‹ Commentaire français littéral de la Somme Théologique de Saint Thomas d'Aquin (volume 4)Chapitre 39 sur 40 · QUESTION XMII. DE LA MISSION DES PERSONNES DIVINES · texte numérisé non relu

QUESTION XMII. DE LA MISSION DES PERSONNES DIVINES

Tonte prcseiice (louvelle de la grâce dans la créai me raisoiiiiahle ou toute auginentalion de celle 45;nice suffil, ()our (|ue nous puissions parler de mission, au sujet des I^ersonncs di\ines. C'était la dernière question que nous devions exaniincc lelativernent à la mission invisible. — Nous devons maintenant nous enquérir de la mission visible. El parce que, lorsqu'il s'ayil d(; mission visible, la question ne saurait se poser au sujet du l'ils, pas plus que la question de la mission invisible ne se posait au sujet du Saint-Esprit, c'est donc uniquement en raison de l'Esprit-Saint que nous nous demanderons si la mission visible est possible. Nous allons examiner celle question à l'article suivant.

Article VII.

S'il convient à l'Esprit-Saint d'être envoyé d'une mission visible?

Cet article a six objections qui, toutes, veulent prouver qu' « il ne convient pas à l'Esprit-Saint d'être envoyé d'une mission visible ». — La première ar^ë de ce que « le Fils, en raison de sa mission visible, est dit être inférieur au Père. Or, nous ne lisons nulle part que l'Esprit-Saint soit inférieur au Père. Il s'ensuit rju'il ne lui convient pas d'être envoyé visiblement ». — La seconde objection remarque que « la mission visible se dit en raison de quelque créature visible admise à l'union » avec la Personne divine; « c'est ainsi qu'on parle de la mission du Fils selon la chair. Or, l'Esprit-Saint ne s'est uni aucune créature visible. II s'ensuit qu'on ne peut pas dire qu'il soit dans quelques créatures visibles d'une manière autre que celle dont II est en toutes, sauf peut-être qu'on le dise être là comme en une chose ou en un signe qui le manifeste; c'est ainsi d'ailleurs qu'il est dans les sacrements et qu'il était dans les figures de l'Ancienne Loi. Mais cela ne constitue pas, pour l'Esprit-Saint, une mission visible; sans quoi il faudrait parler de mission visible à propos de ces figures de l'Ancienne Loi et à propos des sacrements », ce que personne n'admet. — La troisième objection fait remarquer que

588 SOMME THÉOLOGIQ'JE.

« tou'.e C'Catuie visible est l'œuvre ou l'effet de la Trinité entière, qu'elJf signifie. Il n'y a donc pas à parler de mission spéciale de l'Espril-Saint, en raison de ces créatures visibles », même en les supposant créées ou suscitées miraculeusement pour signifier tel ou tel effet surnaturel. — La quatrième objection sous-entend qu'il s'agit, quand on parle de mission visible par rapport à l'Esprit-Saint, des manifestations qui eurent lieu notamment lors du baptême de JésuSj où l'Esprit-Saint parut sous la forme d'une colombe, et le jour de la Pentecôte où II parut sous forme de langues de feu ; et elle observe que « la mission visible du Fils s'est faite en raison de la plus noble des créatures » visibles, « qui est la nature humaine. Si donc l'Esprit-Saint avait du être envoyé visiblement, il aurait fallu qu'il fut envoyé en raison de quelques créatures raisonnables », et non pas en raison d'une colombe ou de langues de feu. — La cinquième objection fait allusion à un point de doctrine que nous établirons plus loin, savoir que « les choses que Dieu opère dans le monde visible, Il le fait par le ministère des anges, ainsi que l'explique saint Augustin, au III'' livre de la Trinité (ch. x, xi). Si donc il y a eu des formes visibles qui ont apparu, ça été l'œuvre des anges; et, par suite, ce seront les anges qu'il faudra dire envoyés, et non pas l'Esprit-Saint ». — La sixième objection remarque que « si l'Esprit-Saint est envoyé d'une mission visible, c'est pour manifester sa mission invisible; les choses visibles, en effet, manifestent les choses invisibles. Par conséquent, ceux à qui n'est point faite la mission invisible ne devraient pas être gratifiés de la mission visible; et la mission visible aurait dû, au contraire, être faite à tous ceux à qui a été faite la mission invisible soit dans l'Ancien, soit dans le Nouveau Testament; ce qui est manifestement faux. Il s'ensuit que nous ne devons point parler de mission visible quand il s'agit de l'Esprit-Saint ».

L'argument sed contra se contente de rappeler qu'« il est dit, en saint Matthieu, ch. m (v. t6) que l'Esprit-Saint descendit sur le Seigneur après son baptême, sous forme de colombe ».

Au corps de l'article, saint Thomas débute par l'énoncé d'un principe qui domine toute sa doctrine et qui va lui permettre de

QUESTION XLIir. OE I.V MISSION DES PERSONNES DIVINES. .>M()

justifier les iiiaiiiteslatioiis miraculeuses de l'Esprit-Suiut dont nous nous enquérons en ce moment. « Dieu, nous dil-il, pourvoit à toutes choses selon la nati*re de chaque être. Or, le mode coiuiaturel de rhoiiimc est f|ue les choses visibles le conduiseiiî comme par la main aux choses invisibles, ainsi que nous l'avons drjà dit (q. 12, art. in. Il s'ensuit que ce qui est invisible en Dieu a dû être manifesié aux hommes à l'aide des choses visibles. De même donc que Dieu s'est manifesté Lui-même et a manifesté, d'une certaine manière, les processions éternelles des Personnes en en donnant aux hommes, à l'aide des créatures visibles, certains indices, pareillement, il ('lail à propos que les missions invisibles des divines Personnes fusssent manifestées à l'aide de certaines créatures visibles. Xon pas toutefois de la inênie manière pour le Fils et pour le Sainl-Esprii. Car au Saint-Espiii , en tant ju'll procède à titre d'Amour, il convient d'être le don de la sanctification, tandis que le Fils, précisément parce qu'il est le Principe de l'Esprit-Saint, anra d'être l'Auleyr de la sanctification. Et voilà pourquoi le Fils, est envoyé' d'une mission visible, comme Auteur de la sanctification, tandis que l'Esprit-Saint est envoyé comme siçne de la sanctification ». La mission invisible consiste, quant à l'effet produit dans la créature, en la sanctification de cette créature. Or, la sanctification se fait par la grâce qui est due au seul amour de Dieu. La sanctification sera donc attribuée, à un titre spécial, à l'Esprit-Sainl qui est, en Dieu, l'Amour subsistant. Mais cet Amour lui-même procède, en Dieu, de son Verbe; et, à ce litre, le Verbe aura raison de Principe dans l'œuvre de notre sanctification. Ce double aspect ou ce double rôle des deux Personnes divines envoyées sera marqué ,dans le caractère des missions visibles destinées à le manifester eri le reflétant.

Uad prinmin fait remarquer que « le Fils s'est unie la créature visible en laquelle 11 a apparu, d'une union personnelle, en telle sorte que ce qui se dit de cette créature peut se dire du Fils de Dieu. De là vient qu'en raison de la nature humaine qu'il s'est unie, le Fils est dit inférieur au Père. Pour l'Esprit-Saint, il n\;n va [)tis ainsi. H n'a pas pris les créatures visibles en lesquelles II a apparu, pour se les unir d'une union personnelle.

agO SOMME TUEOLOGIQUÊ.

rn telle sorte que ce qui convient à ces créatures puisse se dire (le Lui. Il n'y a donc pas à le dire inférieur au Père, en raison de ces créatures ».

\Jad srcundiim précise le caractère des créatures selon lesquelles nous parlons de mission visible au sujet de l'Esprit-Saint. (( La mission visible de l'Esprit-Saint ne doit pas se dire en raison de la vision imag^inative, qni est la vision des prophètes. C'est qu'en cHVl, ainsi que le remarque saint Aug"ustin, au II'' livre de la Trinité (ch. vi), la vision prophétique n'est pas pour les yeux du corps sous des formes corporelles ; elle est quelque chose de spirituel et se fait à l'aide d'images spirituelles du monde des corps. La colombe, au contraire » dont il est parlé au sujet du baptême de Jésus, « et le feu » qui parut sur les Apôtres le jour de la Pentecôte, « furent vus des yeux du corps par tous ceux qui les virent. On ne peut pas dire, non plus, que l'Esprit-Saint fut à ces sortes de créatures ce que fut le Fils au rocher., dont il est dit (l'« Epître aux Corinthiens, cil. X, v. 4) q'f^ cf rocher était le Christ. Ce rocher, en effets existait déjà dans le monde de la création, et c'est en raison d'un acte accompli à son occasion, qu'il a été appelé du nom du Christ qu'il signifiait. Mais cette colombe et ce feu ont été constitués subitement et à la seule fin de signifier ce pourquoi ils étaient pris. Ce à quoi il semble qu'on pourrait les comparer, c'est à la flamme qui apparut à Moïse dans le buisson, ou à la colonne qui guidait le peuple dans le désert, ou aux éclairs et aux tonnerres qui se produisaient quand la Loi était donnée sur la montagne. La réalité corporelle de ces choses n'a été constituée que pour signifier quelque chose » que Dieu voulait signifier par elles, « et elles ont cessé immédiatement après ». ' — « Ainsi donc », reprend saint Thomas, faisant sienne cette doctrine très intéressante de saint Augustin « la mission visible ne se dit, ni en raison des visions prophétiques qui furent dans l'imagination cl non dans le monde extérieur, ni selon les signes sacramentels de l'Ancien et du Nouveau Testament, dans lesquels certaines choses qui existaient auparavant sont prises pour signifier d'autres choses ; mais nous disons l'Esprit-Saint envoyé d'une mission visible selon qu'il s'est montré, comme en un signe, en cer-

QUESTION XLIir. — DK LA MISSION DES PERSONNES DIVINES. Gq!

laines (T«''al lires tonnées (oui exprès et unicjneinent pour cela ». On aura reniar(|né cette doctrine de saint Thomas et de saint Augustin, qui je! le nn jour si précieux sur plusieurs manifestalions miraculeuses de Dieu dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament, et Ion aura pu se convaincre de la difïercnee (|ni existe entre ces jy;rands Docteurs et nos modernes ciiliques dont Tunique préoccupation paraît être de diminuer le surnaturel dans les faits et les récits de la Bible.

\Jad tcrtium accorde que « ces créatures visibles sont l'œuvre de la Trinité tout entière ; mais il n'en demeure pas moins qu'elles sont ordonnées à montrer spéciaienienl telle ou telle Personne. Si, en efTet, le Père, le Fils et le Saint-Esprit peuvent être désignés par des noms différents, ils pourront aussi être sicfîiifiés par des créatures diverses, bien qu'il n'y ait entre eux aucune séparation ni aucune diversité. »

Uad quartum s'appuie sur la doctrine exposée au corps de l'article. « La Personne du Fils devait être manifestée comme étant l'auteur de la sanctification, ainsi qu'il a été dit. Et, par suite, il a fallu que la mission visible du Fils se fasse par la créature raisonnable, à qui il appartient d'agir en propre et aussi d'être sanctifiée. L'indice ou le signe de la sanctification, au contraire, pouvait se retrouver en n'importe quelle créature. Ni il n'a fallu pour cela que la créature visible formée dans ce but fût prise par l'Esprit-Saint et unie à Lui d'une union personnelle, puisqu'elle n'était pas destinée à être un principe d'action, mais seulement un signe ou un symbole. De même, il n'était pas nécessaire qu'elle demeurât après; il suffisait qu'elle fut pendant le temps que durait son office ».

L^ad quintum concède que « ces créatures visibles ont été formées par le ministère des anges; mais ce n'était pas pour signifier la personne des anges, c'était pour signifier là Personne de l'Esprit-Saint. Par cela donc que c'était l'Esprit-Saint », et non l'angi', a (jui était comme en un signe, dans ces créatures visibles, il s'ensuit qu'en raison d'elles c'est l'Esprit-Saint qui est dit envoyé et non pas l'ange ».

L'arf sextum répond qu' « il n'est pas nécessaire à la mission invisible que toujours elle soit manifestée par quelque signe

592 SOMME TIIÉOLOGIQUE.

extérieur visible. Ainsi qu'il csl dit dans la I" Ejiître aux Corinthiens, ch. XII (\. ']), la manifestation de l'Esprit se fait en faveur de quelqu'un, pour le hirn (\o rEg;lise. Or, ce hien consiste à confirmer ol à piopager la foi jiar ces sortes de signes ou de prodiges visil)les. Et ceci a été, piincipalenient, l'œuvre du Christ et des Apôtres, selon celte parole de VÉ])]\re aux I/ébrena-, ch. II (v. 3) : le salut annoncé (Vahord par le Seigneur, nous a ctà confirmé par ceux qui l'aïuiient entendu de Tmî. C'est pour cela que la mission visihle de l'Espril-Saint a dii spécialement se faire au Christ, aux Apôtres, et à quelques saints de la primitive Église, en qui, d'une certaine manière, l'Eglise était fondée; avec cette réserve pourtant que la mission visible faite au sujet du Christ se doit entendre comme manifestant, au moment où elle se produisait, la mission invisible » ou la grâce « qui » était en Lui ou qui « avait été faite dès le commencement de sa conception ».

Ces explications posées, saint Thomas justifie les différences que nous trouvons entre la mission visible du Saint-Esprit faite au Christ et la mission visible faite aux Apôtres. Et pour le Christ lui-même, nous avons diversité de mission visible, selon qu'il s'agit du baptême ou de la transfiguration. « Au baptême, la mission visible fut faite pour le Christ sous forme de colombe, la fécondité de cet animal devant symboliser que le Christ aurait le pouvoir de donner la grâce par voie de génération spirituelle; aussi bien la voix du Père se fit-elle entendre sous celte forme : Celui-ci est mon Fils le bien-aimé (saint Matthieu, ch. m, v. 17), comme pour marquer que tous les enfants d'adoption seraient régénérés à la ressemblance du Fils unique. Lors de la transfiguration, ce fut sous l'apparence d'une nuée lumineuse, pour marquer la plénitude surabondante de la doctrine; aussi bien, y futil dit : Écoutez-Le (saint Matthieu^ ch. xvii, v. 5). Pour les Apôtres, la mission eut lieu sous forme de souffle, pour marquer la puissance du ministère dans la dispensation des sacrements; et voilà pourquoi il leur fut dit (en saint Jean, ch. xx, v, 23) : Ceux à qui vous remettrez les péchés, les péchés leur seront remis. Elle eut lieu aussi sous forme de langues de feu, pour marquer l'office de la prédication; et il est dit, en effet (au livre des

QUESTION XLIU. — Dl. L.V MIssinN KlS l'KRSONNF.S DIVINES. Tu^^

Actes, ch. II, V. 4)> ^u ils se /nirmi à parler en diverses langues. »

M Quant aux Pères derAiicieii Testament, ajoute saint Thomas, il n'a pas dû y avoir pour eux de mission visible de l'Espril- Sainl. C'est qu'en effet, la mission visible du Fils devait auparavant s'accomplir, l'Espriî-Saint ayant pour mission de manifester le Fils, comme le Fils avait pour mission de manifester le Père ». Remarquons bien cette dernière parole de saint Thomas. Elle projette un jour très lumineux sur les enseignemenls de Jésus à la dernière Cène. — Il est très vrai, continue saint Thomas, qu' « il y a eu pour les Pères de l'Ancien Testament des apparitions visibles des Personnes divines. Mais ces apparitions ne doivent pas être dites des missions visibles ; car elles ne furent point faites pour manifester l'habitation de la Personne divine dans l'âme par la grâce, ainsi que le remarque saint Augustin (liv. II, de la Trinité, ch. xvii;, mais pour manifester autre chose », souvent un dessein particulier de Dieu, relatif à la délivrance ou au châtiment de son peuple.

Il y a donc, nous le voyons par cette dernière remarque d*» saint Thomas, une différence essentielle entre la mission ff. l'apparition de la Personne divine. Pour la mission, le rappo, » à l'habitation dans l'âme, par la grâce, est indispensable. E». comme cette habitation, dans l'âme, par la grâce, bien que pouvant exister, à titre privé, dans l'Ancien Testament, n'avait pas à être manifestée sous forme éclatante au dehors, cette manifestation étant réservée pour le Christ, lors de son Incarnation, et pour l'Eglise après la glorification du Christ, il s'ensuit que dans l'Ancien Testament, s'il a pu y avoir mission invisible des Personnes divines, ainsi qu'il a été dit à Vad /•"" de l'article précédent, il n'a pas pu y avoir mission visible de ces divines Personnes. Ceci était réservé pour les temps qui devaient êtreappelés les lemps de là plénitude de la grâce. Tout ce qu'il a pu y avoir, dans l'Ancien Testament, en fait de prodige extérieur ayant trait aux Personnes divines, n'était que dans le genre npparifitm , el avait pour but de manifester quelque dessein particulier de Dieu relatif au gouvememenl de son peuple.

De la Trinité. 38

594 SOMME thÉologique.

L'Esprit-Saint peut être envoyé d'une mission visible. Celte mission se distingue de la mission visible du Fils et la présuppose. Elle revêt des caractères spéciaux et qui sont en harmonie avec la nature des effets à produire dans l'âme ou dans l'Eglise par l'action de l'Esprit-Saint, effets qui devaient surtout se produire par l'intermédiaire du Christ et des Apôtres ou des premiers chrétiens, au début, lors de la fondation ou de l'élablissement de l'Église. La mission visible du Fils a commence avec l'Incarnation et s'est continuée, sur la terre, jusqu'au moment de l'Ascension. Elle avait pour but de révéler ou de manifester la Personne du Père. Aussi bien, voyons-nous, dans l'Evangile, que le Christ, dans sa prédication, ne cesse de parler de son Père ; et II pouvait dire, en toute vérité, s'adressant à son Père, au moment de sa Passion : J'ai manifesté votre nom aux hommes que vous m'avez donnés du monde (saint Jean, ch. xvii, v. 6). La mission visible de l'Esprit-Sainl a commencé du vivant (iu Christ parmi* nous, au baptême et lors de la Transfiguration de Jésus ; mais c'est surtout au jour de la Pentecôte qu'elle a eu tout son éclat, éclat qui a rejailli sur les premières coramuuauiés chrétiennes, et qui n'a pas eu à se renouveler depuis, pour toute l'Eglise, puisque c'est de l'éclat de ces premiers temps que l'Eglise vivra désormais jusqu'à la fin. Cette mission de î'Esprit- Saint avait pour but de révéler ou de manifester la Personne du Fils, selon cette promesse de Jésus, le soir du Jeudi «^ainl : Lui me glorifiera, parce quil recevra de moi et vous ratiuoncera (saint Jean, ch. xvi, v. i4).

H ne nous reste plus qu'une dernière question à examin<'r, au sujet de la mission des Personnes divines; et c'est à savoir si tmte mission a pour principe la Personne ou les Personnes de qm jmanent les processions en Dieu. Elle va faire l'objet de ^'article suivant.

QUESTION XLIII. DE LA MISSION DES PEnS(3NXES DIVINES. ;m)J

Article VIII.

Si aucune Personne divine ne peut être envoyée que par celle de qui elle prc^ède de toute éternité?

Le sens de cet article, comme nous le monfrait le titre que lui donnait saint Thomas dans le sommaire de la question, est de déterminer si en toute miçsion des Personnes divines il faut l'autorité d'une autre Personne qui envoie, et de quelle Personne, ou si une Personne divine peut s'envoyer elle-même. — Trois objections veulent prouver qu'a aucune Personne divine ne peut être envoyée, si ce n'est par la Personne de qui elle procède éternellement ». — La première cite une parole de <( saint Augustin, dans son IV« livre de la Trinité » (ch. xx), oîi le saint Docteur « dit que le Père n'est envoyé par personne ^ parce qu'il ne procède de personne. Si donc une Personne divine est envoyée par une autre, il faut qu'elle en procède ». — La seconde objection observe que « celui qui envoie a autorité sur son envoyé. Or, en ce qui est de la Personne divine, il ne peut y avoir d'autre autorité que celle de l'orig-ine. Il s'ensuit qu'une Personne ne peut être envoyée que par la Personne de qui elle procède ». — La troisième objection fait une hypothèse assez curieuse. « Si la Personne divine peut être envoyée autrement que par la Personne de qui elle procède, rien n'empêchera de dire que l'Esprit-Saint est envoyé par l'homme, bien qu'il ne soit pas de lui. Et cela même est contraire à l'autorité de saint Augustin, en son XV« livre de la Trinité (ch. xxvi). Donc la Personne divine ne peut être envoyée que par celle de qui elle procède ».

L'argument sed contra oppose que « le Fils est envoyé par i'Espril-Saint, selon celle parole d'isaïo, ch. xlviii (v. i6) : Et maintenant, j'ai été envoyé par le Seiyneur Dieu et son Esprit ». — Il y a un autre loxlc d'Isaïe, plus formel encore peut-être

696 SOMME THÉOLOGigUE.

(ch. i,xi, V. i), que Jésus Lui-même s'est appliqué, le jour où Jl parut dans la synagogue de Nazareth (s. Luc, ch. iv, v. 17-18) et qui fait dire au Messie : L'Esprit du Seigneur est sur moi., et II m'a envoyé guérir ceux dont le cœur est brisé.

Au corps de l'article, saint Thomas nous avenii (ju' « au sujet de la question actuelle, les auteurs se sont exprimés diversement. Quelques-uns veulent que la Personne divine ne soil envoyée que par la Personne de qui elle procède éternellement. Dans ce cas, lorsqu'il est dit que le Fils de Dieu est envoyé par l'Espril- Saint,' il faudrait entendre cela de la nature humaine, en raison de laquelle le Fils de Dieu a été envoyé prêcher par l'Espril- Sainl. D'autre part, saint Augustin dit, au II® livre de la Trinité (ch. v), que le Fils est envoyé par Lui et par l'Esprit-Saint, et, de même, que l'Esprit-Saint est envoyé par Lui et par le Fils, en telle sorte que à'être envoyé ne conviendra, en Dieu, qu'aux seules Personnes qui procèdent, et non pas à chacune des Personnes, mais que d'envoyer peut convenir à chacune) — L'un et l'autre de ces sentiments, poursuit saint Thomas, ont une part de vérité. C'est qu'en effet, quand on dit qu'une Personne est envoyée, on désigne et la Personne elle-même qui procède d'une autre, et l'effet visible ou invisible, en raison duquel nous paillons de mission pour une Personne divine. Si donc par celui qui envoie on veut dire le principe de la Personne qui est envoyée, ce ne sera pas chacune des Personnes qui sera dite envoyer, mais seulement celle à qui il convient d'être le Principe de la Personne envoyée : auquel sens le Fils n'est envoyé que par le Père, et l'Esprit-Saint par le Père et par le Fils. Que si par la Personne qui envoie, on entend ce qui produit l'effet en raison duquel nous parlons de mission, dans ce sens toute la Trinité aura raison de principe qui envoie, par rapport à la Personne envoyée. Il ne s'ensuit pourtant pas », comme le voulait la troisième objection, « que l'homme puisse donner, lui aussi, l'Esprit-Saint, car il ne peut en rien, de lui-même, causer l'effet de la grâce ».

« Et par là se trouvent résolues toutes les objections ». Nous avons dit, en effet, qu'il y avait, dans le sentiment formulé par les deux premières, une part de vérité. — On aura remarqué

QUESTION Xr.Uf. — DE I.A MrSSfON DKS PERSONNES DIVINES. 697

avec quel respect, [)oiir Scfiut Auy^uslin, saint Thomas s'est appliqué à justifier son sentiment, s'appuyanl, du reste, sur l'un des caractères essentiels qu» constituent la mission. Il n'en demeure pas moins que le premier sentiment est plus conforme à la manière naturelle et obvie de s'exprimer; et c'est bien, assurément, quoiqu'il ne le dise pas, le sentiment que saint Thomas préfère.

Parmi les Personnes divines, seuls le Fils et le Saint-Esprit peuvent être dits envoyés, qu'il s'agisse d'une mission invisible ou d'une mission visible. C'est p3r son Père que le Fils est envoyé; c'est par le Père et le Fils que l'est le Saint-Esprit. Quant au Christ, considéré en tant qu'homme, rien n'empêche de le dire envoyé par l'Esprit-Saint.

Cette question de la mission des Personnes divines devait être la dernière du traité de la Trinité. — Nous avons considéré, d'abord, la question de l'orig-ine ou des processions en Dieu. Nous avons vu, que dans la richesse ou h fécondité infinie de la nature divine, il y avait place pour de mystérieuses processions d'origine; que Dieu, en s'entendant Lui-même et en entendant toutes choses, enfantait, au dedans de Lui, un premier terme d'opération immanente, dans lequel et par lequel II se disait à Lui-même tout ce qu'il contemple ; qu'en s'aimant selon qu'il se connaît, émanait de Lui et du terme de sa connaissance, un second terme dans lequel et par lequel devait se clore nécessairement le cycle des processions divines. De cette génération et de cette procession résultaient en Dieu des relations nécessairement réelles, puisque le principe et le terme qui les constituaient, étaient, l'un et l'autre, dans le même ordre de souveraine réalité, s'identifiant à la nature divine elle-même. Elles se distinguaient pourtant réellement entre elles et s*appelaient, au nombre de quatre, la paternité, la filiation, la spiration et la procession. Chacune de ces relations s'identifiaient avec ce que nous ucmmons, d'un nom admirablement choisi, les Personnes en Dieu. Non pas toutefois qu'il y ait autant de Personnes qu'il y a de relations; car, parmi ces relations, nous ne trouvons que

TxjS SOMME THÉOLOGIOUE. ' ' "

deux oppositions irréductibles : la paternité et la filiation, la spiratioii eî la procession. La spiration n'étant nullement irréductible à la paternité et à la filiation, les deux mêmes Personnes qui seront constiluces, l'une par la paternité, l'autre par la filiation, pourront être le sujet de la spiration, et nous n'aurons plus qu'une troisième Personne constituée par la procession. Le nombre de ces Personnes en Dieu, sans nuire en quoi que ce soit à la parfaite unité de la nature, établissait une société inelîal)le, où chacune des Personnes a ses caractères distinclifs, qui nous permettent de les connaître et de parler d'elles sans les confondre. Ce sera, d'abord, la Personne du Père, Principe de tout et Principe par excellence, en Dieu, qui mérite par antonomase le nom de Père. Ce sera, ensuite, la Personne du Fils, appelée encore et très à propos, des noms de Verbe et d'Image. Ce sera, enfin, la Personne du Saint-Esprit, procédant du Père et du Fils qui ne sont, par rapport à Lui, qu'un seul et même Principe ayant raison de source d'Amour, comme l'Espril-Saint Lui-même a raison d'Amour subsistant et de Premier Don. Ces divines Personnes étudiées dans leurs rapports avec l'essence divine, avec les propriétés personnelles, avec les actes notionnels, ou dans leurs rapports entre elles, nous sont apparues comme s'identifiant à l'essence et aux propriétés, comme étant la source ou le terme des actes notionnels, comme étant parfaitement ég'ales entre elles, tout en admettant un ordre d'orig-ine qui permet au Fils d'être envoyé par le Père et au Saint-Esprit d'être envoyé par le Père et par le Fils.

Telle est, résumée en quelques mots, la doctrine que nous venons de méditer, à la suite et avec l'aide du grand génie que Dieu a placé au firmament de son Eglise, comme le soleil au firmament du monde, pour qu'il y préside au jour. Nulle part, la raison humaine n'assistera, sur cette terre, à semblable fête et à spectacle plus magnifique. Nous avons pu nous plonger, au sein même de Dieu, dans un Océan de lumière qui, sans être encore l'éblouissement radieux de la Patrie, nous a permis d'entrevoir et de goûter un peu ce que sera, pour nos âmes béatifiées, i'ivresse de la vision dans le ciel.

Il nous faut maintenant, continuant nos sublimes méditations,

QUESTION XL'II. — DE LA MISSION DICS PKBSONNES DiVINES. r»()(j

étudier le mystère de noire grand Dieu, non plus en LuI-iik'imc et dans le sein de sa nature ou les ineiïahles merveilles de sa vie intime, mais dans son œuvre au dehors, dans la création ou l'orjj^anisalion du trijile monde des cs])rils, de la matière et de riiomme, et dans le jjouvernemenl de ce triple monde créé el organisé par Lui.

Ce sera l'objet des volumes (jui vont suivre.

FIN Dl TRAITE DE LA THLMTE.

TABLE DES MATIÈIiES

Page».

Bhef de Sa Sainteté Pie X viii

Avant-Propos xi

QUESTION XXVII. — De la phucession des perso.nnes divines.

(Cinq articles.)

1 0 S'il y a procession en Dieu V 4

2^ S'il est une procession en Dieu qui puisse être appelée génération?. . Sy

'^•> Si en Dieu il y h une autre procession que la génération du Verbe. . . 69

4'^ Si la procession de l'Amour en Dieu est une génération? 72

50 S'il y a, en Dieu, d'autres processions en plus de ces deux?. 77

QUESTION XXVIII. — Des relations divines.

(Quatre articles.)

10 Si, en Dieu, il y a des relations réelles? 84

20 Si la relation en Dieu est la même chose que .son essence?. «»4

3" Si les relations qui sont en Dieu se distinguent réellement l'une de

l'autre 101

40 Si en Dieu ne se trouvent que quatre relations réelles, savoir : la pater- (

nité, la filiation, la spiration, la procession? 1 1 1 |

QUESTION XXIX. — Des personnes divines.

(Quatre articles.)

lO De la défiDÏtion de la personne 1 20

20 Si la personne est la même chose que l'hyposlase, la subsislence et

l'essence? 128

3" Si le mol personne doit être employé quand il b'agil de Dieu? i3/|

40 Si ce mot, Personne, signitie la relation? i4'

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