QUESTION LXXIII
DE LA DETRACTION,
crainte, ou par nc<rligencc, ou même par une sorte de pudeur, on pèche assurément, mais beaucoup moins que le détracteur, et le plus souvent le péché n'est que véniel. Quelquefois cependant, même alors, il peut y avoir en cela un péché mortel : ou parce qu'il incombe à quelqu'un, en raison de son office, de corriger le détracteur; ou parce qu'il s'ensuit quelque péril; ou parce que la raison de la crainte Imniaine peut cire qtielquefois un péché mortel, ainsi qu'il a été dit i)lus haut » {q. 19, art. 3).
L'(((l priiiuiin fait observer (pie « nul n'a à entendre on à écouter ses propres détractions : pour cette raison (pie le mal qui est dit de quel'Mi'un en sa présence n'est pas une détracti(ui, à proprement })ailer, mais une injure, ainsi (pril a été dit (art. I, (t<l l^""'). Toutefois peuxcnl parvenir au\ oreilles de queUpi'un j)ar les rapports des autres les délractioiis faites contre lui. Kl al(jrs il est libie de soullVir le (loniniiiyc iuilij.;é à sa réputation, à moins (jue cela ne tournât au péril dvi^ autres, ainsi (piil a été dit plus haut (((. '-i, ait. W). Aussi bien, (pianl à cela, on peut louer sa |)alience, s'il snp|)(Mle, eu cITcl, paliciument les détraetions (pii \v ivgaideut. — Mais il n'est pas eu son pouvoir ou à sa discrétion de su|)|K>ilcr le dommage de la réputation d'autrui. Kt Noilà pour(pioi cela tourne à faute p(»ur lui s'il ne résiste |)as (piaïul il peul résister : pour la inéuic raison (pii lait (ju'on csl tenu d aidera sniib-rcr l'àiu' d'iiii niili-c fini rjff ioinhp sons sn c/ifinjr, comme il est oi-donné dans le Dciiif'i'onome, cli. \\u (v. '1 ; E.nxlc. cli. win, \. .">) ». — C'est donc la raison du précepte de la cliaiité obligeant à dt''fcndr"e le bien du prochain (piand ce bien esl alla(|ué. (pii fiiil un devoir strict de résister au dt'traeleui- ([uand ou rciilcud di'chii'er la réputation d un absent, (le dcNoir pourra èlre aus>i un devoir de justice, si, comme nous en a\ertissail saint Tlionias. à la lin du C(ups de l'article, on a mission, en \erlude la cliaige (pi'ou remplit, de corriger le d(''lraeleur.
\j(i(l srrnndnni e\pli(pie le nuxie don! il fiiul user |)our re|)rendre l'auteur dune détraetion. « (le nesl poini loujours en l'arguant de faux (juOu doit résister au détiacteur ; surtout si r(3n sait (pie ce (pi'il dit est \rai. Maison doil le repiendre en
paroles de ce qu'il pèche par sa délraclion contre son frère; ou, du moins », et s'il est difficile de traduire sa réprobation en paroles, « on doit montrer par la tristesse du visage que cette détraclion déplaît; car, ainsi qu'il est dit au livre des Proverbes, ch. XXV (v. 23) : le vent du nord dissipe (a plnie ; el le visage Irisle, la langue du détracteur ».
Uad terfium répond que a l'ulililé qui provient de la détraclion n'est pas due à linlcntion du détracteur, mais à l'ordination de Dieu, qui, de n'importe quel mal, tire un bien. Et voià pourquoi il n'en faut pas moins résister aux détracteurs; comme aussi aux voleurs et aux oppresseurs des autres, bien que leurs actes soient une occasion de mérite pour les opprimés et les dépouillés qui les supportent avec patience ».
Parmi les biens extérieurs auxquels le prochain a droit et qu'on ne peut attaquer sans violer la justice, il n'y a pas seulement le fait d'être traité avec égard et respect, mais aussi le fait de jouir de l'estime des autres. Aussi bien est-ce un péché contre la justice, et un péché, (jui, de soi, est un péché grave, non seulement quand on injurie le prochain et qu'on lui manque de respect dans ses paroles, mais pareillement quand on nuit à sa réputation en altérant, dans la pensée des autres, alors qu'on parle de lui en son absence, l'estime dont il jouissait auprès d'eux. C'est là, proprement, le péché de la délraction. — Mais il est encore un autre bien, non moins précieux, auquel le prochain a droit et qu'on ne peut lui enlever sans commettre une injustice. Saint Thomas va nous en instruire dans la question suivante.
QUESTION lAMV