‹ Commentaire français littéral de la Somme Théologique de Saint Thomas d'Aquin (volume 4)Chapitre 23 sur 40 · DE L'IMAGE · texte numérisé non relu

DE L'IMAGE

Cette question comprend deux articles :

lo Si l'Imaa^e en Dieu se dit personnellcinont? 30 Si c'est le propre du Fils?

Article Premier.

Si l'Image en Dieu se dit personnellement?

La portée de cet article et celle de l'article suivant, qui forment toute la question actuelle, nous apparaîtra mieux à mesure que nous discuterons l'un et Taiitre de ces deux articles. Pour le premier, nous avons trois objections. Elles veulent prouver que « l'Image ne se dit pas personnellement en Dieu ». — La première est une parole de « saint Augustin », ou plutôt de saint Fulgence, « dans son livre de la Foi à Pierre (ch. i) » qui « dit : Elle est une la divinité et Viniarfe de la Trinité, à laquelle l'homme a été fait ». On trouve, dans ce passage, une allusion au mot de la Genèse, cliap. i, v. 26 : Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance. Puis donc qu'au témoignage de l'auteur précité , le mot image se rapporte à ce qui est un en Dieu, comme le mot divinité, il en faut conclure que « l'Image se dit essentiellement et non pas personnellement » en Dieu. — La seconde objection est un mot de « saint Hilaire, dans son livre du Synode (canon i) », qui « dit », voulant définir l'image « l'image est l'espèce, sans différence, de la chose dont elle est l'image. Si donc l'espèce ou la forme en Dieu se dit essentiellement, il s'ensuit qu'il en sera de même de l'image »., — Li troisième objection arguë de ce « que le mot image viendrait du mot imiter. Or, l'imitation suppose Vavant et Vaprès » :

QUESTION XXXV. DF. l/lMAGF.. 331

Le modMe doit nécessaircmciil précéder la copie. '< El [)arre ,pie l'on ne saurait parler d'avant ou d'après, d'antérieur et de postérieur, (piand il s'agit des Personnes divines, il faut reconnaître (jue l'Image ne peut pas être un nom personnel en Dieu ».

L'argument sed contra est un texte fort éncrg^ique de saint Am^ustin. où le saint Docteur ne permet pas que l'on doute de la relativité du mot image. « Qn'ij a-t-il de plus absurde, s'écrie-l-il (dans le traité de la Trinité, liv. VII, ch. i), que d'entendre le mot imaje d'une chose en ellc-niime. C'est donc d'une façon relative que Tlmag-e se dit en Dieu. Et, par suite, ce mot-là est un nom personnel ».

Le corps de l'article ne fait que développer cet argument sed contra pour nous montrer que le mot image est un terme relatif. A cette fin, saint Thomas nous donne un délicieux aperçu de ce (jue nous devons entendre par ce que nous appelons l'image. — « Dans la raison d'imag-e, nous dit-il, se trouve la similitude. Non pas toutefois qu'une similitude quelcon([ue suffise pour nous donner la raison d'image. II faut une similitude spécifique ou tout au moins portant sur un des caractères spécifiques. Or, parmi les notes ou les sig-nes de l'espèce, dans les choses corporelles, il semble qu'il n'est rien de plus caractéristique que la figure. Nous voyons, en effet, observe très finement saint Thomas, que les diverses espèces d'animaux ont toutes une figure différente. Il n'en est pas de même pour la couleur. Aussi bien, si l'on peint sur le mur, la couleur d'une chose, on ne dira point que ce soit son image, à moins qu'on n'y dessine en même temps ses traits et sa figure ». Donc, la ressemblance dans la forme spécifiijue, ou tout au moins dans l'un des caractères de l'espèce, et, par exemple, s'il s'agit des êtres corporels, dans les traits de la figure, est requise pour la raison d'image. — « Pourtant, ni cette similitude de l'espèce, ou de la figure, ne suffit encore. Il faut, de plus, pour la raison d'image, que nous ayons le rapport d'origine; car, ainsi (pie le remarque saint Augustin dans son livre des 83 questions (q. 74), nous ne disons jias qu'un œuf soit l'image d'un autre œuf » bien qu'il lui ressemble spécifiquement : (( c'est qu'il n'en a pas été exprimé » ; il n'a pas avec lui un rapport d'origine. « Pour cela donc que nous ayons vraiment la rai-

son d'image, il faut que nous ayons un quelque chose procédant d'un autre en ressemblance de nature soit par la forme spécifique, soif au moins par un de ses caractères distinclifs ». Auriol a voulu contester la seconde condition exigée ici par saint Thomas pour la raison d'image. Il en concluait que seuls les peintres ou les sculpteurs pourraient avoir une image; car ils sont les seuls dont l'image procède. Gapréolus lui répond que faire une pareille objection est entendre bien grossièrement la pensée de saint Thomas. Il n'y a pas qu'une manière dont l'image peut procéder de la chose dont elle est l'image. Elle en peut procéder comme de son principe d'ordre physique; et c'est ainsi que le fils procède de son père. Mais elle en peut procéder aussi comme de son principe d'ordre intellectuel; et c'est ainsi que la statue de César [)rocède de l'être intellectuel qu'a César dans la pensée de l'artiste [Cf. Capréolus, i"' livre des Sentences^ dist. 27, q. 2, conclusion 6, arg. 4; — de la nouvelle édition Paban-Pègues, t. II, p. 262 et 260]. — Ces diverses conditions, essentielles à la raison d'image, une fois précisées, il n'est plus difficile de répondre à la question que posait le présent article. « Puisque, en effet, tout ce qui dit procession ou origine en Dieu est personnel, il s'ensuit que le mot Image sera un terme personnel ».

Uad primum, voulant répondre au texte de saint Fulgence, que saint Thomas cite comme étant de saint Augustin, ou plutôt expliquer ce texte, rappelle une distinction qu'il faut soigneusement noter, entre l'image et l'exemplaire. " L'image, au sens propre de ce mot, est ce qui procède à la ressemblance d'un autre. Ce à la ressemblance de quoi il procède n'est appelé image que d'une façon impropre; son vrai nom, c'est Vexemplaire. Lors donc que saint Augustin (saint Fulgence) use du mot image en disant que la divinité de la sainte Trinité est l'image à laquelle l'homme a été fait, le mot image est pris d'une façon impropre ». C'est exemplaire qu'il faudrait dire.

\Jad secundum nous avertit que « le mot espèce, au sens où le prend saint Hilaire dans la définition de l'image, signifie la forme venant en un être d'un autre être. De cette façon, en effet, l'image est dite l'espèce d'une chose; comme on dit d'une chose qui ressemble à une autre : c'est sa forme, en ce sens

QUESTION XXXV. — DE l'iMaGE. 533

qu'elle en a la forme ». Et l'on voit, dès lois, que l'expression, ainsi entendue, peut parfaitement s'appiifjuer à la Personne en Dieu. Elle ne s'applique mcMue qu'à la Personne et non plus à l'essence; car l'essence ne dit point, [>ar elle-même et en ellemême, le rapport d'orig^ine. Dès là donc que nous parlons de forme venant en ur. être d'un autre être — et nous venons de voii' que c'est le sens «lu mot rs'pèce dans ki définition de saint Hilaire — nos lermes ne soni plus des termes essentiels, mais des termes personnels en Dieu.

Uad tertiuni fait observer que « l'imitation, quand il s'ayit des Personnes divines, ne signitie point la postériorité, mais seulement l'assimilation ». La Personne qui est l'imitation de l'autre ne lui est point postérieure; elles sont simultanément, puisque leur être est numériquement le même. Mais en l'une cet êtie se trouve comme venant de l'autre; et, à ce titre, en raison de la similitude qui va jusqu'à l'idenlité de la forme, tout en maintenant la distinction des suppôts, nous disons que l'une est l'imitation ou l'image de l'autre.

Donc, le mot image est bien, en Dieu, un terme personnel. — Mais à quelle Personne appartieïii-iî? Est-ce à la seconde, et en constilue-t-il, lui aussi, le nom propre?

Nous allons examiner cette question à l'article suivant.

Article II.

Si le nom d'Image est propre au Fils?

Saint Thomas va compléter ici la doctrine fort délicate de l'Imagi^e, en Dieu, qu'il n'avait fait qu'ébaucher dans l'article précédent.— Trois objections veulent prouver que «le nom d'Imay^e n'est pas propre au Fils » en Dieu. — La première est un mot de saint Jean Damascène (dans son traité de la Foi orthodoxe, liv. I, ch. xu\) disant « que l'Esprit-Saint est Vlmage du Fils. Donc, le nom d'Imaçe n'est pas propre au Fils ». — La seconde objection rappelle que « la raison d'image consiste dans la similitude exprimée, ainsi que le dit saint Augustin au livre des

33 i SOMME THÉOLOGIQUE.

83 Ouest ions (q. 74) » et selon que nous l'avons nous-mêmes établi à l'article précédent. « Or, cela même convient à l'Esprit- Saint ; car 11 procède d'un autre par mode de similitude ». Il n'est pas douteux, en efï'et, et nous le montrerons expressément plus loin (q. 4-)> que l'Esprit-Saint est en parfaite similitude de nature avec le Père et le Fils d'où il procède. « Donc l'Esprit- Saint a vraiment la raison d'Image. Et par suite le nom d'Image ne peut pas être quelque chose qui soit propre au Fils ». — La troisième objection remarque que « l'homme lui-même est dit l'image de Dieu, selon celte parole de la l""" Epîlre aux Corinthiens, ch. XI (v. 7) : ihotnme ne doit pas se couvrir la tête, parce quil est l'image et la gloire de Dieu. Il s'ensuit que d'avoir la raison d'image n'est pas propre au Fils ».

L'argument sed contra est un mot lormel de saint Augustin, au VI® livre de la Trinité (ch. 11) : seul, le Fils est Image du

Père.

Au corps de l'article, saint Thomas nous prévient que u les Docteurs de l'Église grecque disent communément du Saint-Esprit qu'il est l'Image du Père et du Fils , mais » que « les Docteurs latins attribuent au seul Fils le nom d'Image ». Saint Thomas ne cite pas de texte ici. Il en avait cité plusieurs dans sou opuscule Contre les erreurs des Grecs, ch. x. Les deux premiers étaient de saint Athanase. Dans son troisième discours du concile de Nieée, saint Athanase dit : FEspi-it-Saint est la véritahle image du Fils, le reproduisant selon tout lui-même dans son essence et le représentant dans sa nature, de la même manière que le Fils est r image du Père. Dans sa lettre à Sérapion, le même saint Athanase dit : l'Esprit-Saint contient er. Lui naturellement le Fils, en étant la vraie et naturelle image. Deux autres textes étaient cités de saint Basile {contre Eunomius, 5). Le premier disait : l'Esprit-Saint est appelé le doigt, le soufjle, l'onction, le sens du Christ, la procession, la production, la mission, l'émanation, l'effusion, la vapeur, la splendeur, l'image, le caractère, le Dieu vrai. Dans le second, il était dit : l'Espjrit-Saint émane du Père et du Fils ; Il en est la vertu vraie, la naturelle image, nous les représentant l'un et l'autre. Nous pourrions ajouter à ces textes de saint Athanase et de saint Basile, celui de

QUESTION XXXV. — DE l'iMAGE. 335

saint Jean Damascène que nous avons ici dans la première objection. Pour les Pèies latins, saint Thomas ne citait, dans l'opuscule Contre les erreurs des Grecs*, qu'une seule aulorilé. celle-là niùme tjue nous venons de voir ici dans l'argument sed contra et qui est de saint Augustin.

Tout en marquant cette différence entre la manière de s'exprimer des Pères latins et celle des Pères grecs, au sujet du mot image, saint Thomas explique pourquoi les Pères de l'Église latine ont réservé ce mot au seul Fils. « C'est que jamais on ne trouve le mot image, dans les Ecritures canoniques, appliqué à une autre Personne que le Fils. Il est dit, en effet, dans l'Épîlre aux Coiossiens, cli. i (v. i5) : Il est r image du Dieu invisible, premier-né de toute créature; et dans l'Epitre aux Hébreux, ch. I (v. 3) : // est la splendeur de sa gloire, la figure de sa substance. — Voulant assigner la raison de ce fait, d'aucuns l'ont été chercher en ceci, que le Fils convient avec le Père, non seulement dans la nature, mais aussi dans la notion de principe », car le Père et le Fils ont tous deux la raison de Principe par rapport à l'Esprit-Saint; « tandis que lEsprit-Saint ne convient ni avec le Fils ni avec le Père en aucune notion. Mais, ajoute saint Thomas, cette raison ne paraît pas suffire; car, de même que ce n'est pas en raison des relations que nous parlons d'égalité ou d'inégalité en Dieu, comme le dit saint Augustin (dans son traité Contre Maximin, liv. II (ou III), ch. xiv, n. 8; ch. xviii, n. 3; et traité de la Trinité, liv. V, ch. vi), de même aussi quand il s'agit de la similitude, qui est requise à la raison d'image. — C'est pourquoi d'autres ont dit que l'Esprit-Saint ne peut pas être dit l'image du Fils, parce que l'image ne saurait avoir d'image; ni du Père, parce que l'image se ï-éfère immédiatement à ce dont elle est l'image, et le Saint-Esprit ne se réfère au Père que par le Fils; ni du Père et du Fils, parce que de la sorte nous aurions une image pour deux, ce qui paraît impossible. D'où il semble que le Saint-Esprit ne peut en aucune manière avoir la raison d'image. Mais tout cela n'est rien, dit saint Thomas : hoc nihil

I. Sur la valeur documentaire de l'opuscule Conti-a errores qraerorum voir l'article du F. Gardeil, Revue thomiste, iQo'i, p. 797, et sa réplique à M. Turmel, Revue thomiste, 1906, p. 195.

336 SOMME THÉOLOGIQUË.

est: parce que le Pèie et le Fils ne sont qu'un même Principe du Sainl-Espril, ainsi que nous le dirons plus loin (q. 36, art. l\)\ el, par conséquent, rien n'empêcherait qu'ainsi le Père et le Fils eussent une seule et même image, en tant qu'ils ne font qu'un, alors que même l'homme est une seule image de la Trinité tout entière. — Donc, j)oursuil saint Thomas, nous devons parler autrement et dire que si le Saint-Esprit ne porte pas le nom à'engendrc, quoique, par sa procession, Il reçoive la nature du Père aussi bien que le Fils ; de même, bien qu'il reçoive une forme semblable à celle du Père, Il ne porte pas le nom d'Image ». Ce mot est réservé au Fils, « parce que le Fils procède à titre de Verbe; et il est de l'essence du verbe d'être en simililude d'espèce avec ce d'où il procède; tandis que ce n'est pas de l'essence de l'amour, bien que cela convienne à cet Amour qui est l'Espril- Saint, en raison de ce qu'il est l'Amour divin ;>. Tout verbe est en similitude d'espèce avec le principe d'où il émane; et ^oilà poiir(|uoi le Verbe de Dieu ou plutôt le Fils de Dieu, précisément parce qu'il procède par mode de verbe, procède nécessaiiement en similitude d'espèce avec son Principe. La raison de similitude lui est essentielle. Elle ne lui convient pas seulement parce qu'il est en Dieu; elle lui convient parce qu'il est verbe, en tant que tel. Il n'en est pas de même pour l'amour. L'amour ne dit pas, par lui-même, la raison de similitude; il dit plutôt la raison d'entraînement, de mouvement, d'impulsion vers l'objet aimé. Et sans doute, en Dieu, l'Espril-Saint qui a la raison d'amour, est en parfaite simililude d'espèce, aussi bien que le Fils, mais ce n'est pas en tant qu'amour, c'est en tant qu'Amour divin, en tant qu'il est l'Amour subsistant, s'idenlifiant en réalité avec la nature divine qui est aussi dans le Père et dans le Fils. La raison de similitude ne lui convient donc pas en raison de lui-même et parce qu'il est amour, mais en raison de sa qualité annexe, si l'on peut ainsi s'exprimer, qui est d'être l'Amour divin. Et cela suffit pour que la raison d'image, qui inclut essentiellement la raison de simililude, ne lui convienne pas en propre, mais seulement au Fils. — Cette raison de saint Thomas, si profonde, en même temps que si délicate et si subtile, est la seule qui réponde pleinement à la difficulté et justifie, sans réplique.

QUESTION \XXV. — DE l'iM.VGE. 887

l'usage consacré par ritglise latine de réserver au Fils seul la raison dlinageen Dieu (Cf. pour la siinililude qu'élablil ici saint Thomas avec le uïot engendré réservé au Fils, la q. 27, art. [\). L'dd jj/i/iifi/ji i('[i(>iitl que « saint Jean Damascène el les autres Docteurs de l'Eglise grecque usent communément du mot image pour marquer » simplemetit « la parfaite similitude » des Personnes divines. Et à prendre ainsi le mot image, on peut dire, en ett'el, que le Saint-Esprit est l'image du Père et du Fils, sans qu'il y ait lieu de s'arrêter aux difficultés marquées par les deux opinions dont il a été question au corps de l'article. Mais si par le mot image on entend ce qui procède d'un autre en parfaite similitude de nature, et cela en raison même de son origine ou de sa procession, dès lors le mol ima^e ne convient plus au Saint- Esprit ; il ne convient qu'au Fils. Saint Thomas a nettement luimême formulé cette distinction qui résume toute sa doctrine du présent article, dans le chapitre x de l'opuscule Contre les erreurs des Grecs. « Les Pères grecs, nous dit-il, s'autorisaient, pour justifier leur acception du mot image appliqué à l'Esprit- Saint, de quelques textes de l'Ecriture. Ils citaient le mot de l'Epître aux Romains, ch. viii (v. 29) : Ceux qu'il a connus d^avance. Il les a prédestinés à être conformes à V image de son Fils: et d'image du Fils, il ne semhie pas pouvoir y en avoir d'autre que le Saint-Esprit. De même, il est dit dans la V^ Epître aux Corinthiens, ch. xv (v. 49) : Puisque nous avons porté iimage du. terrestre, portons aussi limage du céleste, c'està-dire du Christ, par laquelle image les Pères grecs entendaient l'Esprit-Sainf ; bien que, fait observer saint Thomas, il ne soit pas expressément marqué dans ces textes que celte image du Christ soit l'Esprit-Saint. On pourrait entendre, en eiïel, que les hommes deviennent conformes à l'image du Fils, ou qu'ils portent en eux l'image du Christ, en ce sens que les hommes justes, par les dons de la grâce, deviennent semblables au Christ, selon celle parole de l'Apùlre, dans sa II** Epître aux Corinthiens, ch. m, (v. 18) : Pour nous, le visage découvert, réfléchissant comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de clarté en clarté, comme par tEsprit du Seigneur. Dans ce passage, en effet, l'Apôtre appelle du

De la Trinité. 2 a

338 SOMME TIIKOLOGIOUE.

nom d'image, non pas l'Esprit du Christ, mais une parlicipaîion de cet Esprit au dedans de nous ».

« Mais » ajoute saint Thomas, avec une déférence et un rcs- .pect qu'on ne saurait trop admirer, « parce qu'il serait présoii^plueux de s'inscrire en faux contre des textes aussi formels exprimés par de si grands Docteurs, nous pouvons accorder que l'Esprit-Saint est l'image du Père et du Fils, en entendant par image ce qui lient sou ori'^iue d'un autre et porte sa similitude. Que si par image on entendait un être venant d'un autre et tenant de la raison même de son origine qu'il en porte la similitude, comme le fds engendré ou le verbe conçu, dans ce cas, le Fils seul » en Dieu « doit être appelé du nom d'image. Il est, en effet, de la raison du fils qu'il ait la similitude de son père, eu quelque nature que ce soit ; et pareillement, de la raison du verbe, qu'il soit la similitude de ce qui est exprime par lui, à qui que ce soit que le verbe appartienne. Mais il n'est pas de la raison de l'esprit ou de l'amour, qu'il soit la similitude de ce à quoi il appartient, en quelque être qu'il se trouve. Ceci ne se vérifie dans l'Esprit de Dieu qu'en raison de l'unité et de la simplicité de la divine essence, qui fait que tout ce qui est en Dieu doit être Dieu ». Voilà donc en quel sens nous pouvons sauver l'autorité des Pères grecs et garder l'appellation d'image qu ils donnent à l'Elsprit-Saint en Dieu, sans que d'ailleurs, explique saint Thomas dans l'opuscule Contre les erreurs des Grecs, comme il l'a fait ici même au corps de l'article, nous ayons à nous préoccuper de l'impossibilité assignée par les deux opinions que nous avons réfutées. « Il n'y a pas d'obstacle à donner ainsi cette appellation d'image à l'Esprit-Saint, dans le fait que l'Esprit-Saint ne convient pas avec le Père en quelque propriété personnelle ; car l'égalité et la similitude des Personnes divines ne se tirent pas du côté des propriétés personnelles, mais du côté des attributs essentiels; et l'inégalité ou la dissimilitude ne se tirent pas non plus de la différence des propriétés personnelles en Dieu, selon que le dit saint Augustin dans son traité contre Maxlmin (cité au corps de l'article). Pareillement, ce n'est pas un obstacle non plus, quoique l'Esprit-Saint procède du Père et du Fils. Il procède des deux, en effet, selon qu'ils ne

(^)l KSI ION XXXV. DK l/rMAOR. 3.'^

font (ju'un, aderulii (jiie le Pèro cl le Fils sont un seul et rrnîme Piinripe de rEsjiril-SaiiU )>. Nous venons de relrouxei-, dans cet opuscule (lonlff les G'/vr.v, exactenicnl la iiirnic (litcliinc (ini est celle du corps de l'article de la Somme et de Vad primum.

ISad seciindum accorde que « le Sain(-Esprit est semhlahh; au Pî're et au Fils » ; et cela peut suffire pour justifier, nous venons lie If (lire, l'usaiçe des Pères grecs donnant an Saint-Espril le nom d'image. « .Mais » l'imaye, au sens plus précis dont ikcis avons parlé et qui suppose, en même temps rpie la similitude parfaite, l'existence de cette similitude en oertn ou en raison de /'origine, s'appli(jue seulement au Fils; et c'est pourquoi, hien (pie le Saint-Espril soit semblable au Père et au Fils, « cependant il ne s'ensuit pas (ju'Il ait raison d'image », au sens que nous venons de rappeler et <( pour le motif indiqué ».

L'ad terdinn est très intéressant. Il nous marque la différence qu'il y a à dire que l'iiomm*^ est l'image de Dieu et que le Fiis est l'Image du Père. <( L'image d'un être se peut trouver en un autre être, nous dit saint Thomas, d'une double manière : ou bien comme en un être qui a la même nature spécifique, et c'esi ainsi que l'image du roi est dans son fils; ou bien comme en un être qui n'est pas de même nature, selon, par exemple, qufc l'image du roi est sur telle pièce de monnaie. Or, c'est au pr.'mier sens que le Fils est dit l'Image du Père » en Dieu ; « tandis que c'est au second sens que l'homme est dil l'image de Dieu. Et voilà pourquoi, ajoute saint Thojiias, dans le but de marquer, lorsqu'il s'agit de l'homme, ce qu'il y a d'imparfait dans la raison d'image que nous lui attribuons, nous disons, non pas seulement qu'il est l'image de Dieu, mais qu'il est à son image, par où nous signifions un certain mouvement tendant vers la perfection. Du Fils de Dieu, au contraire, nous ne disons pas qu'il soit à l'image » du Père; nous disons simpler.ienl qu'il est son Image, <( parce qu'il en est l'Image parfaite ». L'homme reste en de(;à et en dessous de la parfaite similitude, y lendani toujours s.Mis la d«;voir jamais aiteindre totalement.

Le mot InKnjr est un terme personnel en Dieu; et il se du proj)r('in(iit du l"'iis. (Tcsl ainsi, du reste, ijik' nous disons

34o SOMME THÉOLOGIQUE.

même parmi nous, en parlant d'un fils qui ressemble à son père : if est la vivante imag^e de son père. Nous avons examiné aussi le mol Verbe qui étail, avec le mot Fils, un autre nom tout à fait propre à la seconde Personne de la Très Sainte Trinité. Ces trois noms : Fils, Verbe, Image, sont les plus expressifs et les plus usités pour désig^ner la seconde Personne en Dieu. Non pas qu'ils soient les seuls, et on en pourrait citer plusieurs autres, en assez grand nombre, dont il est aussi fait usage dans nos saints Livres. C'est ainsi que nous avons les noms B'ils unique. Premier-né, Voie: Sagesse, Vérité, Vertu; Lumière, Visage, Vie; Roi, Seigneur, Gloire. Mais ces divers noms, comme le remarque le P. Janssens, peuvent se ramener aux trois noms principaux que nous venons d'étudier d'une façon plus spéciale.

Au mot Fils se rattachent les mots Fils unique. Premier-né, Voie.

Le mot Fils unique se trouve en saint Jean, chap. m, v. i6, i8 : C'est ainsi que Dieu a aimé le monde, au point de donner son Fils unique... Celui qui croit en Lui ne sera pas Jugé : celui qui ne croit pas est déjà jugé; car il n'a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. Le même mot se trouvait déjà dans le prologue, chap. i, v. i4, i8 : Nous avons vu sa gloire, gloire qui est celle du Fils unique venant du Père, plein de grâce et de vérité... Dieu, personne ne l'a vu jamais ; le Fils unique, Celui qui est dans le sein du Père, c'est Lui qui nous en a parlé. 11 est dit encore dans la P* Epître du même apôtre saint Jean (ch, IV, V. 9) : Dieu a manifesté son amour pour nous, en envogant son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par Lui. — De ce Fils unique de Dieu, nous trouvons une figure très expressive dans la personne du fils unique d'Abraham, Isaac, dont saint Paul dit, dans son Epître aux Hébreux (ch. xi.. V. 18) : C'est par la foi qu'Abraham, mis à l'épreuve, offrit Isaac, offrant le fils unique qui avait reçu les promesses. Aussi bien, Dieu, content de la volonté du Patriarche, lui dit {Genèse, ch. XII, V. 16-18) : parce que tu as fait cela, et que tu ne m'as pas refusé ton fis, ton unique, je te bénirai; je te donnerai une postérité nombreuse comme les étoiles du ciel et comme le sable qui est au bord de la mer, et ta postérité possédera la

QUESTION X.WV. — DE LIMAGE. 341

porte de ses ermem's. En ta postrrilé seront hênies toutes les nations de la terre, parce que tu as obéi à ma voix. C'était l'annonce du Messie, fiyuré par Isaac, et qui naîtrait de sa po:;- Icrité. — Noms Irouvoiis, dans le propjtèle Zacharie (cli. xfi, V. lo), une allusion très louchante au litre et au caractère de Fils unique, qui devait être celui du Messie : Ils tourneront leurs yeux vers moi qu'ils ont percé, fis feront le druil sur Lui comme on fait le deuil sur un fils rnique ; ils pleureront amèrement sur Lui, comme on pleure sur un fils premier-né. Jérémie avait déjà dit (ch. vi, \ , 26) : Fille de mon peuple, ceins le cilice, roule-toi dans la rendre, prends le deuil comme pour un fils unique, fais des lamentations amères. De même, nous lisons dans Amos (ch. viii, v, \o) : Je changerai vos fêles en deuil et vos chants de joie en lamentations : je mettrai le sac sur tous les reins: foute tète sera chauve: je mettrai le pai/s comme en un deuil de fils unique, et sa fin sera comme un jour amer.

Le mot Premier-né diffère du mot Fils unique, en ce qu'il dit un rapport à d'autres qui participent ou pourraient participer la raison de fils. Le Fils de Uieu, soit qu'il s'agisse de sa génération éternelle dans le sein du Père, soit qu'il s'agisse de sa génération temporelle en tant qu'il est né de la Vierge Marie, n'est pas seulement appelé Fils unique dans les Ecritures; Il est appelé aussi Premier-né. C'est ainsi qu'il est dit en saint Luc (ch. 11, V. 7) : Et elle enfanta son Premier-né: et en saint Mathieu (ch. i, V. 25) : jusqu'à ce quelle enfanta son Premier-né. Saint Paul devait dire aussi, dans son Epître aux Hébreux (ch. i, V. 6) : // introduit dans le monde le Premier-né. La raison de cette appellation donnée au Fils de Dieu est qu'il devait avoir de nombreux frères d'adoption, suivant ce mot de saint Paul aux Romains (ch. viii, v. 29) : afin que son Fils soit le Premier-né dun grand nombre de frères. Saint Paul dit encore, dans le même sens (Epître aux Colossiens, ch. i, v. 18) : // est la tète du corps de l'Eglise. Lui qui est le principe, le Premier-né d'entre les morts, ajin quen toutes choses II tienne, Lui, la première place. Et saint Jean, dans l'Apocalypse fcli. i, v. 5) : c'est le Témoin fidèle, le Premier né d'entre les morts, et le Prince des

'6l\2 SOiMME THÉOLOGrQUE.

rois <h In terre. — Une raison plus universelle encore est que, (l'une manière plus ou moins parfaile, toute créature participe, ainsi qu il a été dit plus haut (q. 33, art. 3), la raison de fils par rapport à Dieu. Aussi bien saint Paul, dans son Epître aux Colossicns {c\\. I, V. i5), appelle-t-il le Fils de Dieu, le Premier-nè fie toute créature. Et déjà la Sagesse incréée avait dit d'elle-même, dans le livre de l'Ecclésiastique (ch. xxiv, v. 5) : Je suis sortie de la bouche du Très-Haut, engendrée la première avant toute créature.

C'est aussi en tant que Fils et en tant que Premier-né, surtout en tant que V^erbe fait chair, que la seconde Personne de la Très Sainte Trinité est pour nous la noie, la voie qui nous permet de retourner au Père, suivant le mot du Christ Lui-m-ème à Thomas, l'un des Douze. Gomme celui-ci lui demandait : Seiy^neur, nous ne savons pas où vous allez, et comment donc en pourrions-nous connaître la voie, Jésus lui répondit (en sain» Jean, ch. xiv, V. 4-6 ) : C'est moi f/ui suis la voie : personne ne vient au Père, si ce n'est par moi.

Vue autre série de noms appliqués à la seconde Personne de la Très Sainte Trinité se rattachent plus spécialement à ce que nous avons dit du mot Verbe.

Tel est d'abord le nom de Sagesse. Que le mol Sagesse, dont l'acception ordinaiie se rapporterait plutôt à l'essence ou aux attributs essentiels en Dieu, se dise aussi parfois, et souvent, dans un sens personnel, la chose n'est pas douteuse. Outre les multiples passag^es du livre de la Sagesse ou du livre de l'Ecclésiastique qui sont si expressifs sur ce point et dont nous citions tout à l'heure l'un des plus formels, il y a encore l'autorité de l'Église dans l'enseignement de ses Docteurs et dans le langage de sa liturgie. Ne suffit-il pas de rappeler la première des grandes antiennes connues sous le nom des antiennes O que l'Eglise chante durant les jours qui précèdent la fête de Noël : « 0 Sagesse, qui êtes sortie de la bouche du Très-Haut, vous (jui atteignez d'une extrémité à l'autre extrémité et qui disposez toute chose avec force et suavité, venez pour nous enseigner la voie de la prudence ». Il est dit aussi dans l'office du Très Saint-Sacrement : « La Sagesse a bâti pour elle une maison; elle

Ql'ESTION XWV. m. l.'lMAriE. 3/|3

a mrlé son vin cl drossé la lahle ». Saint Aiii^iisliii a fotiiuilt- la {«Misée (le rÉylise sur ce point, (juaiul il a dit {de la Triiulc, liv. VII, ch. in) : Lorsqu'il est dit ou rnconlê quelque chose de lu Sfif/esse, d(inr^ l'Krri'iirr. soit (jurth' juirlc Ellc-inèmi', soit <lu'on le dise d Elle, c'est sui-toiit le Fils dont la pensée nous est insinuée. — Comme le mot Verbe, le mol Sagesse, pris à litre de mol personnel en Dieu, implique l'émanation par voie d'intelliijence.

Il en est de même du mol Vérité. Bien que ce mot soit plutôt un terme essentiel, il se dit aussi dans un sens personnel et s'applifjne à la seconde des trois Personnes divines. Il y a, en eft'ef, un rapport très élioit entre la parole, la sagesse et la vérit(*. Ne disons-nous pas, dans un sens spécialement propre et reconnu,, que telle parole est sai^e, qu'elle est vraie? Aussi hien le Christ a-t-II dit de Lui-même (saint Jean, ch. xiv, v. 6) : Je suis la Véri'é. Et de même saint Jean (dans sa I''^ Epître, ch. v, v. 6), déclare que le Christ est la Vérilé.

Nous disons aussi de la parole, qu'elle est forte. Et voilà jiourquoi le Verbe est appelé souvent, dans les Ecritures, la Vertu ou la Force de Dieu. Saint Paul ne dit-il pas, dans son Epître aux Hébreux (ch. r, v. 3), que le Fils de Dieu porte toutes choses par la vertu de sa parole^ Le même saint Paul, dans sa P<= Epître aux Corinthiens (ch. i, v. 24), appelle le Christ la Vertu de Dieu et la Sagesse de Dieu. El pour marcjuer cette vertu ou celle force du Verbe de Dieu, le Psalmisle avait déjà dit, dans l'Ancien Testament (ps. xxxii, v. 9) : Il a dit, et tout a été fait; Il a commandé, et toutes choses ont été créées. — Au mol Vertu ou Force de Dieu, se rattachent, pour désigner le Verbe, les mots Bras de D'eu ou Droite de Dieu, dont l'Ecriture se sert, dans un sens métaphorique, à l'effet de manjuer la loutepuissanle action de Dieu dans le monde, action que Dieu accomplit, en effet, par son Verbe.

Une troisième série de noms appliqués, dans l'Ecriture, à la seconde Personne de la Très Sainte Trinité, rappelle plutôt le nom d'Imay^e.

C'est d'abord le mot Lumière. La lumière et l'imat^e, en effet, ont entre elles d'intimes rap{)orls. N'est-ce pas j^iàce à la lumière

344 SOMME THÉOIOGFQUE.

(ju'uii objet s'imprime en un autre sous forme d'image? Aussi bien voyons-nous que le Fils, qui esf appelé rimag^e du Père, est souvent appelé du nom de Lumière dans nos saints Livres. Saint Jean nous dit, dans son Proloy^ue (v, 6 et suiv.) : Il y a eu un homme envoyé de Dieu qui avait pour nom Jean, et qui eut venu en témo'gnage. pour témoigner au sujet de la Lumière, afin que tous crussent par lui; il n'était pas, celui-là, la Lumière, mais pour témoigner au sujet de la Lumière. Elle était la Lumière, la vraie, celle qui illumine tout homme venant en ce monde. Elle était dans le monde; et le monde avait été fait par elle; et le monde ne la connaissait pas. Il est venu vers les siens; et les siens ne l'ont pas reçu. Jésus-Christ Luimême s'est appelé de ce nom (en saint Jean, ch. ix, v. 5) : Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. Déjà le prophète Isaïe, chantant cette Lumière qui devait venir, avait dit (ch. Lx, v. i) : Lève-toi, Jérusalem, et resplendis ! car ta Lumière parait. Le prêtre Zacharie devait dire aussi, sur le berceau de Jean-Baplisle, et parlant de Celui dont Jean était le Précurseur : // est l'Orient (le Soleil qui se lève) des hauteurs pour illuminer ceux qui étaient assis dans les ténèbres et à l'ombre de la mort, afin de diriger nos pas dans le chemin de la paix (en saint Luc, ch. i, v. 79). De même, le vieillard Siméon, dans le temple, au jour de la Présentation de Jésus, s'éciie, tenant le divin Enfant dans ses bras : Mes yeux ont vu votre salut, le salut que vous avez préparé devant la face de tous les peuples, lumière qui doit illuminer les nations (saint Luc, ch. II, V. 3ij 32). C'était lecho des paroles d'Isaïe (ch. xlix, V. 6) : Je t'établis pour être la lumière des nat'ons, pour faire arriver mon salut jusqu'aux extrémités de la terre. Lorsque Jésus, quittant Nazareth, vient s'établir à Capliaruaiim, saiiU Maltliieu (ch. iv, v. f4-i6) souligne ce fait et l'appuie de la prophétie d'Isaïe (ch. viii, v. 23; ch. ix, v. i) ; Afn que fût accompli ce qui avait été dit par le prophète ïsaïe, quand il dit : terre de Zabulon et terre de Nephtali, route de la mer, delà du Jourdain, Galilée des nations... le peuple qui était assis dans les ténèbres a vu une grande lumière ; et pour ceux qui étaient assis en une région et à une ombre de mort, uns

QUESTION XXXV. — Df: l'imack. 3V'>

tumière s'est leorr pou r eux. L'E^Mise s'ost l'uil fllc-mèmt^ INVlit» de celle prophétie, dans l'une des grandes aiilieriiies qui précèdent la fêle de Noël : « O Orient, chanle-t-elle, splendeur de la lumière éternelle et soleil de justice, venez et illuminez ceux qui sont assis dans les ténèbres et à l'ombre de la mort! » S'adressanl aux foules dans le Temple, à la veille de sa Passion, Jésus leur disait (en saint Jean, ch. xii, v. 35, 36) : Encore un peu de ie/nps la Lumière est au milieu de vous. Marchez tant que vous nues la Lumière, afin que les ténèbres ne vous envahissent pas. Celui qui marche dans les ténèbres ne sait pas où il va. Tant que vous avec la Lumière, croyez en la Lumière, afin que vous deveniez enjants de lumière. Toujours en saint Jean (ch. m, V. 19-21), nous lisons ces autres paroles dites par Jésus à Nicodème : C'est là le jugement : que la Lumière est venue dans le monde; et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la Lumière. Il n'est pas douteux que ces divers textes ne désignent d'une façon spéciale la seconde Personne de la Très Sainte Trinité. L'Ég^lise les a condensés dans celte admirable formule de .so!i symbole : « Je crois... en Jésus-Christ... Lumière de Lumière ». Le rapport intime des deux mots Image et Lumière appKujués à la Personne du Fils se trouve indiqué dans le texte de saint Paul aux HCbreux (ch. i, v. 3) où le Fils est appelé la splendeur de la gloire et la figure de la substance de Dieu.

Nous avons dit qu'au mot Image se rapportait aussi le mol Visage ou Face, (pie nous trouvons dans nos saints Livres et que nous pou\oiis tout spécialement appliquer au Fils. Vous avez imprimé sur nods la lumière de votre Fac?, s'éciiait le Psalmiste (ps. iv, v. 7). Heureux le peuple, disait-il encore, qui connaît les joijeuses acclamations, qui marche à la clarté de voire Face (\)S. lxxxviii, v. 16). Et ailleurs (ps. cxxxix, v. i^) : Les justes habiteront devant votre Face. On peut rapprocher de ces textes le mot du Christ à Philippe qui lui demandait naïvement : Seigneur, montrez-nous le Père, et. cela nous suffira. — Philippe, répondit Jésus, celui qui me voit voit mon Père (saint Jean, ch. xiv, v. 8, g).

Enfin^ de même que le mol Voie se rapportait au Fils^ et le

mol Vérité au Verbe : de même le mot Vie se rapporte à Vlmage. Car, si l'homme est dit à l'imaa^e de Dieu, parce qu'il participe à la vie intellectuelle, combien plus la perfection de la vie et la perfection de l'imag^e se correspondent dans le Verbe de Dieu. Aussi bien, de même que Jésus-CMirist s'est appelé la 10/1" et la Vérité, Il s'est également appelé la Vie, dans ce fameux texte de saint Jean (ch. xiv, v. 5) : Je suis la Voie, la Vérité et la Vie. Nous lisons aussi dans le Prologue de saint Jean (v. [\) : Ce qui a été fait était Vie en Lui ; et la Vie était la Lumière des hommes. Et dans la I'*' Epîlre du même saint Jean (ch. i, v. i, i>j : Ce qui était dès le commen ement, ce que nous avons entendr, ce que nous avons vu de nos i/^u.r, ce que nous avons contemplé et ce que nos mains ont touché, du Verbe de Vie, — car la Vie a été manifestée, et nous lavons vue, et nou" lui rendons témoignage, et nous vous annonçons la Vie éternelle qui était dans le sein du Père et qui nous a été manifestée.

Une dernière série de noms appliqués à la seconde Personne de la Très Sainte Trinité, comprend les noms Roi, Seigneur , Gloire, qui peuvent se rattacher indistinctement à tel ou tel des noms [)ropres dont nous avons parlé.

Que le mot Roi soit appliqué à la Personne du Fils, nous en avons pour preuve la parole de l'archange Gabriel à la Vierge Marie, le jour de l'Annoncialion (en saint Luc, ch. 11, v. 3i, 32, 33) : Vous concevrec dans votre sein, dii l'ange, et vous enfanfrrec un fils ; et vous l'appellerez du nom de Jésus. Il sera grand ; et // sera appelé Fils du Très-Haut. Et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père : et II régnera sur la maison de Jacob pour les siècles : et son règne n'aura point de fin. Lorsque Jésus eut dit à Xalhanaël qu'il l'avait vu sous le figuier avaiit que Philippe l'appelât, Naihanaël lui répondit (Saint Jean, ch. i, v. /jg) : Rabbi, vou:: êtes le Fils de Dieu! Vous é!es le Roi d Israël ! Au jour des Rameaux, la foule chantait sur son passage : Hosanna! Béni celui qui vient au nom du Seigneur, le Roi d' Israël (Saint Jean, ch. vu, v, i3). Déjà le prophète avait dit. comme le remarque saint Jean : Tressaille de Joie, file de S ion ! Pousse des cris d'allégresse, fille de Jérusalem! Voici qi:e ton Roi vient à toi, humble et monté sur un âne, et sur un pou-

QUESTJON XXXV. DR l/lM.vr.E. 3/l7

Idin, /x'fi', (f'i/ni' ànrsse (Zacliaric, cli. ix, v. 9). Ce fut un divs loriots que les Princes des Prèfres invofiiièretit contre Jésus devant Pilate; et à l'interro^alion de celui-ci : D<. ic, vous êtes roi, vous ! Jésus répondit : Tu l'as dit : Je suis Roi, Moi (Saint Jean, ch. xviir, v. S.'^-Sy). Ce titre de Roi fut même le seul que Pilate fit inscrire au dessus de la tète de Jésus sur la croix (Saint Jean, cli. xix, v. 19). L'Eglise, dans le chant du Glo/in, à la messe, proclame, elle aussi, la royauté du Fils de Dieu : « Vous êtes le Roi de gloire, vous le Christ ». Elle marque, dans son symbole, que « le règne » du Christ ressuscité « n'aura jamais de fin ».

Le mot Seigneur est continuellement appliqué au Fils de Dieu incarné, depuis sa glorification et son ascension. Déjà saint Luc, dans son Evang-ile, l'appelle de ce nom. Mais dans le livre des Actes, et dans les Epitres, et dans l'Apocalypse, et dans le lanf^as^e de l'Eglise, ce nom est continuellement joint au nom du Christ. Si hien qu'il a fini par devenir le plus usuel parmi le peuple chrétien. Notre-Seigneiir^ en elTet, est devenu le nom par excellence, et le plus populaire, pour désigner la seconde Personne de la Très Sainte Trinité venue sur la terre pour opérer notre salut.

Pour le mot Gloire qui revient si souvent dans nos saints Livres, il peut très légitimement s'appliquer d'une façon toute spéciale au Fils de Dieu qui, à litre de Verbe et d'Image, est, en effet, l'éclat ou le réjaillissement de la Majesté du Père. N'estce pas Lui qui a fait connaître aux hommes le nom de son Père, selon qu'il le dit en saint Jean (ch. xvii, v. 6), devenant ainsi, pour Dieu, celte « connaissance lumineuse entraînant la louange» qui constitue précisément la gloire.

Au sujet de ces multiples noms (pie nous avons rappelés à la suite du P. Janssens, nous ferons remarquer, comme il le fait lui-même, que, si on excepte les deux premiers, dont on peut dire d'ailleurs qu'ils ne sont qu'une modalité dii mot Fils, tous les autres sont des termes «pii peuvent être communs aux trois Personnes divines. Ce n'est donc que par une sorte d'appropriation qu'on les applique spécialement au Fils, appropriation très légitime et très fondée, mais qui ne va jamais à faire de ces ter-

mes des noms propres et personnels comme l'étaient les trois noms Fils, Verbe et Image.

Après avoir considéré ce qui avait trait à la Personne du Fils, nous devons maintenant aborder ce qui a trait à la troisième Personne en Dieu. Ici encore, et comme pour la seconde Personne, nous avons trois noms : V Esprit-Saint, V Amour, le Do/j. Et parce qu'aucun de ces trois termes ne nous est connu, nous alhnsles examiner tous les (rois en (rois questions dis(inctes. — Eî d'abord, le nom à'Esprit-Sninl.

C'est l'objet de la question suivante.

0Ut:STION XXXVI.

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