‹ Commentaire français littéral de la Somme Théologique de Saint Thomas d'Aquin (volume 4)Chapitre 34 sur 40 · DE LA MISSION DES PERSONNES DIVINES · texte numérisé non relu

DE LA MISSION DES PERSONNES DIVINES

Celte questiju comprend huit articles :

1" S'il couvient à quelque PersoDoe divine d'être envoyée ?

2" Si la mission est éternelle, ou seulement temporelle ?

3f En raison de quoi une Personne divine est envoyée d'une mission invisible ?

4" Si c'est à chacune des Personnes divines qu'il convient d'être envoyée ?

5» Si le Fils est envoyé d'une mission invisible, comme le Saint-Esprit ?

6o A qui est faite la mission invisible ?

7" De la mission visible.

8o Si une Personne peut s'envoyer elle-même de la mission visible ou invisible ?

Il suffit de lire l'énoncé de ces articles pour voir l'importance de la question que nous abordons. Elle forme comme le trait d'union entre les mystères de la vie féconde en Dieu et les manifestations de cette vie au dehors, notamment dans l'ordre surnaturel et pour l'exaltation de la créature raisonnable. En étudiant cette question, nous poserons, en quelque sorte, les jalons de toutes les questions que nous aurons à étudier dans la suite. — Des huit articles qui la composent, les septs premiers traitent de la mission d'une ou de plusieurs Personnes divines, en tant que cette mission provient d'une autre Personne divine; le huitième examine si une Personne divine se peut envoyer elle-même. — D'abord, de la mission faite par une autre, l es deux premiers articles s'occupent de cette mission en g-énéral ; les cinq autres, de cette mission en particulier : mission invisible, d'abord (art. 3-6) ; mission visible, ensuite (art. 7). — La mission en général : premièrement, quant à sa possibilité (art. i); secondement, quant au moment (art. 2). — D'abord, la possibilité. Une Personne divine peut-elle être envoyée ?

C'est l'objet de l'article qui suit :

qutstion xuii. — de i.a mission des personnes divines. ggy

Article Premier.

S'il convient à quelque Personne divine d'être envoyée?

Trois objections veulent prouver qu' « il ne convient pas à une Personne dîviae d'être envoyée ». — La première arguë de ce que « celui qiii est envoyé est inférieur à celui qui l'envoie » : il reçoit, en ctfel, de lui un ordre ou un conseil; et d'être commandé ou conseillé par quelqu'un est manifestement un signe d'infériorité, « Puis donc que parmi les Personnes divines l'une n'est pas inférieure aux autres, il s'ensuit qu'on ne snurait parler d'envoi ou de mission, à leur sujet ». — La seconde objection remarque que « tout ce qui est envoyé se sépare de celui qui envoie. Aussi bien, saint Jérôme, dans son livre sur Ezéchiel (au sujet du chap. xvi, v. 53, 54), dit uue ce qui est conjoint et uni dans un même corps, ne peut pas èi^e envoyé. Or, quand il s'agit des Personnes divines, il n^y a pas de séparation possible, ainsi que s'exprime saint Hilaire dans son traité de la Trinité, liv. VIL n. 39). Par conséquent, « une Personne divine ne peut pas être envoyée par l'autre ». — La troisième objection arguë de la mission que nous constatons dans le monde des corps : « quiconque est envoyé, part d'un lieu et va en un autre lieu où il se trouve nouvellement. Or, ceci ne peut pas convenir à une Personne divine, puisqu'elles sont partout. 11 s'ensuit que les Personnes divines ne peuvent pas être envoyées ».

L'argument sed contra apporte le texte de Notre-Seigneur en saint .lean, ch. viii. v. 16, où il est dit : Je ne suis pas seul, mais Moi et Celui qui m'a envoyé, le Père. Ce texte est formel ; et on en trouve une foule d'autres, en saint Jean, où la même vérité est exprimée.

Au corps de l'article, saint Thomas commence par analyser le concept de mission. Il nous avertit que « dans le concept de mission se trouvent deux choses : d'abord, le rapport de celui qui est envoyé à celui qui l'envoie; et ensuite, le rapport de celui qui est envoyé au terme où on l'envoie. — Par cela qu'un être est envoyé, il est manifeste que l'être envoyé procède en quelque

façun de celui qui l'envoie : soit par mode de commandement, à la manière dont le maître envoie son serviteur; soit par mode de conseil, comme si l'on disait que le conseiller envoie le roi à la guerre; soit par mode d'origine, comme quand on dit que l'arbre envoie ou pousse sa fleur. — H y a aussi le rapport au terme où on l'envoie, en telle sorte que d'une certaine manière il commence d'être là : soit qu'auparavant il n'y fût en aucune manière; soit qu'il commence d'y être d'une manière qui n'est pas celle dont il y était auparavant ». — Une fois expliqué ce conceol de la mission, saint Thomas, appliquant cette doctrine à la question actuelle, conclut : « La mission » ou le fait d'être envoyée « pourra donc convenir à une Personne divine, selon qu'elle inclut, d'une part, la procession d'origine par rapport à celui qui envoie, et selon que, d'autre part, elle implique un nouveau mode d'être en un autre. C'est ainsi que le Fils est dit être envoyé dans le monde par son Père, en tant qu'il a commencé d'être dans le monde par la chair qu'il s'était unie; — et pourtant, auparavant // était dans le monde, ainsi que le marque saint Jean » en son sublime prologue, ch. i, v. lo. — En précisant le concept de mission, saint Thomas a projeté sur toute la question de la mission des Personnes divines une lumière qui nous permettra, sans peine, de résoudre toutes les difficultés.

Vad primiim observe que « la mission entraîne l'infériorité en celui qui est envoyé, selon qu'elle implique, par rapport au principe qui envoie, la procession par voie de commandement ou de conseil; car celui qui commande est plus grand », plus puissant, « et celui qui conseille est plus sage. Mais, en Dieu, la mission n'entraîne que la procession d'origine, qui ne nuit en ri^n à l'égalité » des divines Personnes, « ainsi qu'il a été dit plus haut » (q. 42, art. 4, 6).

Vad secundnm répond que « s'il s'agit d'une chose qui est envoyée de telle sorte qu'elle commence d'être où auparavant elle n'était pas du tout, on a une mission qui suppose le mouvement local ; d'où il suit qu'elle est séparée, par le lieu, de celui qui reîivoie. Mais il n'en est pas ainsi dans la mission de la Personne divine. La Personne divine, en effet, ni ne commence d'être où auparavant elle n'aurait pas été, ni ne cesse d'être où elle

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