‹ Commentaire français littéral de la Somme Théologique de Saint Thomas d'Aquin (volume 4)Chapitre 13 sur 40 · QUESTION XXXI. DE L UNITÉ OU DE LA PLUBALITÉ KN DIEU · texte numérisé non relu

QUESTION XXXI. DE L UNITÉ OU DE LA PLUBALITÉ KN DIEU

sieurs sens. Car, ou bien il exclut tout aulre de la raison du sujet », c'est-à-dire du fait d'être ce qu'est ce sujet; « et dans ce cas, la proposition est vraie ». Le sens revient alors à dire que Celui auec qui nui autre n'est le Père est Dieu. C'est en ce sens que l'expose saint Augustin, dans le sixième livre de la Trinité (cil. vil), quand il di( : .9/ nous disons le seul Père, ce n'est pas pour le séparer du Fils et de r Esprit-Saint; mais disant cela, nous signijions qu'ils ne sont pas Père auec Lui. Ce sens, ajoute saint Thomas, n'est pas celui qui ressort delà manière habilnelle de parler, à moins qu'on ne sous-enlende une incidenic réduplicative, comme si l'on disait : Celui qui seul est appelé Père, est Dieu. Au sens prop.f, ce mot c.\clut de toute participation à la IVirme marquée par l'atiiibut; et dans ce cas, la proposition est iausse, s'il exclut ;/// (taire (aliuni) au masculin » : le sens est alors que nul autre que le Père est Dieu. « La proposition serait vraie, si l'exclusion portait sur aulre au sens neutre seulement (aliud) » ; le sens serait alors : rien autre que le Père est Dieu; c'est-à-dire qu'il n'y a que la nature divine, qui est dans le Père, (pii soit Dieu. « Et, enefîet, le Fils est un autre que le Père, mais Il n'est rien autre; et semblablement , l'Esprit -Saint ». Mais ici encore saint Thomas ajoute : « parce que cette diction seul regarde proprement le sujet, ainsi qu'il a été dit (à l'article précédent), elle va plutôt à exclure un aulre qu'autre » ; elle va plutôt à signifier qu'aucun autre que le sujet ne participe ou n'a la forme exprimée par l'attribut ; c'est-à-dire, dans le cas présent, que nul autre que le Père n'est Dieu ; auquel cas, la proposition est fausse et hérétique. « Aussi bien, conclut le saint Docteur, on ne doit pas l'étendre, mais plutôt l'expliquer pieusement , si on la rencontre en quelque écrit authentique », riisiinl autorité dans l'Eglise.

Ainsi donc, dans celle proposition : seul le Père est Dieu, le mol seul peut être pris d'une fa(;on calégorémalique ou d'une façon syncalégorématique. D'une fa<;on catégorématique, c'est-àdire ayant à lui seul un sens absolu, indépendamment de tout aulie terme qui lui soit joint et qui, modifié par lui, l'aide à éîic allribul ou sujet dans une proposition. Le sens est alors: le Père, qui est Dieu, est seul ; » t la proposition est tout à fait fausse, car le Père n'est pas seul, ayant avec Lui, dans la mCme conimunaulc

de t);Uurc, le Fils ef l'Espril-Saint, ainsi qu'il a été dit à ïad /""' de l'arlicle précédent. Ce mot est pris d'une façon sjncatégorématique, quand il n'a pas de sens à lui tout seul ou d'une façon absolue, mais qu'il est joint à un autre terme, que ce soit l'attribut ou le sujet, pour marquer une exclusion relativement à lui. Par exemple, dans cette phrase : seul le Père csl Dieu, nous avons pour sujet le Père^ pour attribut Dieu. Le mot seul, pris d'une façon syncatéçorémalique, n'aura pas pour but d'affirmer que le Père est seul ou que Dieu est seul, car ce serait le prendre d'une façon caté^orématique; mais d'affirmer ou bien que celui qui seul est le Père est Dieu, ou bien qu'en dehors du Père il n'y a pas de Dieu : dans le premier cas, il exclut tout autre de la raison de Père, et il marque donc l'exclusion relativement au sujet, excluant de lui tout ce qui n'est pas lui; dans le second cas, il exclut tout autre que le Père de la raison de Dieu, et il marque donc l'exclusion relativement à l'attribut, excluant de lui tout ce qui n'est pas le sujet. La première acception syncatégorémalique, consistant à affirmer que celui en dehors de qui il n'est pas de Père en Dieu est Dieu, fait que la proposition est vraie; mais c'est une acception peu usuelle et tourmentée. La seconde accej)tion syncatéyorémalique, consistant à affirmer (\y\en dehors du Père il n'est pas de Dieu, peut èlre vraie, si par ces mots : en dehors du Père, on entend (\\xen dehors de la nature qui est dans le Père il n'est pas de Dieu; el ces mots sont pris alors dans un sens neutre. Mais cette acceptioii est encore pc.i usuelle et tourmentée. La véritable acception de ces mots leur donne comme sens qu'(?/i dehors de la Personne du Père, il n'est pas d'autre personne qui soit Dieu; lequel sens est manifestement hérétique. Voilà pourquoi, à parler simplement, nous ne devons pas admettre cette proposition : seul le Père est Dieu. Et si. comme nous disait saint Thomas, on la trouvait en quel- (liie auteur digne d'estime, il la faudrait interpréter pieusement, mais ne pas la recommander.

h' ad primuni fait observer que « lorsque nous disons » cette parole citée par l'objection et (jui est de Xotre-Seiii^neur, en saint Jean : « Vous le ii>ul vrai Dieu, (tn ne doit pas l'entendre de la Personne du Père, mais Je toute la Trinité, ainsi que l'explique

QUESTION XXXI, DE l'uMTÉ OU DE LA l'LUnALITl'j Di: DIEU. .îo'i

sailli Augusiin (de In Trinité, liv. Vï, cli. i\). — Que si on reiilend de la Personne du Père, ce sera sans exclure les autres Personnes, en raison de l'unité d'essence, selon que le uiol seu/ exclut seulement le aliiid ou antre au sens neutre, ainsi qu'il a été dit » (au corps de l'article).

« Et nous avons la même réponse », à Vad sccundum, v( pourla seconde objection. Lorsque, en effet, quelque chose d'essentiel est dit du Père, ni le Fils ni le Saint-Esprit ne sont exclus, en raison de l'unité d'essence ». — « Du reste, ajoute saint Thomas, il tant savoir que dans le texte précité » et qui était la parole de Notre-Seigneur, en saint Matthieu, « ce terme personne (en latin nemo) ne doit pas s'entendre au sens d'aucun homme (niilliis Iiomo), comme semblerait l'indiquer l'aspect du mol ; dans ce cas, en effet, on n'en pourrait pas excepter la Personne di; Tère » et Notrc-Seigneur n'aurait pas pu ajouter : si ce n'c^t le Père, le Père n'éia^nt pas un homme; « mais on prend ce mot au sens ordini>.ire et selon qu'il s'applique à toute substance particulière de nature raisonnable » ou intellectuelle.

Uad tertium remarque qu'il n'y a p; s parité entre les Personnes divines et le cas présenté dans l'objection. « Il est très vrai que » le mot seul et « les dictions exclusives n'excluent pas ce qui rentre dans le concept du terme auquel on les joint » ; mais à une condition : c'est qu' « il n'y aura pas de différence de suppôt ; et c'est ce qui arrive pour la partie ou pou; l'universel », dont l'objection parlait. « Mais » en Dieu, « le Fils diffère » supposilalement, c'est-à-dire « par le suppôt » de la Personne, rt du Père; t-l par suite la raison ne porte pas ».

Vad (jiiartam se contente de remarquer que la citation laite par l'objection était tronquée. « Nous ne disons pas, » en effet, <( d'une façon absolue, que seul le Fils soit le Très-Haut, mais que seul II esi le Très-Haut aucc tEsprit-Sainî, dans la gloire de Dieu le Père ».

Une dernière question nous teste 5 txem'utr au sujet des Personnes divines coiisidéiées d'une façci ôL'^Oiuc et générale; c'est à savoir : de quelle manière .:ous en pouvcrti acquérir la connaissance. Ce sera l'objet de la question suivante.

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