‹ Commentaire français littéral de la Somme Théologique de Saint Thomas d'Aquin (volume 4)Chapitre 26 sur 40 · DU NOM DE L'ESPRIT-SAINT QUI EST LE DON · texte numérisé non relu

DU NOM DE L'ESPRIT-SAINT QUI EST LE DON

Cette question comprend deux articles :

i>' Si le mot Don peut être un nom personnel? 20 S'il est un nom propre de rEsj)rit-Saint?

De ces deux articles, le premier pose une sorte de question préalable; le second examine le fait qui nous occupe. — Et d'abord, la question préalable.

Article Premier.

Si le mot Don est un nom personnel?

Le sens de cette question est de rechercher, ainsi que le remarque Cajétan, non pas si le mot Don est en soi un terme désig^nant une personne, mais s'il y a, dans la sig-nification de ce mol, un quelque chose qui nous autorise à en faire un nom de Personne quand nous l'appliquons à Dieu. — Quatre objections veulent prouver que « le mot Don n'est pas un nom personnel ». — La première arjçuë de ce que « tout nom personnel implique une certaine distinction en Dieu » ; car il n'y a, à n'être pas distinct, en Dieu, que ce qui touche à l'essence. «Or, le mot Don n'implique pas une distinction en Dieu. Saint Augustin, en effet, dit, au XV» livre de la Trinité (ch. xix), que l'Esprit-Saint est donné comme don de Dieu en telle manière qu'il se donne aussi Luimême, étant Dieu ». S'il se donne Lui-même et s'il est donné comme don de Dieu, on ne voit pas où sera, dans cette raison de don, la distinction requise pour les termes personnels, puisqu'on ne peut pas dire que l'Lsprit-Saint soit personnellement distinct de Lui-même. — La seconde objection observe qu' « aucun nom

420 SOMME THÉOLOGIQUË.

personnel ne convient à l'essence divine. Or, l'essence divine est le don que le Père fait au Fils, comme on le voit par saint Hilaire, au IX® livre de la Trinité (num. 54). Donc, le mot don n'est pas un nom personnel ». — La troisième objection rappelle que « selon saint Jean Damascène {De la Foi orthodoxe, liv. III, cil. XXI ; liv. IV, ch. xviii), il n'est pas de sujétion ou de servitude parmi les Personnes divines. Or, le don imj)lique une certaine sujétion, soit par rapport à celui qui le reçoit, soit par rapport à celui qui le donne. Par conséquent, le mot don n'est pas un nom personnel ». — La quatrième objection remarque que « le don dit un rapport à la créature »; c'est, en effet, relativement à la créature que nous parlons de don en Dieu. « Par suite, il semble bien que le mot don ne se dira de Dieu que dans le temps. Comme d'ailleurs il n'est pas douteux que les noms personnels se disent de Dieu de toute éternité, ainsi le nom de Père et le nom de Fils, il s'ensuit que le mot don n'est pas un nom personnel ».

L'arj^ument sed contra cite un texte de « saint iVug-ustin » où il est « dit, dans le XV^ livre de la Trinité (ch. xix) : De même que le corps de la chair n'est autre que la chair, de même le don de VEsprit-Saint n'est autre que l'Esprit-Saint. Puis donc que VEsprit-Saint est un nom personnel, le mot Don le doit être aussi ». — La même conclusion ressortira des témoig-nages qui nous prouveront^ à l'article suivant, que le mot Don, est un nom propre de l'Esprit-Saint.

Au corps de l'article, saint Thomas nous fait remarquer que « dans le mot don se trouve comprise l'aptitude au fait d'être donné. Or, ce qui est donné dit rapport et à celui qui donne et à celui qui reçoit. Il ne pourrait pas, en effet, être donné, s'il n'était pas à celui qui le donne ; et on le donne à quelqu'un pour qu'il soit à lui désormais ». Ceci posé, saint Thomas ajoute, l'appliquant aux Personnes divines : « Une Personne divine est dite être d'un autre, ou bien en raison de l'origine, auquel titre nous disons que le Fils est du Père; ou bien parce qu'elle est reçue par quelqu'un qui l'a, qui la possède désormais. Or, nous sommes dits avoir ou posséder » ce dont nous avons la libre disposition et la libre jouissance^ « ce dont nous pouvons user et jouir à notre gré » De ce chef, ou « en cette manière, une Per-

QUESTION XXXVIII. NOM DE l'eSPRIT-SAINT QUI EST LE DON. l\2 l

soiiiio divine ne peut être possédée que par la créature raisoniial)lo unie à Dieu » par la grâce. « Les autres créalures peuvent bien être mues par une Personne divine; mais il n'est pas en leur pouvoir de jouir de sa présence ni d'user de ses bienfaits », en prenant le mot usage dans le sens parfait de libre disposition d'une chose.

« La créature raisonnable, elle, y peut atteindre parfois : comme, par exemple, lorscpi'elle participe en telle manière le Verbe divin et l'Amour qui procède, qu'elle peut librement connaître Dieu d'une connaissance vraie et l'aimer d'un amour droit. De là vient que seule la créature raisonnable peut avoir » ou posséder « une Personne divine. Toutefois, ce n'est pas par sa propre vertu qu'elle peut y parvenir. Et c'est précisément pour cela qu'il faut que la chose lui soit donnée d'en-Haut; nous disons en effet, qu'une chose nous est donnée, quand nous l'avons d'ailleurs f|ue de nous-mêmes. C'est en ce sens qu'il convient à une Personne divine d'être donnée, et d'être appelée Don ». — On aura remarqué ce qu'il y a d'exceptionnellement g-rand pour'la créature raisonnable dans cette doctrine de saint Thomas. Et ce n'est encore qu'un premier aperçu, auquel nous aurons fréquemment, dans la suite, l'occasion de revenir, soit pour le développer, soit pour en tirer des conséquences pratiques d'une extrême importance.

Vad prinmm veut prouver, à l'encontre de l'objection, que le mot Don implique suffisamment l'idée de distinction personnelle, selon que le don est dit être d'un autre en raison de l'origine », ainsi qu'il a été marqué au corps de l'article. « Et avec cela, il demeurera que l'Esprit-Saint se donne Lui-même », en tant qu'il s'appartient, pouvant user ou plutôt jouir de Lui-même. C'est ce que saint Aut;ustin dit dans son traité sur saint Jean (traité xxix) : Qu'y a-t-il (jui soit plus vôtre que vous-même ?» — « On peut » fournir une autre explication et « dire, d'une façon meilleure encore, que, sans doute, le don doit en quelque manière anj)artenir à celui qui donne. Mais qu'une chose soit d'un tel, on le peut entendre de [)lusieurs manières. D'abord, par mode d'identité selon que le dit saint Augustin dans son traité sur saint Jean (à l'endroit précité). En ce sens, le don ne se distingue pas de

celui qui donne, mais seulement de celui qui reçoit. D'une seconde manière, on dit qu'une chose est de quelqu'un, à titre de possession ou de servage : auquel sens le don se doit essentiellement distinguer de celui qui donne. Et ainsi entendu, le don de Dieu est quelque chose de créé. 11 est une troisième manière dont on peut (lire qu'une chose est de quelqu'un, et c'est quand il y a seulement le rapport d'origine. C'est ainsi que nous disons que le Fils est du Père et que le Saint-Esprit est des deux. Lors donc que le Don est dit, en ce sens, être de celui qui donne, il s'en distingue personnellement et il est un terme personnel ».

Uad secundum, s'appuyant sur cette seconde réponse de Vad primiim, dit que « l'essence passe pour le don du Père » en prenant la propriété du don a au premier sens »; c'est-à-dire en raison de l'identité : « car l'essence du Père », appartient au Père, «■ est du Père, comme n'étant avec Lui qu'une seule et même chose ».

L'nd tertiiim dit que « le Don, selon qu'il est un terme personnel en Dieu, n'inclut aucune sujétion, ni du côté de Celui qui donne, où nous ne trouvons que le seul rapport d'origine, ni du côté de celui qui reçoit, où nous ne trouvons que le libre usage ou la libre fruition, ainsi qu'il a été dit » au corps de l'article.

Vad quartum fait observer que « le don ne se dit pas du fait d'être donné, mais de l'aptitude qu'il a au fait d'être donné », laquelle aptitude pourra parfaitement avoir existé de toute éternité. « Et donc ce sera de toute éternité qu'une Personne divine pourra être dite Don^ bien qu'elle soit donnée seulement dans le temps. — D'ailleurs, il n'est pas vrai », comme le voulait l'objection, a que le rapport à la créature inclus dans le mot don, en fasse quelque chose d'essentiel; il s'ensuit simplement qu'il y aura quelque chose d'essentiel inclus dans son concept, exactement comme l'essence se trouve incluse dans le concept de Personne, ainsi qu'il a été dit plus haut » (q. 34, an. 3, ad /""»).

Le moi Don, à le prendre en tant qu'il dit rapport- d'une part, à la créature raisonnable qui reçoit, et, de l'autre, à celui qui donne, par mode de réalité procédant de Lui, au sens no-

QUESTION XXXVIII. NOM DR l'kSPRIT-SAINT QUI EST LE DON, V^-"^

lionnel, csl un Irnno de Personne en Dieu. — Reste à rléterminer de (|uelle Persoime il est le nom juopre. Est-ce de l'Espril- Saint?

Saint Thomas examine ce point à l'article suivant.

Article II.

Si le Don est un nom propre de l'Esprit Saint?

Trois objections veulent prouver que « le mot Don n'est pas un nom propre de l'Esprit-Saint ». — La première rappelle que « le don se dit par rapport au fait d'être donné. Or, il est dit dans Isaïe, ch. ix (v. 6) : Le Fils nous a été donné. Par conséquent, d'être don convient au Fils aussi bien qu'à l'Esprit-Saint ». — La seconde objection remarque que a tout nom propre de l'une des Personnes sig^nifie quelqu'une des propriétés de cette Personne. Or, le mot Don ne signifie aucune propriété de l'Esprit-Saint. Il s'ensuit que le mot Don n'est pas un nom propre de l'Esprit-Saint ». — La troisième objection sig^nale une dilTérence entre le mot Esprit-Saint et le mot Don. « L'Esprit-Saint peut être dit l'esprit de tel homme, ainsi qu'il a été dit plus haut (q. 36, art. i, obj. 3). Or, nous ne disons pas qu'il soit le don d'un homme ; nous disons seulement qu'il est le Don de Dieu. Il s'ensuit que le mot Don n'est pas un nom propre de l'Esprit-Saint ».

L'argument sed contra est un texte de « saint Augustin » qui (( dit, au W^ livre de la Trinité (ch. xx) : De même qu'il appartient au Fils d'être du Père, de même être le Don de Dieu, pour C Esprit-Saint, est procéder du Père et du Fils. Or, l'Esprit- Saint tire son nom propre de ce qu'il procède du Père et du Fils. Par conséquent, le mot Don est bien un nom propre de l'Esprit-Saint ». — On pourrait apporter beaucoup d'autres textes pour prouver qu'en elTet le mot Don est un nom réservé en propre à l'Esprit-Saint. Qu'il nous suffise de rappeler le mot de l'Eglise dans sa liturgie, quand elle s'adresse à l'Esprit-Saint en ces termes : « Vous qui êtes appelé le Paiaclet, Don du Dieu Très- Haut ».

AaA SOMME THÉOLOGIQUE.

Au corps de l'article, saint Thomas déclare, dès le début, que « le mot Don, selon qu'on le prend personnellement en Dieu^, est un nom propre de l'Esprit-Saint ». Pour le prouver et « pour que nous en ayons l'évidence, il faut savoir, nous dit sainl Thomas, qu'au témoignage d'Aristote {Topiques, liv. IV, ch. iv, n. 12), le don, à proprement parler, est une donation qu'on ne doit pas rendre: c'est-à-dire qu'on le donne sans rien attendre en retour. Il implique donc une donation gratuite. D'autre part, la raison de la gratuité dans la donation n'est autre que l'amour. Si, en effet, nous donnons gratuitement quelque chose à quelqu'un., c'est que nous lui voulons du bien », et vouloir du bien à quelqu'un, c'est l'aimer. « Il s'ensuit que la première chose que nous lui donnons, c'est l'amour par lequel nous lui voulons du bien. Et par conséquent, l'amour a raison de don premier, puisque c'est par lui que sont donnés tous les dons gratuits. Puis donc que l'Esprit-Saint procède à titre d'Amour, ainsi qu'il a été dit (q. 27, art. 4; q- 37, art. i), il s'ensuit [qu'il procède avec la raison de Premier Don. Aussi bien saint Augustin dit dans le XV^ livre de la Trinité (ch. xix) que par le Don qu'est V Esprit-Saint une foule de dons particuliers sont distribués aux divers membres du Christ. » — Il eut été difficile de mieux indiquer le rapport foncier qui unit si étroitement la raison de Don et la raison AWmour dans la Personne de l'Espril-Sainl.

\Jad primuni accorde que, sans doute, il convient au Fils d'être donné: mais cela ne lui convient pas directement et en propre. Il en est du mot Don appliqué au Fils comme du mol Image appliqué à l'Esprit-Saint. « De même », en effet, « que le Fils procédant par mode de Verbe, dont le propre est d'être la similitude ou l'image de son principe, est appelé, proprement, du nom à' Image, bien que l'Esprit-Saint aussi soit semblable au Père; de même l'Esprit-Saint, qui procède du Père à titre d'Amour, est appelé, proprement, le Don, bien qu'il convienne au Fils d'être donné. Cela même, en elTet, que le Fils est donné provient de l'amour du Père, selon un mot que nous lisons en sainl Jean, ch. m (v. 16) : C'est ainsi que Dieu a aimé le monde, au pninl de donner son Fils unique ».

Uud secundam rappelle que « dans le mol don est impliqué

ni r.STI(»N XXXVIH, NOM Dl". .. ISI'MIT-S A I.M Ofl KS T \Ai DON, ^l'^T)

(•«•ci, (inil apjtiirlieiil à ct'Iiii i|iii (loiiiic, en raison de son orit^^ine », ainsi (ju'il a été dit à Wu/ /)riniif//i de l'arlicle précédent. El de ce chef, nous avons la propriété d'orij^ine de l'Espril-Sainl, (jui est la procession, »

L'ad tertiiini distingue un doui)le moment, en ce qui est du don. 11 n'est pas essentiel au don d'être donné actuelleinenl, 1! suffit qu'il soit apte à être donné. C'est ainsi que nous pouvons dire, lons^temps à l'avance, en montrant un ohjet que nous nous proposons de donner : vt)ici un don que je veux vous faire. Or, « le don, avant d'être donné, n'appartient qu'à celui qui doit le donner; après qu'il aura été donnée il appartiendra aussi à celui qui le reçoit. En cela donc que le Don n'implique pas le fait actuel d'être donné, on ne peut pas dire qu'il soit le don de l'homme ; il n'est que le Don de Dieu qui donne. Mais quand une fois il a été donné, alors II est aussi l'esprit ou le don de l'homme ».

Cajétan nous paraît avoir admirablement résumé la doctrine de saint Thomas dans les deux articles que nous venons de voir. ( Le don, pris en g-énéral, contient manifestement trois choses, nous dit-il dans son commentaire sur ce second article : la chose qui peut être donnée ; le rapport ou l'aptitude au fait d'être donné; le rapport de quasi-possession, en ce sens que la chose pouvant être donnée appartient à celui qui peut la donner. Il dit la chose qui peut être donnée de par son nom, puisqu'il la dénomme. Quant au rapport ou aptitude au fait d'être donné, il l'inclut dans sa sig-nification en ligne directe. Ce n'est qu'indirectement ou d'une façon secondaire qu'il signifie le raj)port à celui qui donne : il le consignifie plutôt qu'il ne le signifie. »

« En Dieu, le Don, pris personnellement, précisément parce qu'il est le nom du Premier Don, dénomme l'Amour comme réalité qui peut être donnée; parce qu'il appartient à Celui qui donne, en raison de son origine, il signifie la relation de procession qui constitue la Personne même de l'Esprit-Saint; parce qu'il ne peut être donné qu'aux créatures raisonnables, il signifie le rapport de raison qu'il dit à ces créatures; — et cela, dans le même ordre que nous avons marqué pour le don en "éné-

426 soMMïï tak. î^':'au5;.

rai »; c'est-à-dire que dans 'e mot Don appliqué à l'Esprit- Saint se trouverait désig^né d'abord l'Amour ou Premier Don, puis, le rapport ou l'aptitude au fait d'être donné à la créature raisonnable, et enfin, le rapport ou la procession d'origine qui constitue la Personne de i'Esprit-Saint. « C'est là l'ordre dans la sii^nification du mot ».

« Toutefois, ce n'est pas le même ordre dans la chose en elle-même. Car, dans cet ordre, ce qui convient d'abord à l'Esprit-Saint, c'est sa propriété personnelle, en raison de laquelle Il appartient au Père et au Fils qui le donnent; puis, vient l'Amour en raison duquel II est appelé le Premier Don; et enfin, le rapport ou l'aptitude à être donné. Si, en effet, le fait de pouvoir être donné convient à l'Esprit-Saint, c'est en raison de l'amour essentiel » et non plus seulement en raison de ce qu'il y a de notionnel ou de personnel en Lui; « puisqu'aussi bien rien de personnel ne dit, eu !i?.aî que tel et abstraction faite de l'essence, rapport à la créature ».

« Il y a plus, on le voit, dans le mot Don — et la même remarque vaut pour le mot Verbe — que dans )a stricte réalité notionnelle des Personnes que ces mots désignent. A ne les considérer qu'en elles-mêmes, les Personnes qui procèdent, n'ont, en propre, aucune autre réalité ou aucun aspect de raison que la relation d'origine identique à chacune d'elles. Et de ce chef, il ne convient pas à la Personne du Verbe d'avoir raison de connaissance, ni de dire un rapport aux choses parlées; comme aussi il ne convient pas à la Personne de l'Esprit-Saint d'avoir raison d'amour, ni de dire un rapport au fait d'être donnée. Que si nous parlons de ces mêmes Personnes », non plus seulement selon ce qu'elles sont en elles-mêmes et selon leur stricte réalité notionuelle, mais « selon qu'elles sont désignées par ces mots, le Verbe et le Don, alors nous disons que c'est une propriété de la Personne du Verbe de dire un rapport aux choses parlées, et une propriété de la Personne appelée Don de dire un rapport aux créatures capables de recevoir ce don ». Dans ce cas, ainsi que nous l'avons noté et saint Thomas nous l'a dit expressément à Vad 4""^ de l'article précédent, le mot qui désigne telle Personne, comme le mot Personne lui-même, inclut

QUESTION WXVIir. NOM DE l'eSPHIT-SAINT QUI EST LE DON. l\2-j

OU çoniiolc, dans sa défiiiilioti, (juehjiie chose aj'ant liait à l'essence, ou l'essence elle-même, qui permet de fonder le rapport ;\ la créature [Cf. q. 3/j, art. 3j.

Le mol Don est un nom qui désig^ne en propre l'Espril-Sainl, jjarce que le propre de rEsprit-Sainl, en Dieu, est d'être l'Amour qui procède. Et puiscju'il est essentiel au don d'être gratuit, comme la première raison de la g^raluité se trouve dans l'amour, il s'ensuit que l'Esprit-Saint aura nécessairement la raison de Don premier.

L'Esprit-Saint, l'Amour, le Don, — tels étaient les trois noms que nous nous étions proposé d'étudier dans le détail, comme étant tous trois des noms propres de la troisième Personne en Dieu. — En dehors et en outre de ces trois noms, s'en trouvent plusieurs autres par lesquels on désigne aussi l'Esprit-Saint. Ce ne sont plus des noms qui lui appartiennent exclusivement et en propre; mais on a coutume de les lui appliquer d'une façon plus spéciale. Tels sont, se rattachant au mot Esprit-Saint, les noms A' Inspirateur, de Créateur, de Doigt de Dieu. — Au mot Amour se rattachent les noms de Feu, de Baiser, de Charité. — Au mot Don se rattachent les noms de Paraclet, de Paixj d'Onction. — Et d'une façon générale, nous avons les noms de Source, de Sagesse, de Sainteté.

Nous trouvons le mot d'Inspirateur dans ce fameux texte de saint Pierre dans sa 11^ Epître, ch. i, v. 21 : Ce nest pas par une volonté d'homme qu'une prophétie a jamais été apportée: c'est sous l'inspiration de l'Esprit-Saint que les saints hommes de Dieu ont parlé. Et l'Eglise, s'appuyant sur ce texte, nous fait dire dans son symbole : « Nous croyons à l'Esprit-Saint qui a parlé par les Prophètes ».

Le mot de Créateur ou tout au moins l'acte de créer, dans le sens de refaire, de réformer et de transformer, est conrtomment appliqué à l'Esprit-Saint, dans nos saints Livres et dans la liturgie. Nous ne citerons que ces deux textes particulièrement expressifs : Envoyez votre Esprit et tout sera créé (du

ll-io SOMME THEOlOGiyUE.

Psaume cm, v. 3o); et, de l'hymne de la Penlecùte : « Venez, Esprit créateur ».

Pour l'expression Doifft de Dieu, c'est du Christ Lui-même, dans l'Evang^ile, que nous la tenons : Si je chasse les démons par le Doifjt de Dieu, c'est donc que le Royaume de Dieu est arrivé pour vous (en saint Luc, ch. xi, v. 20). Et, dans l'hymne citée tout à l'heure, nous trouvons ces mots adressés à l'Esprit- Saint : « Vous, qui êtes le Doig^t de la droite de Dieu ».

Les mots Feu et Charité se trouvent aussi dans l'hymne du Veni Creator : « Source vive. Feu, Charité ». Pour le mot Baiser, on l'entend de TEsprit-Sainl dans ce passag^e du Cantique des Cantiques, ch. i, v. i : Qu'il me baise d'un baiser de sa bouche.

Le nom de Paraclet a été donné à l'Esprit-Saint par Notre- Seig-neur Lui-même. En saint Jean, ch. xiv, v. 16 : Il vous donnera un autre Paraclet. afin qu II demeure avec vous à tout jamais, V Esprit de la vérité. De même, ch. xvi, v. 7 : Si je ne m'en vais, le Paraclet ne viendra pas vers vous. Il avait dit aussi, ch. xv, v. 16 : Lorsque sera venu le Paraclet que moi je vous enverrai de mon Père, l'Esprit de la vérité. Celui qui procède du Père, celui-là rendra témoiçjnage de moi. Et l'Eglise, dans la délicieuse prose du Veni Sancte, s'adresse à l'Esprit-Saint en ces termes : « Consolateur exquis, hôte suave de l'àme, doux rafraîchissement, repos dans la fali^-ue, vous qui tempérez le i^rand feu et qui séchez tous nos pleurs ».

La Pai.x; que le Christ promettait à ses disciples, la veille de son départ (en saint Jean, ch. xiv, v. 27), est étroitement liée à la promesse qu'il venait de leur faire de leur envoyer l'Esprit- Saint. Aussi bien quand l'évêque, s'adressant aux fidèles, leur dit : « Que la paix soit avec vous », les fidèles répondent : « Et avec votre esprit ».

Ouint au mot A' Onction, les passag-es de l'Écriture où on l'attribue à l'Esprit-Saint sont tellement nombreux qu'il est impossible de les citer. Contentons-nous de ce texte de saint Pierre, au livre des Actes, ch. x, v. 38 ; Dieu a oint d'Esprit- Saint et de force Jésus de Nazareth. L'Ég^lise, d'ailleurs, a consacré tous ces textes on les condensant dans celte formule du

^)UESTI()N XWVIIt. NOM DE l'ksPIUT-SAINT QUI EST LE DON. /jr>l)

^'rni Creator : « Source de vie, Feu, cliarilé et Ouclion spiiiliirllc ».

Nous avons déjà rite deux fois le mol Source que l'Et^lise :i|>[»li(|iit' à rRsi»ril-Saint dans le Vent dreator. Ajoutons simplt'inciit le l('Mn(>ii;na!^e de Notre-Seiyneur en Sainl-Jcan, cli. vu, \ . iî8 : Si (/iielqii'un a soif, qu'il vienne à moi el qu'il bowe. Celui ([ui ci'oit en moi, ainsi que l'a dit l'Ecriture, des Jleuves d'eau vire couleront de son sein. El saint Jean ajoute (v. ^(j) : // disait cela de l'Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en Lui.

Le nom de Sarjesse est beaucoup moins appliqué à l'Esprit- Saint. Il Test quelquefois cependant, notamment au sujet du premier de ses dons qui est, en effet, le don de sagesse.

Quant à la sainteté, nous avons déjà vu, en expliquant le nom même d'Esprit-Saint, pourquoi elle convient à un titre spécial à la troisième des Personnes divines [Cf. q. 36, art. i].

La remarque déjà faite au sujet des divers noms par lesquels on désigne la seconde Personne de la Très Sainte Trinité, en outre des trois noms propres de Fils, de Verbe et à' Image, s'a[»[)lique aux noms que nous venons de citer et par lesquels on désigne la troisième des Personnes divines. Ce sont des termes appropriés et non plus des noms propres comme ceux d'Esprit- Saint, d'Amour et de Don.

Au début de la question 29 et dans le prologue qui la précédait, saint Thomas nous avait annoncé que le traité des Personnes divines se divisait naturellement en deux parts : d'abord, des Personnes divines considérées d'une façon absolue, soit en général (quatre questions 29-82), soit en particulier (q. 33-38); — et puis, d'une façon comparative. Nous avons terminé l'étude de la première partie. Il nous faut aborder maintenant, à partir de la question suivante, « la considération comparative des Personnes divines ». Cette seconde partie, très importante et très intéressante, comprendra ce qui nous reste à dire sur le traité de la Trinité. Elle va de la question 39 à la question 43. La question 89 comparera les Personnes divines « avec l'essence » ; la question 4o, « avec les propriétés »; la question 4i> « ^ivec

43o SOMME THÉOLOGIQUË.

les actes nolionnels »; les questions 42 et 43 les compareront « entre elles » : d'abord, au point de vue de l'égalité (q. 42); et puis, au point de vue de la mission (q. 43). — On le voit, ces cinq questions sont le résumé elle couronnement de tout le traité de Dieu, qu'il s'agisse de Dieu considéré dans l'unité de sa nature, ou qu'il s'agisse de Dieu considéré dans la Trinité de ses Personnes.

Abordons immédiatement la première.

OUi:STION XXXIX.

Page 1