols csl infini; et ils sont peu nombreux ceux qui marchent dans la voie du salut. Soit aussi parce qu'il y en a peu, ou même point, qui, quelquefois, par légèreté d'esprit, ne disent quelque chose, d'oii, sur quelque point, même légèrement, la réputation d'un autre ne se trouve diminuée ; attendu que, comme le dit saini .laccpies, cb. ni (v. 2) », et nous avions déjà rappelé son texte : « S'il rsl (jdekja'nn qui ne pèehe poinl en parole, celui-là est un homme par/ail ».
Vad lerlium répond que « saint Augustin parle du cas où (|uelqu'un dit quelque léger mal d'un autre, non avec l'intention de lui nuire, mais soit pas légèreté desprit, soit par inadvertance ». Dans ce cas, en effet, nous l'avons dit, la détraction n'est plus ([uiiii péché véniel.
La détraction, quand elle implique l'intention formelle de porter atteinte à la réputation du prochain ou de lui enlever en partie ou en tout l'estime dont il jouit dans la pensée des autres, est, de soi, un péché mortel. — Est-elle le plus grave de tous les péchés qui se commettent contre le prochain:» C'est ce qu'il nous faut maintenant examiner; et tel est l'objet de l'article qui suit.
QUESTION LXXHI.
DE LV DKTRACTION.
aïo
Article III.
Si la détraction est le plus grave de tous les péchés qui se commettent contre le prochain?
iNous avons ici quatre objections. Elles veulent prouver (|ue « la délraclion est le plus grave de tous les pécliés (|ui se commettent contre le prochain ». — La première arguë de ce (jue (( sur ce passage du psaume cvni (v. 'i) : Ils me ciiloi/tnictil lorsqu'ils devraient le plus in'uimer, la glose dit ; Ceux-là nuisent davantage, qui diniinuent te Cftrist dans ses nwndwes, car ils tuent les âmes de ses Jidèles, ijur eeu.r qui mirent à mort sa elunr, Ifu/uelle devait ressuseiter tout de suite. D'où il semble tpie la détraclion est un plus grave péché (pie riiomicide, dans la mesure même où c'est chose pins graAC de tuer l'àine (|ue de tuer le corps. Puis donc que l'homicide est plus gra\e tpie tons les autres péchés qui se commellenl conti'c le prochain, il s'ensuil que la délraclion est purement et siniplcnuiil la pins grave de toutes ces sortes de péchés ». — La seconde objection dit que «la délraclion semble être un péché plus grave (pie l'injure; parce (|ue riiomme peni icpousscr l'injure, niais non la détraction (pii se cache. Or, linjuie semble (''lie un pins grand péché (pie l'adultère; car l'adultère fait (pie den\ soient une même chair, tandis (pic l'injure met la division parmi ceux qui étaient d'abord unis. Donc la déliaclion est un péché plus grave (|ue radultère; et cependanl, parmi tous les péchés qui sont conlre le prochain, l'adultère a une grande gravité ».
— La troisième objection l'ait observer (juc « l'injnre sort de la colère, tandis que la délraclion sort de l'envie, comme on le voit par saint Grégoire, au livre XWI de ses Morales {eh. xlv, ou xvii, on xxxi). Or, l'envie est un plus grand péché (\uv hi colère. Donc la délracli(ui est un plus grand péché que l'injure. El iKiUS retournons à la même conclusion (|uc toul à llieure ».
— La quatrième objection déclaie (|u' « un péché est d'autant
5lG SOMME TUKOLOGFQLE.
plus grave qu'il amène un mal |)lus grave. Or, la délraction amène le ])lus grave de tous les maux, savoir l'aveuglement (le lespiit. Saint lirégoire, en elTet. dit (dans son Rrrjisli-e, \\\ . \l. ép. II. ou liv. A 111, r-p. \i.v) : (hie font (taire chose les auteurs de la délraction sinon (ju'ils soufflent sur la poussière et (/ii'ils soûlèrent la terre au-devant de leurs yeu.r. en telle sorte que plus ils soufjlent la délraction et moins ils voient la vérité. Donc la détraction est le plus grave de tous les péchés qui se eommellenl contre le prochain ».
L'argument sed contra oppose (jue « le péché d'action est plus grave que le péché de parole. Or, la délraction est un péché de parole; l'adultère, au contraire, et l'iKjmicide, et le vol sont des péchés d'action. Donc, la détraction n'est pas plus grave que les autres péchés qui se commettent contre le prochain ».
Au corps de l'article, saint Thomas nous avertit que « les péchés qui se commettent contre le prochain doivent se mesurer par soi au tort qu'ils font au prochain ; car c'est de là qu'ils ont raison de coulpe. Or. le toit est d'autant plus grand que par lui un plus grand hien est enlevé. D'autre part, il est un triple bien de l'homme, saAoirle bitii de l'ànie, et le bien du corps, et le bien des choses extérieures. De ces trois sortes de biens, le bien de l'àme, qui est le plus grand, ne peut être enlevé à quelqu'un par un autre qu'occasionnellement, par exemple sous forme de persuasion mauvaise, chose qui n'implique point de nécessité » : l'homme, en eflet, ne peut jamais être nécessité à pécher, puisque tout péché est essentiellement un acte libre; et donc le bien de la vertu, ou le bien de l'àme, ne peut jamais être enlevé à quelqu'un par un autre directement. « Les deux autres sortes de biens, au contraire, savoir le bien du corps et le bien des choses extérieures peuvent être enlevés par l'action violente d'un autre. Mais, parce que le bien du corps l'emporte sur le bien des choses extérieures, les péchés ([ui atteignent le prochain dans son corps seront i)lus graves que les péchés qui latteignent dans ses biens extérieurs. Il suit de là que parmi tous les péchés qui sont contre le prochain, le plus grave est l'homicide par lequel on enlève au prochain la