QUESTION XMII, — DE LA MISSION DES PERSONNES DIVINES
meut de la grâce et de la t '-arité qui rend notre âme digne de le recevoir.
L'ad tertium répond que •< s'il est d'autres eiïets par lesquels le Fils est connu de nous, il n'en est pas d'autres cependant qui le fassent habiter en nous et qui nous donnent de le posséder )). Nous voyons par ce mot que le côté formel de la présence spéciale dont il s'agit ici est, comme nous l'avons dit, l'habitation, en nous, de la Personne divine, non pas seulement à titre d'objet connu ou même d'objet aimé d'un amour imparfait, mais à titre d'hôte et d'ami.
LV/f/ cjuartum ré])ond à l'objection des miracles. « Le pouvoir des miracles est un signe de la grâce sanctifiante, de môme que le don de prophétie et les autres grâces gratuites. Aussi bien, dans la P*^ Epîlre aux Corinthiens, ch. xii (v. 7), la grâce gratuite est appelée une manifesintion de l'Esprit. Si donc l'Esprit-Saint est dit avoir été donné aux Apôtres pour opérer des miracles, c'est que les Apôtres avaient reçu la grâce sanctifianle avec le signe qui la manifestait ». — « Que si », ajoute saint Thomas, et nous verrons plus tard que la chose est possible, « il n'y avait que le signe de la grâce elle-même, l'Esprit- Saint ne serait pas dit, purement et simplement, être donné. Il y faudrait une certaine restriction. C'est ainsi qu'on dirait qu'A un tel est donné l'esprit de prophétie ou l'esprit des miracles, selon qu'il aurait reçu de rEs|)rit-Saint le pouvoir de prophétiser ou le pouvoir de faire des miracles ». Nous aurons à parler longuement, plus tard, du caractère et des diverses espèces de ce que nous venons d'appeler ici, avec saint Thomas, les grâces gratuites. Nous verrons aussi leur ditïérence d'avec la grâce sanctifiante. (Cf. i* 2" q. m, art. 4j 5.)
Ce qui fait qu'une Personne divine est envoyée ou donnée, c'est, quant à la seconde condition de la mission ou de la donation, tirée du côté du terme auquel elle aboutit, que la créature raisonnable se trouve revêtue ou ornée de la grâce sanctifiante, causée en elle par l'Esprit-Saint, et qui lui permet de jouir de la Personne divine comme on jouit de la présence d'un hôte ou d'un ami. D'un mot, c'est Vinhabitati.on, dans l'âme, de la
De la Trinilé. '^1
GjS SOMME THÉOLOGIQUE.
Personne divine par la grâce sanctifiante. [Sur celle hahitntion de l'Esprit-Saint dans les âmes justes, cf. le beau livre fin R. P. Frogel, 0. P., publié d'abord en articles dans la Revue Thomiste^ 1896, 1897, ^898.] — Après avoir délerminé la condition requise, du côté de l'effet créé, pour que nous puissions parler de mission ou de donation, au snjet des Personnes divines, nous devons maintenant nous demander quelles sont les Personnes divines à qui il convient d'être envoyées. Evidemment, il ne saurait y avoir le moindre doute, ni la moindre difficulté, au sujet du Saint-Esprit. C'est donc sur le Père et sur le Fils que se doit concentrer notre attention. Voyons d'abord la question du Père, Elle va faire l'objet de l'article suivant.
Article IV.
S'il convient au Père d'être envoyé ?
Trois objections veulent prouver qu' a il convient aussi au Père d'être envoyé ». — La première arguë de ce qu' « être envoyée, pour une Personne divine, c'est être donnée. Or, le Père se donne Lui-même ; sans cela, en effet, et s'il ne se donnait pas, nous ne pourrions pas lavoir et le posséder. Donc il n'y a aucun inconvénient à dire que le Père s'envoie ». — La seconde objection rappelle la doctrine exposée à l'article [recèdent. Nous avons dit que « la Personne divine est dite envoyée, en raison de son habitation en nous par la grâce. Mais c'est toute la Trinité qui habite en nous par la grâce, selon cette parole » du Christ « en saint Jean, ch. xiv (v. 28) : Nous viendrons vers lui, et nous établirons chez lui notre demeure. Il s'ensuit que c'est à chacune des Personnes divines qu'il convient d'être envoyée ». — La troisième objection dit que « tout ce qui convient à l'une des Personnes divines convient à toutes, sauf les notions et les personnes. Or, la mission ne signifie pas l'une des Personnes, ni non plus quelque notion, puisque, nous l'avons dit plus haut (q. 3-2, art. 3), il n'y a que cinq notions. Par conséquent, il convient à chacune des Personnes divines d'être envoyée ».