‹ Commentaire français littéral de la Somme Théologique de Saint Thomas d'Aquin (volume 4)Chapitre 18 sur 40 · QUESTION WXIII. DE LA PERSONNE DU IM-HK · texte numérisé non relu

QUESTION WXIII. DE LA PERSONNE DU IM-HK

corrélatifs. Et, par suite, il n'y a pas à développer une (picsiion spéciale à son sujet. Aussi bien, saint Thomas annonce (|iril ne nous reste à traiter de la seconde Personne « qu'en tanl ([uOn l'appelle des noms de Verbe et à' Image ». Ce sera l'objet des deux questions suivantes, q. 34 et q. 35.

Avant de venir à la première de ces deux questions, il ne sera pas inutile de nous remémorer, en l'appliquant au Fils, dési^j-né par ce nom de Fils, ce que nous avons établi au sujet du Père, Saint Thomas vient de nous dire, en effet, que ces deux termes s'expliquent l'un par l'autre.

Et d'abord, nous devrons dire que de même que le mot Père désigne par excellence la première personne, de même le mot Fils désigne par excellence la seconde. De même que le Père est Père par antonomase, qu'il est Père au sens premier et parfait de ce mot, qu'il est le Père, tout court et sans addition, de même le Fils est Fils par antonomase. Il est Fils au sens premier et parfait de ce mot. Il est le Fils, tout court et sans addition. C'est là le nom qui lui convient le mieux, qui le prend pour ainsi dire tout entier, qui s'identifie à Lui et désigne directement, adéquatement, la relation qui est tout Lui-même, ainsi qu'il a été dit du Père. Nommer le Père, c'est nommer le Fils; et nommer le Fils, c'est nommer le Père. C'est là le sens de l'admirable parole que nous lisons dans l'Evangile (en saint -Matthieu, ch. xi, v. 27; et en saint Luc, ch. x, v. 22) : Toutes choses m'ont été livrées par mon Père; et personne ne sait quel est le Fils, si ce nest le Père; ou quel est le Père, si ce nest le Fils et celui à qui le Fils aura voulu le révéler. Aussi bien, de même que le Fils, pour désigner le Père, en tant que Personne distincte, use presque toujours du mot Père, dans l'Evangile, et s'il emploie quelquefois dans ce sens le mot Dieu, c'est parce que, bien qu'étant Dieu lui aussi, il entrait dans l'économie du myslère de son incarnation qu'il disparaisse et renonce pour un temps, comme parle saint Paul (aux Philippiens, ch. 11), aux prérogatives de sa divinité; — de même, c'est par le mol Fils qu'il se désigne Lui-même personnellement. Et nous avons montré plus haut, en citant de nombreux textes de l'Ecriture (q. 27,

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art. i), qu'il fallait ouIcikIic ce mol Fi/s, quand il est appliqué à la seconde Personne de la Très Sainte Trinité, dans nos saints Livres, au sens le plus transcendant et le plus parfait. C'est dailleuis ce mot qui revient toujours dans les formules les plus solet»nelles et les plus usilées ({ui servent à désigner expressément, dans l'Ecrilure Sainte et dans la liturgie, le mystère de la Très Sainte Trinité. Nous lisons en saint Matlliieu (ch. xvin, V. 19), proféré par le Clirist au moment où 11 envoyait ses disciples à la conquête du monde : Allez et enseignez toutes les nations, les baptisant an nom du Père, du Fils et du Saint- Esprit. De même, dans la formule liturgique par excellence de la doxologie dans l'Eglise, nous lisons ces mêmes mots : Gloire soit au Père, au Fils et au Saint-Esprit.

11 est aisé de comprendre après cela pourquoi le pape Pie VI n'hésita pas à signaler comzne « dangereuse pour la foi des faibles » la proposition émise « imprudemment )) par le concile de Pistoie au sujet du mot Verbe, que ce concile semblait vouloir préférer au mot Fils pour désigner la seconde Personne de la sainte Trinité. Le concile avait dit, au sujet des trois Personnes divines, qu' « il était plus exact, selon leurs propriétés personnelles et incommunicables, de les appeler Père, Verbe et Esprit- Saint; — comme si, ajoute le Pape, on devait lenir pour moins exacte et moins propre l'appellation de Fils, consacrée en tant de passages de la sainte Ecriture, par la voix même du Père tombée du ciel et de la nuée », sur le bord du Jourdain et au Thabor, « par la formule du baptême imposée par le Christ, par la célèbre confession qui valut à Pierre d'être appelé bienheureux par le Christ ; — et comme si nous ne devions pas retenir plutôt ce que le Docteur angélique, enseigné lui-même par saint Augustin, nous apprend, que dans le nom de Verbe est comprise la même propriété que dans le nom de Fils (q. 34, art. 2, .ad J""*), ce que saint Augustin exprimait en disant : nous i appelons Verbe par cela même quil est Fils n {de la Trinité, liv. VII, ch. Il) [Cf. Denzinger, n° \!\^o].

Le mot Fils est donc par excelience le nom propre et personnel de la seconde Personne de la Très Sainte Trinité. Nul autre ne la désigne mieux ni plus exactement. Car, à aucune autre

ouESTiON XXXIII. — Di: i,.v i'i:rsonne du père. 287

ptTsoiinp le mot Fils ne coiivicnl coinine à elle. El mil autre mol irex(>iinie plus excellemineiil le rapport personnel qui la lonslilue. Nous ferons même itMnar(|uer, à ce sujet, que le mot l'ils tout court et sans addition aucune, désigne plus excellemmenl la seconde Personne de la Trinité que l'expression complexe /'V/.v (le Dieu. L'expression fils de Dieu, en efîel. mèim; si ou rentend par antonomase, avec un grand F, ne dit rien de [)lus (pie le mot Fils tout court. Bien plus, elle n'a touie sa rigueur qu'en entendant le mot Dieu an sens du mot Père; car il ne peut pas y avoir d'autres Fils du Père, au sens précis, le Père n'avant de fils adoptif qu'en communion avec le Fils et l'Esprit- Saint. Ce n'est que par appropriation, appropriation très fondée, nous l'avons dit (art. 3), mais enfin ce n'est que par appropriation que les fils adoptifs de Dieu sont appelés fils du Père. A vrai dire et selon la rigueur des termes, ils sont les fils adoptifs de toute la Trinité : Père, Fils et Saint-Esprit. Lors donc que nous disons Fils de Dieu, nous exprimons moins excellemment la Personne du Fils, que si nous disons le Fils, tout court. Aussi bien voyons-nous, dans l'Evangile, que presque jamais Nolre-Seig-neur ne s'appelle Lui-même Fils de Dieu. Il ne parle que de' son Père. Et II se dit Lui-même le Fils, tout court, appellation plus profonde et plus excellente que s'il disait Fils de Dieu.

Cette appellation /ils de Dieu, en effet, peut être participée par les créatures, tandis que l'appellation de Fils, tout court, ne peut pas l'être. Parmi les créatures, ceux qui ont raison de fils, ne sont pas /Ils selon tout eux-mêmes, si l'on peut ainsi dire. Cette appellation désigne quelque chose d'accidentel affectant leur personne. Pour la seconde Personne de la sainte Trinité, au contraire, le mot Fils la désig-ne tout entière. Il s'identifie avec elle. Elle est le Fils, comme le Père est le Père; et nul, en dehors d'elle, n'est le Fils, pas plus que nul n'est le Père, en dehors du Père.

Nous avons dit que l'appellation de /ils de Dieu pouvait être participée par la créature. On se rappelle que c'est par rapport à la Trinité tout entière (pie la créature est appelée ///a^ de Dieu, dans un sens participé. Et bien que Dieu puisse être dit, en un premier sens très g'énéral, le Père de toutes les créatures, sans

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en excepter les créatures dénuées de raison, cependant ra[t[iellalion de /ils de Dieu ou enfants de Dieu est réservée aux seules créatures raisonnables ou intellectuelles, qui sont l'ange et l'honime. Il y a même, pour l'ange et pour riiomrae, un sens plus élevé donné à l'appellation enfants de Dieu. C'est en tant que Dieu les a adoptés, en les prédestinant à partager dans le ciel Vhéritage qui appartient en prop/e à son Fils uni(pie. On peut encore aller plus loin et dire que par la restauration du genre humain dans la Personne du Fils de Dieu incarné, riionime est. devenu^ à un titre tout spécial, \c frère du (Christ et parlant V enfant de Dieu. L'ange est bien, lui aussi, HIs de Dieu par adoption; mais sa grâce et sa gloire le conforment directement au Fils de Dieu considéré antérieurement à l'Incarnation. Pour nous, au contraire, c'est désormais la grâce rédeniptiue, c'est-à-dire la grâce de Dieu passant par Jésus-Christ, qui nous fait enfants de Dieu. La qualité d'enfants de Dieu revêt donc en nous une modalité spéciale et qui ajoute, si possible, à léminente dignité qu'elle nous confère. Nous sommes enfants de Dieu, parce que nous ne faisons /ji/'un avec son Fils ^inique incarné, étant non seulement ses frères, mais même ses membres. Nous aurons à revenii- sur ces splcndides vérités, quand nous verrons le traité de la grâce ou le traité de l'Incarnation et des sacrements.

Avec le nom de F ils, ce sont les noms de Verbe et d'Image qui servent à désigner la seconde Personne de la Très Sainte Trinité. Nous venons de rappeler brièvement ce qui se raJachait au nom de Fiîs. Il nous faut maintenant considérer ce qui concerne le nom de Verbe.

C'est l'objet de la question sui\aiilc.

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