QUESTION X.WII. — CONNAISSANCE DES PERSONNES DIVINES
ne st' (roiivcnl, en rltV'l, que s'il s'agit des êtres composés ou matériels. « Il s'ensuit qu'en Dieu nous n'avons pas à supposer des notions sappliquant aux Personnes ».
L'argument sed <(tnlra est un texte de saint Jean Damascèni'. « Saint Jean Damascène dit (dans son traité dr la Foi orthodoxe, liv. III, ch. v) que nous connaissons la différence des ffijpostases, c'est-à-dire des Personnes, dans tes trois proprirtés qui sont la propriété paternelle » ou de paternité « filiale » ou de filiation « et processionnelle » ou de procession. D'où l'argument conclut qu'« il faut donc mettre en Dieu des propriétés et des notions ». — Comme le fai remarquer le P. Janssens, les Pères grecs avaient reconnu des notions en Dieu, lont>temps même avant saint Jean Damascène. C'est ainsi que nous lisons dans saint Basile (ép. 43j, que pour connaître les Personnes divines nous devons recourir à leurs notions propres. « Nous n'en appellerons point à la raison d'Incréé, ou qui dépasse toute compréhension, et le reste de même nature, pour déterminer ce qui est propre à chaque Personne; mais nous prendrons seulement ce qui permet à l'intelligence de saisir nettement chaque Personne sans rien de commun qui la confonde avec les autres ». Ainsi parle saint Basile. — Saint Cyrille d'Alexandrie ne s'exprime pas moins clairement. « La force et la raison des termes excluant en quelque sorte la confusion et marquant à chacun sa place fixe, accorde à chacun d'être iminuablcment lui-même. Le Père, en etfet, est le Père et non le Fils, parce qu'il engendre; le Fils est le Fils et non le Père, parce qu'il est engendré. Essayez, au contraire, s'il vous plaîl, d'éloigner, par la pensée, du Père le nom de Père, et du Fils le nom de Fils, et cherchez, je vous le demande, le moyen de désigner distinctement l'une de l'autre chacune des deux Personnes. Sera-ce en l'appelant Dieu ou en disant qu'elle est la Vie, qu'elle est l'Incorruptible, ou l'Invisible, ou le Roi? Mais rien de tout cela ne les peut distinguer. Comment, en effet, ce qui est vrai de chacune pourrait-il clairement désigner ce qui est propre à chacune. Au contraire, ce n'est que du Père qu'on peut dire le mot Père, marquant que c'est Lui qui engendre; ce n'est que du Fils qu'on peut dire le mot Fils, marquant que c'est Lui qui est
engendré. Cela donc est propre à chacun, qui n'appartient qu'à Lui, quand bien même il y ait des attributs communs qui conviennent aux deux. C'est qu'en effet, ces autres attributs sont des attributs de nature, et non les propriétés personnelles qui font que l'un est Celui qui engendre, et l'autre Celui qui est engendré {De S. Trin.^ Dial. i, in fine) ». — Ces textes, comme nous Talions voir par le corps de l'article, traduisent excellemment la doctrine qu'il s'agit d'établir. — Parmi les Pères latins, nous avons un beau mot de saint Augustin et qui exprime la même doctrine par mode de formule : « Autre est la notion par laquelle on entend » que le Père est « Celui qui engendre; autre » la notion par laquelle on entend qu'il est « l'Inengendré » {De la Trinité, liv. V, ch. vi).
Au corps de l'article, saint Thomaa nous montre d'abord la por-tée de la question actuelle, en citant l'opinion d'un certain Praepositivus, théologien fameux, Lombard de nation, et agrégé à l'Université de Paris, dont il fut même chancelier au début du treizième siècle. Ce « Prépositivus ne prenant garde qu'à la simplicité des Personnes divines, n'admettait pas qu'on pût placer en Dieu des propriétés ou » des notes distinclivcs, « des notions » nous faisant connaître chacune des Personnes. « Et s'il les rencontrait mentionnées quelque part, il expliquait le terme abstrait » de paternité, par exemple, « au sens du terme concret. C'est ainsi que nous avons coutume de dire : Je supplie votre bonté pour signifier : Je vous supplie, vous qui êtes bon. Pareillement, quand on di^i 7 paternité en Dieu, ce serait pour signifier Dieu le Père . — Mais saint Thomas n'admet pas celte explication. « Nous avons montré plus haut, dit-il (q. 3, art. 3, ad i'""; q. i3, art. i, ad 2""'), qu'il ne répugne pas à la simplicité divine, que nous usions, quand il s'agit de Dieu, de termes concrets et abstraits. Et cela, parce que notre manière de nommer est conforme à notre manière de connaître. Or, notre inteliio-ence ne peut pas parvenir à saisir la simplicité divine telle qu'elle est en elle-même. Elle la saisit selon qu'elle y peut atteindre en s'appuyant sur les créatures sensibles d'où elle tire toutes ses connaissances. Et précisément, pour les créatures sensibles, quand nous voulons signifier leurs formes à l'état pur et simple,
QUESTrON XXXII. CONNAISSANCF, DF.S ITiUSONNF.S l)l\IM.S. ■.>.[>.:)
nous nous servons de lern^ies absliiiils; quand nous voulons, au eontraiie, sii^^nitier les choses rlles-mènies qui subsistent, nous usons de ternies concrets. El voilà pouiijuoi aussi, selon qu'il a été dit plus haut (aux endroits cités loul à l'heure), nous signifions les choses de Dieu par des lernfies abstraits, en raison de leur simplicité, el par des termes concrets, en raison de leur subsislence ou de leur être complet. — Or, il n'y a pas que les choses qui touchent à l'essence divine que nous ayons à exprimer de la sorte, c'est-à-dire en nous servant de termes abstraits et de termes concrets; il y a aussi ce qui touche aux Personnes. De telle sorte que si nous discms diuinifé el Dieu, sagesse et sage, il nous faut pouvoir dire aussi paternité Ql Père ».
« 1! le faut, remarque sain', Thomas; et deux choses surtout nous y obliL^cnl. — Premièrement, riraj>orlunité des hérétiques. Dès là, en elfel, que, pour nous, le Père el le Fils et le Saint- Es[int Sont un seul Dieu el trois Personnes, il a bien fallu que nous pui>''ii»n,s répouilre à ceux qui nous posaient celte question : />(//■ fjn'u sont-ils v.n seul Dieu cl par quoi sont-ils trois Personnes? De là iè ticivssilé de poser des termes abstraits désignant ce pjf quoi \és Personnes se distinguent », comme nous avions des (t rmes abstraits désignant ce par quoi elles sont un. « Et lelhs sont préeisèineut les propriétés ou les notions signifiées d'une façon abstraite, comme la paternité et la filiation ». Nous avons du répondre qu'ils étai(;nt dis'incts par la paternité, parla filiation, et le reste, « comme nous répondions qu'ils sont un par la divinité ou l'essence. Aussi bien, l'essence en Dieu, est ce qui répond à la (jucstion quoi?\es Personnes, à la question qui/ les propriétés, à la question par quoi? ». Retenons cette deinière remarque de saint Thomas; elle est très précieuse. Nous y voyons, une fois de plus, que tout ce qui se dit par mode de genre neutre, en Dieu, se rattache à l'essence, tandis que ce qui se dit par mode de genre masculin, se rattache aux Personnes. Que sont le Père, le Fils et le Saint-Esprit? Ils sont Dieu. Si, au contraire, nous demandons : qui est Dieu? il faut répondre : le Père, le Fils et le Saint-Esprit; car ils sont trois à être celte même nature ou ce même acte d'être parfait, infini, immuable, éternel et unique, abîme de science, volonté souveraine, puisse la Trinilé. i5
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sance sans bornes et suprême félicite que nous dcsig^nons par ces mots : Divinité, Dieu. Que si nous demandons : comment et par quoi ils sont trois au sein de celte unique Divinité, nous répondons par les termes qui dési^-nent leurs propriétés distinclives : la paternité, la filiation, la procession.
Telle est la première raison qui nous oblig-e à mettre en Dieu, pour les Personnes, les propriétés ou les notions dont il s'agit. Il est une autre raison qui nous oblige à faire usage de ces termes abstraits, par lesquels nous désignons les Personnes en Dieu. C'est que « l'une de ces Personnes, la Personne du Père, se trouve avoir rapport à deux, à la Personne du Fils et à la Personne du Saint-Esprit. Or, ce ne peut pas être par une même relation qu'elle se réfère aux deux; sans quoi le Fils et le Saint- Esprit se référeraient aussi au Père par une même relation, et il s'ensuivrait que le Fils et le SaintrEsprit ne seraient plus qu'une même Personne et non deux, attendu que seule la relation multiplie la Trinité en Dieu », c'est-à-dire que c'est uniquement sur la distinction des relations que se fonde la distinction des Personnes. « Ni on ne peut recourir, comme le faisait Prépositivus, à l'exemple des créatures » qui seraient distinctes entre elles et multiples, « se référant à Dieu par des relations multiples et diverses., quoique Dieu se réfère à elles par une seule et même relation; d'où, concluait Prépositivus, nous pourrions dire que le Fils et le Saint-Esprit se réfèrent à Dieu le Père par deux relations distinctes, quoique le Père se réfère aux deux par une même relation. Non, on ne le peut pas; parce que la raison spécifique du relatif consistant en ce qu'il se réfère à un autre, si, du côté du terme où aboutit la relation, il n'y a pas de distinction, il s'ensuivra de toute nécessité que nous n'aurons pas des relations spécifiquement distinctes. Autre, en effet, est la relation du maître et du père, parce que autres sont les rapports de fils et de serviteur. Aussi bien, les créatures, en tant que créatures, ne se réfèrent pas à Dieu par des relations multiples », comme le croyait à tort Prépositivus, « mais par une seule et même relation : celle de créatures. Le Fils, au contraire, et le Saint- Esprit se réfèrent au PèrC; non par une même relation », mais par des relations spécifiquement distinctes. « Il n'y a donc
QUESTION -WNir. — CO.NNAISSANCK IMS PKRSONNES DIVINES. 227
aucune parilé. De plus, nous pouvons diic cnrore, ainsi qu'il a clé dit plus haut (q. i3, art. 7; q. 28, ail. 1. <id 3""'), qu'il n'est pas nécessaire d'établir en Dieu une lel.ilioii léelle à la créature »; il n'y a, en Lui, par rapport à la créatuie, que des relations de raison : « or, nous pouvons, sans aucun inconvénient, niulliplier les relations de raison en Dieu. Dans le l^ère, au coniraire, il faut que ce soit une relation réelle par laquelle II se réfère au Fils et au Saint-Esprit ». Et donc la parité qu'on voudrait faire avec les créatures ne tient en aucune manière. — Il faut donc, de toute nécessité, que nous trouvions, dans le Père, deux relations distinctes, par l'une desquelles II se réfère au Fils, et par l'autre, à l'Esprit-Saint. Et comme cependant la Personne du Père n'est pas multiple mais reste une, force a été de sijjnifier disiincieinenl les relations par ces termes abstraits que nous nommons les propriétés ou les- notions ».
\Jad prinmni fait observer que 0 s'il n'est pas fait mention des notions dans la sainte Ecriture, il est pourtant fait mention des Personnes », c'esl-à-dire du PèrC:, du Fils et du Saint-Esprit, « en qui les notions sont comprises comme l'abstrait dans le concret ». Il est évident, en effet, qu'on ne peut pas avoir le Père sans la paternité, ni le Fils sans la filiation, et le reste. C'est donc par une déduction léi^ilime que nous employons ces termes, bien qu'ils ne se trouvent pas, comme tels, dans la sainte Ecriture.
L'ad spcundnni est très important pour bien préciser le caractère des notions dont nous parlons. « Ces notions ne sont pas sig^nifiées en Dieu par mode de réalités, mais par mode de raisons » ou de concepts « qui nous font connaître les Personnes ; bien que les notions ou les relations » qui leur correspondent « soient réellement en Dieu, ainsi qu'il a été dit plus haut (q. 28, art. i) ». Les notions, qui pourtant sont des réalités et même des réalités subsistantes en Dieu, ne sont pas sig-nifiées par mode de choses subsistantes, mais par mode d'abstraction et à titre de formalités intellectuelles devenues, pour nous, principes de distinction et de connaissance. « Il suit de là que ce qui dit quelque ordre à un acte soit essentiel, soit personnel, ne peut pas se dire des notions; car cela répuçne au mode de sig-nifier qui est
le leur. Et voilà pourquoi nous ne pouvons pas dire que la paternité crée ou qu'elle engendre, qu'elle fait acte de sagesse ou d'intelligence ». C'est qu'en effet les actes n'apj»ai liennent qu'aux suppôts ou aux êtres subsistants, et ce n'est pas ainsi ({ue nous signifions les notions en Dieu. « Pour ce qui est des [ji-opriétés essentielles, au contraire, qui ne disent pas un ordre au fait d'agir, mais simplement excluent de Dieu les conditions de la créature, nous pourrons les dire des notions. Nous dirons, par exemple, que la paternité est éternelle, qu'elle est immense, et le reste. En raison aussi de l'identité réelle » qui existe entre la paternité et le Père, entre la fdiation et le Fils, et généralement entre les notions et la Personne dont on les dit, « nous pourrons dire de ces notions les termes substantifs » ou concrets, « qu'il s'agisse. des termes personnels ou des termes essentiels; et, par exemple, nous pourrons dire que la paternité est Dieu, que la paternilé est le Père ».
L'ad tertium rappelle que « sans doute les Personnes sont au suprême degré de simplicité; mais nous pouvons, sans porter atteinte à cette simplicité, signifier d'une façon abstraite les raisons propres des Personnes, ainsi qu'il a été dit » (au corps de l'article).
Il y a en Dieu, c'est le dogme fondamental de noire foi, plusieurs Personnes. Ces Personnes, qui conviennent entre elles au point de vue de l'essence et de tous les attributs essentiels, se distinguent cependant, en réalité, l'une de l'autre. Le Père n'est pas le Fils, le Fils n'est pas le Père, le Père et le Fils ne sont pas le Saint-Esprit; bien que le Père, le Fils et le Saint-Esprit soient le même Dieu. De même qu'il y a en elles (juclquc chose de commun qui fait qu'elles conviennent, de morne il y a en chacune d'elles quelque chose qui n'est pas dans les autres et qui f;iit qu'elle s'en distingue. C'est par ce quelque chose qui fait que les Personnes divines se distinguent entre elles, que nous pouvons les connaître chacune distinctement. Or, précisément, nous appelons notions, dans le langage théologique, ces caractères particuliers qui se trouvent en chacune des Personnes divines et qui nous les font connaître selon qu elles se distinguent entre elles.
QUESTION XXXII. CONNAISSANCR DES PERSONNES DIVINES. 2 2r)
Ces caractères sont très réels en cliacnne des Personnes divines, et bien qu'ils s'identificnl, dans la n'alité, avec elles, ils s'en distinguent rationnellenuMil en ce (|iriis sont conrns par n(»n>< comme des notes ou des formalités qui sont destinées à les faire connaître. Aussi bien, est-ce par mode de formes abstraites que nous les signifions ; non pas (jue nous entendions affirmer, pour les Personnes divines, une composition quelconrpie de foirne et de suppôt, mais simplement pour marquer (|u'il y a en chacune d'elles tel principe de disîinction qui nous oblige à ne pas les confondre. Notre intelligence conçoit distinctement la Personne et son caractère distinctif ou sa noiion, parce que, selon notre mode connaliirel de connaître, la Personne est conçue par nous comme ce qui subsiste, et que, parmi nous ou j^aiini les êtres matériels d'où s'originent nos connaissances, ce qui subsiste se dislingue des formes ou des modalités qui se trouvent en lui et y subsistent. C'est donc dans notre intelligence, ou par rapport à notre intelligence, (pie la noiion se distingue de la Personne en Dieu. Mais en Dieu elles s'identifient de tous points, s'il s'agit de leur réalité ou de leur être. La Personne et la notion sont une seule et même réalité, dont la plénitude, qui déborde notre intelligence, est apte à fonder, dans notre esprit, deux concepts différents que nous exprimons j)ar deux termes distincts, l'un abstrait, et l'autre concret. — Tel est le sens de ce mot notion appliqué à Dieu dans le mystère de la Trinité. Ce sens, du reste, nous apparaîtra mieux encore après la lecture de l'article suivant où saint Thomas va s'enquérir du nombre des notions.
Article 111.
S'il y a cinq notions?
Nous voyons, par le simple énoncé de cet article, qu'il était reçu, du temps de saint Thomas, de fixer à cinq le nombre des notions en Dieu. — Le saint Docteur examine s'il n'y arien à changer à celte détermination, — Cinq objections veulent prouver que ce nombre a été mal fixé : trois, pensant qu'il y en a trop; et deux, qu'il n'y en a pas assez. — La première.observequ'« à pro-
23o SOMME THÉOLOGIOUE.
prcinent parler, les notions des Personnes sont les relations qui les dislingueni. Or, nous l'avons dit plus haut (q. 28, art. 4), les relations en Dieu sont au nombre de quatre. Donc, les notions aussi seront quatre seulement». — La seconde objection remarque qu' « à cause de l'unité d'essence, Dieu est dit un ; et qu'-'n raison des trois Personnes, Il est dit trine. Il semble donc qui' sera dit quine, s'il y a en Lui cinq notions ; et cela même esl un inconvénient ». — La troisième objection est particulièrement importante, en elle-même d'rbord, et aussi en raison de la réponse qu'elle nous vaudra. Elle part de ce fait qu'il n'y a que trois Personnes en Dieu; et elle arg-umente comme il suit : « Si, tandis qu'il n'y a que trois personnes en Dieu, on dit qu'il y a cinq notions, il faudra qu'en l'une on laiitre des Personnes se trouvent deux notions ou même davantag^e; et c'est ainsi que l'on place dans la Personne du Père l'innascibililé, la paternité et la spiralion commune. Mais ou bien ces notions diffèrent réellement entre elles ou elles ne diffèrent que selon la raison. Si elles diffèrent réellement, il s'ensuit que la Personne du Père » et toute autre Personne en qui se trouveront plusieurs de ces notions « sera composée de plusieurs choses. Que si elles ne diffèrent que "-olon la raison, il s'ensuit que l'une d'elles pourra se dire de ''autre » ou des autres; « en telle manièie que si nous disons q :e h bonté de Dieu est sa sagesse, à cause de leur identité réelle, nous pourrons dire aussi que la spiration commune est la paternité : et cec- n'est admis par personne. Il n'y a donc pas cinq notions » en Dieu.
Deux arguments sed contra, qui sont deux véritables objections en sens inverse, veulent prouver qu'il y a plus de cinq notions en Dieu. — Le premier observe que « si le Père ne s'origine point d'un autre, et l'on a, de ce chef, la notion d'innascibililé. le Saint-Esprit n'a personne qui s'origine de Lui »; d'où il semble que nous devons ajouter, pour Lui, une nouvelle notion qui correspondra à l'innascibililé du Père et (jiie d'aicuns ont voulu aj»peler l'improductivité. « Ce qui donne en tout six notions » pour les Personnes divines. — Le second argument sed conlia dit que « s'il est commun au Père et au Fils que le Saint- Esprit en procède, il est, aussi, commun au Fils ei au Saint-
Qi;i;sri()N x.wn. — connaissance ui;s im;hsi)nm;s i)i\im:s. 2.ji
Esprit qu'ils prorèdciU du Père. De même d<jn(: (ju'il y a une notion commune au Père et au Fils, de même il doit y avoir une notion ronunuiu' au Fils et au Saint-Esprit ».
Le corps de l'article rappelle, au début, et précise ce qu'il faut entendre par notions en Dieu. « On appelle notion ce qui est là raison pro[)re d'où l'on connaît une Personne divine ». Par con' séquent, nous auions au(anl de notions en Dieu que nous aurons de raisons distinctes nous faisant connaître chaque Personne divine en tant (pi'elle est une Personne et telle Personne. « Or, les Personnes divines se multiplient », en se distinguant réellement les unes des autres, « selon les relations d'origine. Mais deux choses » ou deux questions « se rattachent à la relation d'origine : de (/«/s'origine un tel et r/ni est celui qui ainsi s'origîne. Ce sera précisément selon ces deux modes que nous pourrons connaître telle ou telle Personne divine ». Et, par suite, nous aurons autant dénotions qu'il pourra être fait de réponses à ces deux questions (I ns roriii;-ine des divines Personnes. « S'il s'agit, d'abord. Je la Personne du Père, ce n'est pas par ce fait qu'elle vient d'un autre, que nous pourrons la connaître, mais plutôt par ceci qu'elle n'est d'aucun autre », puisqu'on réalité le Père ne s'origîne pas d'un autre en Dieu, étant Lui-même, au contraire, le Principe de toute origine. « Nousxiurons donc, de ce chef, et en ce qui est du Père, la notion d'innascibilUé. Quant au fait qu'un autre vient de Lui, nous pourrons connaître le Père d'une double manière. Premièrement, en tant que c'est le Fils, qui vient de Lui; et, de ce chef. Il est connu par la notion de palernUé. Secondement, en tant que c'est le Saint-Esprit, et II est connu ainsi par la spiration coninmne. — S'il s'agit de la Personne du Fils, nous la pouvons connaître, d'abord, en raison de ce fait qu'elle provient d'un autre par voie de naissance; et, ainsi, elle se connaît par {ajUiatioii. Nous la pouvons connaître ensuite en raison de ce fait qu'un autre, c'est-à-dire l'Esprit-Saint, procède du Fils; et, par là, nous la connaissons de la même manière que le Père, savoir : par iix spirdlion coninmne. — Pour ce qui est .de l'Esprit-Saint, nous le pouvons connaître parce fait qu'il est jd'un autre ou de plusieurs autres; et ainsi nous le connaissons Ipar la procession. Mais nous ne le pouvons [)as connaître en
2^2 SOMME THI^OLOGIOIE.
raison d'iiii oiilre qui procéderait de Lui, puisqu'aucune autre Personne divine ne procède de Lui. Donc, il reste que nous avons en Dieu cinq notions » ou cinq caractères dislinctifs par lesquels nous connaissons les diverses Personnes, « savoir : finnosùibititê, la paternité, la filiation, la spiration commune et la procession )>. De ces caractères distinctifs ou « de ces notions, quatre seulement sont des relations » : ce sont les quatre dernières; « quant à rinnascibilit(''. on l'y ramène, ainsi qu'il sera dit plus loin n (q. 33, art. l\, ad 3""^), mais elle ne l'est pas, à proprement parler. « Quatre aussi seulement sont des propriétés » ou des notes appartenant en propre à telle ou telle Personne : ce sont l'innascibililé, la paternité, la filiation et la procession ; « pour ce qui est de la spiral ion commune, elle n'est pas une propriété, puisqu'elle convient à deux Peisonnes. Enfin, trois sont des notions personnelles, c'est-à-dire qui constituent des Personnes : ce sont la paternité, la filiation, la procession ; fjuant à la spiration commune et à l'innascibilité, elles sont bieii des notions de Personnes » , c'est-à-dire qui servent à nous faire connaître telles Personnes, « mais elles ne sont pas des notions personnelles », constituant les Personnes, « ainsi qu'il sera montré plus loin » (q. 4o, art. i, ad i""').
Dans son commentaire sur les Sentences (liv. I, dist. 26, q. 2, art. 3), saint Thomas établit une comparaison très intéressante entre les notions, les propriétés et les relations en Dieu. Il nous fait remarquer qu' « on peut assigner entre elles une triple différence. — Elles diffèrent, d'abord, quant à leur mode propre de signifier ». Prenons « la paternité », par exemple, qui est tout ensemble relation, propriété et notion. « On l'appellera relation, selon qu'elle dit un rapport au Fils ; propriété, en tant qu'elle convient au Père seul; notion, parce qu'elle est le principe formel de connaître le Père. — Une seconde manière dont elles diffèrent, c'est quant à l'ordre qu'elles disent à l'intelligence. De ce que, en effet, rien ne peut avoir raison de principe faisant connaître une chose, si cela n'est propre à cette chose, il s'ensuit que dans l'ordre de Tinlelligence, la propriété précède la notion. Et parce que la propriété ne convient qu'à ce fjui e-l distinct de tout ce qui n'est pas lui, que d'autre part la distinction en Dieu n'est que