‹ Commentaire français littéral de la Somme Théologique de Saint Thomas d'Aquin (volume 4)Chapitre 9 sur 40 · QUESTION XXIX. DES PERSONNES DIVINES · texte numérisé non relu

QUESTION XXIX. DES PERSONNES DIVINES

sing-iilier »; les tléfînitions ne portent que sur riiiiiversel. a Or, la [)ersonne désigne un certain être singulier », nous avons entendu tout à l'Iieure Boèce nous le dii-e. « Donc la personne ne saurait être définie ». — La seconde objection s'oHiiscpif qu'on joigne <tes deux termes, dans la définition dt; la personne : substance prifticn/fêrr ; car, « ou bien le mot substance, dans celte définition, est pris au sens des substances premières, ou bien il est pris au sens des substances secondes. Pris an sens des substances premières, il n'y a plus à ajouter le mol particulière, puisque la substance première est précisément cela : une substance particulière » ou la substance considérée dans l'indi-vidu. « Que si on la prend au sens des substances secondes, il n'est plus permis d'ajouter le mot particulière, sans (jue la proposition devienne fausse, incluant une opposition entre l'attribut et le sujet. On appelle, en effet, substances secondes les g'enres et les espèces » qui se contredisent avec les individus. « Donc la définition précitée n'est pas bonne ». — La troisième objection arguë du mot particulière, qui, s'opposanl au mot universel, semble, comme ce dernier, appartenir à l'ordre purement log-ique, désig"nant ce qu'on appelle des « intentions » de notre esprit, tels que le genre, l'espèce, et le reste. De tels termes, en effet, « des noms d'intentions » log-ique« « ne doivent pas entrer dans la définition des réalités », car les inlenlions logifpies n'existent que dans notre esprit et non pas dans la réalité. « C'est ainsi qu'on donnerait une bien mauvaise définition, si l'on disait que l'homme est une espèce d'animal : Vhoninie, en elîet, est un terme (jui désigne une réalité, et espèce esl ini ternie d'intention » logique. « Puis donc que la personne est un terme de réalité (ce terme, en effet, désigne une certaine substance appartenant à la naluie raisonnable), il est tout à fait mal à propos de mettre dans sa définition le mot particulier qui est un terme d'intention » logique. — La quatrième objection répugne à laisser le mot nature dans la définition de la personne; et cela, parce que « la nature est définie par Aristole, au 2" livre des Physiques (cli. i, n" 2 ; de s. Th., leç. i) le principe du mouvement et du repos en tout être où ils se trouvent de soi et non accidentellement. Or nous trouvons la personne en des êtres qui

n'ont rien de l'être mobile, tels que Dieu et les anges. Il semble donc bien qu'il n'aurait pas fallu admettre le mot nature dans la défi ni lion de la personne, mais phili^l user du mot essence », ce dernier pouvant coinenii' à tout être. — La cinquième objection s'appuie sur ce fait que les « âmes séparées sont des substances particulières d'une nature raisonnable; et cependant elles ne sont pas des personnes. Donc, semble-t-il, la définition de Boèce est une définition imparfaite et qui ne convient pas » à la cho?e même qu'elle avait {Jour mission de définir.

Nous n'avons pas ici d'argunu'nt sed contra; ou, plutôt, l'aryument sed contra n'est autre que l'autorité même de Boèce dont nous avons cité le texte et que les objections essayaient d'infirmer.

Au corps de l'article, saint Thomas nous prévient que « si l'universel et le particulier se retrouvent en tous les genres d'être, cependant d'une façon plus spéciale on trouve le particulier ou l'individuel dans le ii;ciMc substance. C'est qu'en effet, la substance se particularise ou s'indi\idue par elle-même, tandis que les accidents », qui sont les neuf autres genres d'être formant avec la substance ce que nous nommons les dix catégories, « ne s'individuent qu'en raison du sujet qui est la substance : c'est parce qu'elle est subjectée dans ce mur que cette blancheur est cette blancheur. Et voilà pourquoi l'individu du g-enre substance porte un certain nom spécial de pr<''feience à ceux des autres genres; on l'appelle /ti//jost(fsc ou su/j.sfancp picnncrc. — Mais encore d'une manière plus s[)éciale cl plus parfaite, nous trouvons le particulier et l'individuel dans les substances raisonnables qui sont maîti'csses de leurs actes; elles n'agissent pas » par nécessité de iiatur'.> et « comme poussées, ainsi que le font les autres substances; elles agissent d'elles-mêmes » et se poussent, si l'on peul ainsi dire, elles-mêmes à l'action. « Or, l'action, » c'est un adage reçu,, « se trouve dans le particulier », dans le concret. Aussi bien, parmi toutes les autres substances, on appelle d'un nom spécial les individus des substances raisonnables; on les appelle du nom de personnes ». — Retenons bien cette dernière remarque de saint Thomas, dans l'analyse si fine qu'il vient de nous donner de la personnalité. Cela nous

oi'F.STJOii >-'.o\;>;. — DKs i'i:ns(»NNi;s divinks. i^.»

explique la grande pari de vérité conlemie dans \r. procédé »;( dans la théorie des modernes, qui clu-rolienl surtout la raison de notre personnalité ou de notre « moi », dans l'action combinée de l'intelliî'ence et de la volonté où se trouve l'acte même du lihre arbitre. Mais iis se (rompent, (jnand ils veidenl faire consister en celle aclion seulement toute la raison de notre personnalité. La grande cause de leur erreur, c'esl (ju'ils s'obstinent à ne vouloir pas tenir com[)le de tous les éléments qui constituent notre nature. Ils n'en [)nM)nenl qu'une partie, la partie principale sans doute et celle qui caractérise la personne; mais qui n'est pas le tout de la nature humaine et, par suite, ne saurait constituer le tout d nue personne subsistant eu celte nature. — La définition de Boèce est plus ample et meilleure; car, ainsi que le remarque saint Thomas, en concluant son corps d'article, elle répond aux deux qualités et conditions que nous venons de préciser en analysant le concept de la personne. « Elle indique d'abord le concret dans le yenre substance, par ces mots, substance particulière ; et puis le concret des substances rationnelles, par ces mots, d'une nature raisonnable ». Cette définition est donc très bonne et il n'y a pas à la changer.

Vad primum accorde qu'en effet « on ne peut pas définir tel ou tel être particulier ; mais on peut définir ce qui louche à la raison commune de particulier » et d'individu. « C'est ainsi qu'Aristole lui-même (dans ses Catégories, ch. m, n° i) définit la substance première; et de même Boèce a défini la personne », non pas telle personne en particulier, mais la personne en général.

h'ad secundum donne une double réponse : l'une, que saint Thomas cite sans la faire sienne : la seconde, qu'il donne comme préférable. — La première est celle de « certains » auteurs qui <( disaient que dans la définition donnée par Boèce, le mot substance désigne la substance première ou l'hyposlase, et que cependant le mot particulière n'est pas inutile, parce que le mot hypostase ou substance première exclut l'idée d'universel et de partie, et c'est ainsi que ni l'homme en généial, ni la main qui a raison de partie, ne saurait avoir raison d'hypostase; tandis que le mot particulière exclut de la raison de personne le fait

de pouvoir être uni à quelqu'aulre, et c'est ainsi que la nature humaine dans le Christ n'est pas une personne, parce qu'elle se trouve unie à un Etre plus excellent qui est le Verbe de Dieu », ainsi que nous le dirons plus tard. Cette réponse peut avoir du très bon. — Cependant saint Thomas lui en préfère une autre, qui d'ailleurs est beaucoup plus simple et plus immédiatement dans la pensée de Boèce. « Il est mieux de dire, observe saint Thomas^ que le mot substance est pris d'une façon générale et selon qu'il s'applique soit aux premières, soit aux secondes substances; et précisément par le mot particulière qui y est ajouté, sa signification générale est limitée au sens des substances premières » qui sont les individus, par opposition aux substances secondes qui constituent les universaux ou les intentions logiques. Et tel est, à n'en pas douter, le sens qu'a entendu Boèce, comme le prouve le texte même que nous avons cité de lui.

h' ad tertium fait une parité entre les termes d'intentions logiques appliqués à désigner ou à définir des réalités, et les termes d'accidents appliqués à désigner ou à définir les substances. « De ce que les différences substantielles » qui constituent les divers êtres « ne nous sont pas connues ou n'ont pas reçu de nom spécial, il arrive parfois c{ue nous devons user de différences accidentelles en lieu et place des différences substantielles; comme si, par exemple, on définissait le feu : un corps simple, chaud et sec ». Et ce procédé est légitime « parce que les accidents découlent, à litre d'effets propres, des formes substantielles et nous les manifestent ». On remarquera cette sage observation de saint Thomas, qui se garde bien de conclure, comme tant de philosophes modernes, à l'incognoscibilité de la substance, sous le prétexte que nous n'atteignons pas directement cette substance, mais qui, au contraire, revendique et légitime notre droit d'affirmer de la substance tout ce que les accidents, qui en sont l'effet propre, nous en révèlent. — « Pareillement, conclut le saint Docteur, les termes d'iuteu lions » logiques « peuvent servir à définir la réalité, quand on les prend pour suppléer aux noms de réalités qui n'ont pas été assignés. Et c'est ainsi que ce moi particulier est mis dans la définition de la personne pour désigner le mode de subsister qui convient aux substances particulières ».

QUF.STrON XXIX. DES PERSONNRS DIVINKS. I27

].'<iil qudi-liini esl très inlcressunl. En quelques mois, saint Thomas nous y fail l'hislorique des divers sens donnés snccessinuMii au mot nature. « Si nous en croyons Aristote, au 5""' livre des Mfhap/ii/sif/iit's (de S. Th., leç. 5; Did., liv. IV, ch. rv, n" i) le mot nature a été usité d'abord pour désigner la génération des vivants, c'est-à-dire le fait de naître. El parce que cette g^énération procède d'un principe intrinsèque, on a étendu le mot nature à désigner le principe intrinsèque de tout mouvement. C'est en ce sens qu'Aristotc prend le mol nature, quand il définit la nature, au 2'"*' livre des Physiques. Or, ce principe peut être ou la matière ou la forme ; et c'est pourquoi la matière et la forme ont été désignées à leur tour par le mot nature. D'autre part, la forme est ce qui complète l'essence de tout être; aussi bien a-t-on appelé communément l'essence des divers êtres du nom de nature. El c'est en ce sens que nous prenons ici ce mot. Voilà pourquoi Boèce dit dans le même livre {des Deux natures, ch. i), que la nature est la différence spécifique déterminant l'être propre d'un chacun. C'est, en effet, la différence spécifique qui complète la définition, et elle se lire de la forme propre de l'objel. Puis donc qu'il s'agissait de définir la personne qui est » le concret ou (( le singulier » et le particulier « d'un certain genre déterminé, il était plus à propos d'user du mol nature que du mol essence qui se lire de tout ce qu'il y a de plus transcendant et de plus universel : l'être ».

\Jad quintuni observe que « l'âme fait partie » de la nature ou « de V espèce humaine; et, par suite, bien qu'elle soit séparée, comme cependant elle demeure par nature devant être unie » au corps, « elle ne peut pas être appelée substance particulière au sens d'hypostase ou de substance première; pas plus que la main ou toute autre partie de l'homme ». L'âme, même séparée du corps, dit un ordre essentiel au corps qui lui était uni et avec lequel elle formait, à titre de partie, un seul tout. Elle n'est pas une substance individuelle ou totale dans son être particulier; elle n'est que partie de substance. « Et de là vient que ni la définition ni le nom delà personne ne lui sauraient convenir». C'est à l'homme considéré dans sa réalité totale, formée par le corps et Tâme réunis, que convient le nom et la définition de !a personne.

128 SOMME TIIÉOLOGIQLE.

Comprend-on, dès lors, que même les saints dans le cieL ne puissent se désintéresser de leur dépouille mortelle : le corps qu'ils ont laissé est une partie d'eux-mêmes, une partie de leur personne- Par où nous voyons — et nous aurons à y revenir, soit au cours de ce traité, soit plus tard quand il s'agira de l'Incarnation — que le propre de la personne est d'être un tout complet et indépendant, subsistant en une nature raisonnable, ou, pour garder les termes de Boèce dont le sens est exactement celui que nous venons de traduire : une substance particulière de nature raisonnable.

Nous savons ce que signifie le moi personne considéré en hiiméme et d'une façon absolue. — Il nous faut examiner maintenant dans quels rapports il se trouve avec les termes d'hypostase, de subsistence, d'essence. Cette comparaison nous fera mieux saisir encore la nature propre de la personne. Elle va faire l'objet de rarlicle suivant ;

Article II.

Si la personne est la même chose que l'hypostase, la subsistence et l'essence?

Ici encore nous avons cinq objections, dont trois tendent à prouver que tous ces divers termes signifient une seule et même chose. — La première est empruntée à Boèce lui-même dans son livre des Deux natures (ch. m) disant que « les Grecs ont donné le nom d'injpostase à ta substance particulière de la nature raisonnable. Or, c'est cela même que nous appelons du nom de personne. Il s'ensuit que la personne et l'hypostase sont absolument la même chose ». — La seconde objection observe que « si nous mettons trois Personnes en Dieu, nous y mettons également trois subsistences ; et nous ne le pourrions pas si la personne et l'hypostase ne signifiaient pas une même chose. Donc la signification est la même, qu'il s'agisse d'hypostase ou qu'il s'agisse de personne ». — La troisième objection arguë d'une parole de Boèce, dans son commentaire sur les Prédicamcnts (chap. de la substance), disant que a Vousie » (oùj(a) des Grecs « qui est la même chose que Vessence » des Latins, « sig-nifie un coin-

QUESTION X.\J\. — DES PLUSONNES DIVINES, I 2g

posé de inalière et tl«î forme. Or, cela niiMiie <ini csi iiii coniposc de inalière et de f'oiine est un iii(li\ ulii de suhslaiice, el c'e^l ce que nous appelons », quand il s'aijit tic lliomine, « l'Iiypostasc ol la personne. Donc tous ces leinics dont il es( question paraissent hien signifier la même chose » ; ils sont tous synonymes.

Deux objections en sens contraire, et ({ui forment, en effet, un double argument sed co/tlra, veulent pron\er qu'entre le mot personne et les trois autres mots dont il s'ag^il, il n'y a rien de commun. — La première joue sur les mots subsiare (se tenir dessous) et siibsislcre. « Boèce, dans son livre des Deux natures (ch. m), dit que les f/enres et les espèces subsistent seulement ; quant aux individusj ils ne subsistent pas seulement, on dit encore d'eux qu'ils sont dessous (substant). Or, subsistence vient de subsister, comme de substare viennent substance et lujpostase (mot g^rec dont l'étymologie est la même que celle de substance en latin). Puis donc que d'être substances ou hyposiases ne convient pas aux genres et aux espèces », tandis qu'il leur convient d'être subsislences, a il s'ensuit que 1 liypostase ou la personne et la subsistence ne sont pas une même chose ». — La seconde objection en sens contraire est encore une parole de Boèce. Il est dit, au commentaire sur les Prédicaments, que (( Yhyposlase désigne la matière et que Vousiosis (ojîîwg'.ç), c'està-dire la subsistence, désigne la forme. Or, ni la forme ni la matière ne peinent être appelées du nom de personne. Donc la personne est autre chose que l'hyposlase et la subsistence ».

Au corps de l'article^ saint Thomas commence par nous avertir que « d'après Aristote, au V* livre des Métap/ii/siqices (de saint Thomas, leç. lo ; Did., liv. IV, ch. viii, n. 5j, la substance se dit d'une double manière. — En un premier sens, on apj)elle substance la quiddité (ce qui répond à la question quoi, en latin quid) d'une chose, que sig-nilie la définition ; auquel sens nous disons que la définition désigne la substance de la chose. La substance ainsi entendue, était appelée par les Grecs ousia izjzix); et c'est ce que nous appelons nous-mêmes l'essence. — D une autre manière », ou en un autre sens, « on appelle substance le sujet ou le suppôt )), c'est-à-dire l'individu concret, « quisubsis'e

De la Trinité. 9

»3o SO.MMR TlIKOI.OGIOrr..

dans le g-enrc substance ». Or, « cet être concret » ou individuel subsistant dans le yenre substance a été (b'siçné sous diveis noms, (( à le prendre d'une façon générale » et selon qu'on le trou\e dans quelque ti^enre de substance que ce puisse être, qu'il s'agisse du concret ou du particulier dans le çenre de substance inanimée ou de substance animée, de substance sensible, de sul)stance raisonnable. Il « a été désigné par un nom sig-iiifiant Tintenlion » logique ou le concept de particulier s'opposant au concept et à l'intention logique d'universel : « ce premier nom, c'est !e suppôt. » du latin supposiliim (jui est pris ici co-ume synonyme de particulier ou d'individuel. « On l'a désigné aussi par trois autres noms, signifiant » non plus l'intention logique, mais « la réalité » correspondante à cette intention. « Et ces trois noms sont réalité de nature (en latin res naturœ), subsistence et hypostase, selon la triple considération de la substance prise au sens dont nous parlons », c'est-à-dire au sens de particulier ou d'individuel dans le genre substance, et non pas au premier sens qui était le sens d'essence. « Selon, en effet, que cet être particulier existe par soi et non en un autre, on l'appelle subsistence : car nous disons qu'une chose subsiste, quand elle n'existe pas en un autre, mais qu'elle existe en elle-mèriie. Selon qu'il porte en soi une certaine nature déterminée », par exemple la nature de pierre, d'arbre, d'animal, d'homme, dont il est un individu concret, « on l'appelle réalité de nature; c'est ainsi que cet homme est une réalité de la nature humaine », ou, si l'on le veut, la nature humaine réalisée en telle portion de matière. « Selon qu'il est soumis aux accidents » qui sont sur luij qui adhèrent à lui, « on l'appelle hypostase ou substance. — Or, ce que ces trois mots » : réalité de nature, subsistence, hypostase « désignent d'une façon générale et dans toute l'étendue du genre substance, le mot personne le désigne dans le genre » spécial et déterminé « des substances raisonnables ». — Ainsi donc, la personne se distingue de V essence, parce que l'essence ne désigne que la quiddité d'une chose, tandis que la personne désigne un individu particulier où cette quiddité se trouve réalisée; et elle se distingue de la subsistence et de Vhypostase qui pourtant désignent, elles aussi, un individu particulier où la fjuiddité se con-

QliESTlON XM.V. — ni.S l'KUSONM.S DIVINKS. 1 .1 1

("lète, parce que la suhsislcino ol riiyjxislasc <l('>>ii,'-nent loiit iiulividu parliiMilier, à (|ii('l(|iie nature ou suhslance «ju'il appartienne, tandis que la pcisomu' désigne cet individu pailiciilier selon qu'il appartient à la seule nature ou substance raisonnable. — Cette doctrine une fois précisée, il va être facile de répondre aux objections .

L'ad primiim observe que « l'hyposlase, clicz \r<. tirées, à prendre la signification propre de ce mol, signifie tout indiviilu particulier de substance », à quelque geuic de svd)slanre qu'il appartienne; « mais l'usag-e a fait qu'on l'a pris pour désij^ner » plus spécialement « l'individu de la nature^ raisonnable, en raison de son excellence ». On voit donc que le mot hypostase des Grecs est^ de soi, moins restreint que le mot personne des Latins : ce dernier, en effet, dans l'acception philosophique et ihéologique, n'a jamais désigné que l'individu de la nature raisonnable.

Uad seciindum tranche d'un mot une question fort controversée du temps de saint Thomas (cf. in i Sentent., dist. 23, art. 3). On se demandait pourquoi nous disons, au pluriel, trois hypostases, et pourquoi nous ne disons pas trois substances, alors que pourtant substance et hypostase sont une seule et même chose. Saint Thomas répond qu'en effet « de même que nous disons, au pluriel, en Dieu, trois personnes et trois substances, de même les Grecs disent trois hypostases », mot qui est pris ici dans le même sens que notre mot subsistence, bien qu'il semble répondre aussi et même plutôt à notre mot substance. « C'est que, remarque saint Thomas, notre mot substance qui, dans son acception propre, répond au mot hypostase » n(^\\ étant que la traduction, « se prend chez nous dune façon équivoque : tantôt il signifie l'essence, et tantôt il signifie l'hypostase. Et c'est pourquoi, afin d'exclure toute occasion d'erreui-, on a mieux aimé traduire hypostase par subsistence. plutôt que [)ar substance ». Donc, chez nous, le mot subsistence, comme le mot hypostase chez les Grecs, peut se prendre, quand il s'agit de Dieu, à la place du mot personne. Et voilà pourquoi nous disons, indifféremment, qu'il y a en Dieu trois personnes ou trois subsistenceS;, ainsi que le marquait l'objection. — Il ne s'ensuit

l32 SO.M.MK TlIKilLOfiFOIJE.

pourtant pas, comme rohjeclioii semblait vouloir le conclure, qu'il n'y ait aucuuc difFércace entre le sens du mot personne et celui du mot subsislcnce. Il y a la dirtV-rence que nous avons notée au corps de l'article.

Uad tertium est très important comme doctrine philosophique. Saint Thomas nous y rappelle que « l'essence, à proprement parler, est ce que signifie la définition. Or, la définition comprend les principes spécifiques et non pas les principes individuels. Il s'ensuit que dans les êtres composés de matière et de forme, l'essence signifie non pas seulement la matière, ni seulement la forme, mais le composé de l'une et de l'autre en général, selon que les deux sont principes de l'essence ». Et c'est tout ce qu'a voulu dire Boèce dans le passag-e cité par l'objection. Il n'a pas voulu dire que l'essence fût le composé résultant de cette matière et de cette forme prises d'une façon concrète et particulière; ce qui eût été nécessaire pour viser l'individu ou la personne. C'est qu'en effet « ce qui a raison d'hypostase et de personne, c'est le composé comprenant telle matière et telle forme particulières. L'âme, par exemple, et la chair et l'os sont de l'essence de l'homme; mais cette àme et cette chair et cet os sont ce qui constitue cet homme » pris individuellement. « Par où l'on voit que l'hypostase et la personne ajoutent à la raison d'essence les principes individuels; on voit aussi qu'elles ne sont pas une même chose avec lessence, dans les êtres matériels composés de matière et de forme, ainsi qu'il a été dit plus haut (q. 3. art. 3), quand nous avons traité de la simplicité divine ».

Uad qiiartum nous explique en quel sens Boèce a pu dire que « les genres et les espèces subsistent ». Il a voulu dire « qu'il convient aux individus de subsister, parce qu'ils sont compris, en raison de leur genre et de leur espèce, dans le prédicament » ou dans la catégorie « de la substance. Il n'a nullement voulu dire que les espèces elles-mêmes ou les genres subsistent ; à moins q*u'on ne l'entende au sens des Platoniciens qui, eux, affirmaient l'existence séparée des espèces en dehors du particulier. Ouanl au fait d'être en dessous, de substare, il convient aux mêmes individus par rapport aux accidents qui, en effet, ne sont pas compris dans la raison des genres et des espèces ».

QUESTION XXI.V. DKS l'ERS((N.NKS rJIVINES. l33

h'ad quinlum est dèlirieux. Il nous précise les rapports exacts de la matière et de fa ("orme en ce qui est du fait de subsister ou de se tenir de-rsous {suhsistere et suhsUire). Nous avons dit que le subslare ou le fait d'être dessous appelle l'idée d'accidents surajoutés. Or, « tout èîre individuel composé de matière et de forme, doit à sa matière d'être revêlu d'accidents; et c'est pourquoi Boèce a dit dans son traité de la Trinité (ch. ii) que la forme simple ne peut pas être sujet. Mais (ju'il subsiste par soi, il doit cela à sa forme; car la forme u'a(l\ient pas à une chose préalablement existante : c'est elle-même qui donne l'être actuel à la matière, de telle sorte que l'individu puisse subsister. Si donc Boèce a attribué la substance ou l'iiypostase à la matière, et la subsistence ou l'ousiosis (oùcîwaîç) à la forme, c'est que la matière est le principe du substare, tandis que la forme est le principe du subsistere ».

Six termes ont été d'un usage fréquent dans ces questions relatives à l'unité et à la trinité en Dieu. Ce sont les termes d'essence, de substance, de nature, d'hypostase, de subsistence et de personne. Il y a encore le mot suppôt, moins usité dans notre langue, mais très reçu dans la langue philosophique latine et aussi dans la langue grecque. De ces divers termes, il en est deux qui, j)riniilivement et étymologiquement, n'en font qu'un et qui cependant ont- un sens absolument différent dans la langue latine et dans les langues modernes : ce sont les mots substance et hypostase. Il n'y a pour les désigner tous deux qu'un seul mot grec dont le mot hypostase est la reproduction, et qui, en effet, se prend, dans la langue grecque, tantôt au sens de substance ou d'essence et tantôt au sens d'hypostase ou de personne. Et ceci n'a pas peu contribué à la difficulté des controverses soule\ét's au sujet de la Tiinité durant les [(rmiiers siècles. C'est (ju'en effet ces divers lei'mes (|ui, aujourd'hui, scjut très nettement dclimilt's dans l'acception (pi'il on faut faire et ([ue saint Thomas vient de nous prt'ciser si iidniirablenieiit, étaient souvent employés les uns [)()Hr les autres durant les pi'eniiers siècles. D'abord, il est à reinar(juer (jue la plupart d'entre eux sont de création ecclésiastique ou lliéologique. On ne les trouve pas dans l'Ecri-

l'M[ SOMME TUtOLOGIQUE.

tnre. Ils oui »'lé mis en usa^c pour ex[)liquer ou Iraduire en langue j)liiloso|)hiquc les réclilés concrètes dont l'Ecriture avait |);irl('. Nous en trouvous plusieurs déjà dans Oritjèiie; et si leur sens n'est pas absolument déliinilt% si j)arf"ois Orig^ène les coniond et si parfois il les oppose, on voit cependant qu'ils tendent à se préciser. C'est ainsi que les mots essence (o'jc(a) et hypostase (jz;aTa7'.;) sont déjà pris par lui dais le même sens où nous les prenons aujourd'hui (Cf. son Commentaire sur saint Jean., x, 21; Patrologie grecque, xiv, SjG). Pourtant l'imprécision et la confusion de ces divcs termes devait se continuer durant plusieurs siècles; et ce ne sera guère qu'après les grandes controverses suscitées par les erieurs de Neslorius el d'Eutjchèj qu'ils seront fixés irrévocablement, vers le milieu du cinquième siècle, lors du concile de Chalcédoine. Dès lors, les mois nature, essence, substance, deviennent à peu près synonymes et sont réservés à désigner ce qui touche à luniié en Dieu. Au contraire, les mots subsisience, hvpostase, personne et aussi le mot suppôt, se disent au pluriel et vont à désigner cela même qui constitue la Trinité, — Mais n'anticipons pas; et après avoir examiné le sens du mot personne pris d'une façon générale, voyons maintenant si nous pouvons appliquer ce terme à Dieu et ce qu'il signifie en Lui. Ces deux questions vont former l'objet des deux articles suivants. — Et d'abord, pouvons-nous apjdiqucr à Dieu le mol personne ?

Artici-f: 111.

Si le mot personne doit être employé quand il s'agit de Dieu?

Cet arlicle de saint Thomas est ^*:;lrèmement intéressant. Nous y trouvons, an point de vue philolo'^iquc, philosophique, historique, scripluraifc el théologique, des aperrus d»'Iicieux. — Ouatie objtîclions veulent prouver que nous ne pouvons pas, quand il s'agit (le Dieu, user du mol personne. — La première est la reproduction d'une règle siqierbe, formulée par « saint Denys », nous prescrivant, (( au commencement du livre des .Xoms Dunns » (ch. r; des. Th., leç. i), que : « cV une façon générale, il li^ fnnl pas avoir la témérité de dire on de prouver quoi que cessait, an sujet de la supersuhsfnit^ltlfe et occulte Divinité, en

QUESTION XXIX. DllS PKKSO.NNKS DIVINES. l'iv>

dehors de ce que Dieu Lui-même nous a fiiil r.i-primer dans nos .saints Livres. Or, jamais mms ne Iroiivoris exprimé le mol de jirrsonne dans les écrils de l'AiicicMi el du Nouveau Teslament ». (lu moins au sens où nous eu jnulous ici, car ce mot se trouve une seule fois dans sainl Paul (-i'' Epîlre aux Corinthiens, ch. ii, V. lo) et il est pris manifeslement au sens de représenlalion morale : si J'ai donné c/ue/f/zn' chose, dit-il aux florlnlhiens, c'est pour uous, dans ta personne, c'est-à-dire- à la place, du Christ. <i Donc, nous ne devons pas user du mot personne, (piand il s'agit de Dieu ». Cette ohjeclion sera fort oroùiée des tenants, aujourd'hui nombreux el trop souvent exa^çérés, de ce qu'ils appellent la théologie biblique ou scripturaiie, à re.:clusion de toute autre théolog'ie, notamment de la tl)colo;^ie scolaslique. Nous ve.Tons tout à l'heure la réponse de sainl Thomas. — La seconde objection est une très jolie élymologie histo^que du mot personne. Elle est emprinilée à (( Boèce ». Cet auteur « nous dit, dans son livre des Deux Natures (Ch. m), que le nom de personne semble avoir été tiré de ces personnes qui dans les comédies et les tragédies représentaient d'autres hommes; le mot personne, en ejfety vient de per-sonner », c'est-à-dire qui sonne, qui résonne bien, « parce que grâce à la concavité » du mas(jue dont ils avaient couvert leur visiqe, « le son de leur voix se multipliait et devenait plus fort. Les Grecs appellent ces personrws prosopes (rpcGcoTrcv) », c'est-à-dire qui ont quelque chose devant leur visage (nous disons, dans notre langue, masques), « en raison de ce qu'ils mettent sur leur face, et parce qu'ils se voilent ou se cachent les geux et le visage ». Comme on le voit, l'étymologie du mol la lin persona el du mot grec ts-cwt:;-/ est historiquement la même; elle se rattache aux choses du théâtre ci au fait que certai'is individus, à l'aide de masqu<'s, el eu contrefaisant leur voix, jouaient le rôle d'hommes qu'<!n reiulail aiuM présents devant les spectateurs. « Mais » n'est-il pas éviden! • pie « (ont cela ne saurait convenir à Dieu, si ce n'est peul-èlr;' dune façon purement mélaphorique. Donc, si le mot personne est appli»pié à Dieu, ce ne sera que par mode de mélajdioie ». — La troisième objection observe (jue hypostase ou personne reviennent au même, en ce sens du moins que « toute personne

liif) SOMMK THÉOLOGIQUE.

est liyposlase. Or le mol hypostase ne paraît pas pouvoir convenir à Dieu. Boèce, en eîîel (à l'endroit précité), l'explique au sens <1(' ce qui se trouve sous les accidents; or, en Dieu, il n'y a pas d'accidents. Il y a aussi tjue saint Jérôme » (au Pape Damase, lettre i5 ou 47) nous invite à nous en défier, car, dit-il, « ce mot cache du poison sous du miel. Donc il ne faut pas user du mot personne, quand il s'ag^it de Dieu ». — La quatrième objection veut écaiter le mot personne pour celte raison capitale que la chose si.;nifi(''e par ce mol ne saurait convenir à Dieu. « Dès là, en ettet, cpTon enlève la définition, on enlève aussi la chose marquée par celte définition. Or la définition du mot personne que nous avons donnée plus haut (art. i) ne semble pas convenir à Dieu. D'abord, parce que la raison ir.ciul la connaissance discursive, qui ne cotnient pas à Dieu, r.ias" qu'il a été dit plus haut » dans la (|ue?>lion de la science divine (q. i/(, art. 7); « et donc Dieu ne peut pas être dit de nature raisonnable. De môme, Dieu ne peut pas élie dit une substance particulière ou Individuelle : car c'est la matière qui est le principe de i'individuation et en ])i(ni II n'y a pas de inalière; 1! n'est [tas non pins sowmts à des accldenls qui puissent lui mériter le liom de substance. Donc le mol de personne ne saurait convenir à Dieu ».

L'argument sed contra se contente de remarquer qu' « il esl dit dans le symbole de saint Athanase : Autre est la personne du Père, autre celle du Fils, autre celle du Saint-Esprit. » Ce nom de personne, appliqué en Dieu au myslèie de la Tiinité, se trouve déjà dans Tertullien (adversus Praxeani, composé entre2i3-225 environ, ch. vu); et depuis, l'Eglise en a toujours fait usage.

Au corps de l'article, saint Thomas, dès le début, nous marque, en deux mots, tout ce qu'il y a de dignité et de grandeur attaché au mol personne. « Ce mot, nous dit-il, exprime ce qu'il y a de plus parfait dans toute la nature; savoir : ce qui subsiste en une nature raisonnable ». Il esl certain, en effet, que de tous les êtres qui sont dans le monde, rien ne saurait être comparé à 1 excellence et à la dignité de l'être humain; et c'est lui que désigne le mot personne; car, ainsi que nous en avertissiiu LJoèce {rf. art. 1), ce n'est tju'à l'Iiomme, de tous les êtres qui nuus entourent, que nous applriuons ce mut : ni la pierre,

QUESTION XMX. DICS PKHSONNF.S DIVIM.S. ^'^'J

ni l'arbre, ni l'animal n'ont jamais ('le aii[K'ltJs de ce nom ; I "homme seul, en raison de sa nature raisonnalde, a mérité de le, porhM'. « Puis donc, eonclut imuM'iliaicmenl saint Thomas, que tout ce qiii dit perfection se doit atlriWnci' à Dieu, dont l'essence contient en elle tonte perfection, il n'tUait rien de plus à propos (pie d'appli(pier à Dieu ce nom de pe/son/ir. Non pas toutefois, se hàle d'ajouter notre saint Docteur, (|n"il lui convienne » au même litre ou « de la même manière qu'il convient aux créatures. Il lui convient d'une manière plus excellente; et nous devons dire du mot personne ce ([ue nous avons dit des autres noms qui, appliqués d'abord par nous à la créature, sont ensuite transférés à exprimer ce qui est en Dieu, ainsi que nous l'avons maïqué plus haut (q. i3, art. 3), quand il s'est agi des noms divins M. Donc le mot personne convient à Dieu, et la chose qu'il exprime se trouve en Lui, mais d'une manière infiniment supérieure à celle dont on la trouve dans la créature.

L\id pi'inmin fait observer que o si le mot personne ne se trouve point dit de Dieu dans les Ecritures de l'Ancien et du Nouveau Testament, cependant ce que ce mot signifie se trouve en maintes manières affirmé de Dieu dans l'Ecriture-Sainte ; savoir : qu'il est souverainement indépendant dans son être et (|u'II est souverainement intelligent. — Que si, remar^pie très spirituellement saint Thomas, nous ne pouvions, quaiul il s'a^^it de Dieu, employer que les mots qui sont dans l'Ecriture, il s'ensui\ rait que jamais on ne pounait parler de Dieu en une autre langue que celle en laquelle a été fixée primitivement l'Ecriture de TAncien et du Nouveau Testament ». El le soutenir serait uru' extr'avat^ance. Lu \érilt' est (pi'on [)cul parfaitement traduire rE'iiture, et non seulement la traduire, en usant des mots qui, dans une autre langue, correspondent aux mots qui se trouvent dans l'oiiginal, mais aussi en utilisant des mots nouveaux, dont l'équivalenl lillt-ral ou verl>al n'était pas dans le premier texte, mais qui rendent exactement le sens que contenaient les piemiers. Il y a plus, et soit dans la même langue, soit en une autre, il demeuie parfaitement licite, et c»' [letit être même nu [Jt ogres dans la connaissance des mystères divins, d'e.vpliquor par des mots nouveaux correspondant à un dcvc-

l38 SOMME THÉOLOGIQUE.

lop[)ciiieiit d'icléc le sens que nous livraient les premiers tnols. Il n'est point défendu, loin de là, certes ! d'appliquer son intelligence à scruter le sens des mois que Dieu a lait écrire. N'est-ce pas au contraire le suprême liommaye (jue nous puissions rendre à sa Parole? Et dans la mesure où nous y appliquerons noire inielligeuce, dans cette mesure-là nous arriverons, surtout (juand ce Iravail est aidé par de grands saints qui sont en même temps de grands génies, à mieux enlendrc et par suiU; à expli- (juei' en un langage d'apparence toul nouveau le fondis premier de vérités que nous devons à Dieu. T-'est ici qu'inleiviennenl, très légitimement, les mulliples ressources de l'espril humain. Toulelois, il faut bien se garder- de tomber dans l'excès de ceux qui Noudiaienl par là juslilier (ouïes les nouveautés et toutes les hardiesses dans l'explicalioii de l'Ecrilure ou des vérités (pi'elle nous livre. L'esprit humain est sujet à l'erreur. Son acquit scienlilique ou philosophitpie peut être en opposition formelle avec la vérité révélée. El donc, quand il raisonne sur celie vérité, il ne peut pas user- sans discernement de toul système philosophique, ce syslème fut-il d'ailleurs très en honneur et admis par le grand nondjie. Aussi bien y aurail-il une souveraine lémérilé, en menu' temps qu'un manque de respect inexcusable à l'endntil de l'Eglise, de prétendre que l'on a toute liberté d'appliquer n'impdile (picl syslème de philosophie à l'explication de l'Ecriture cl qu'il n'y a pas, à |tropremenl parler, de philosophie chrétienne. C'est ainsi, cl par des prétentions de celle naluie, qu'on en arrive, sous prétexte de progrès, à tout compromettre et à détruire la raison eu même lenqis que la f<»i. Ni timidité, ni témérité. La timidité corrsisterait à ne vouloir user, servilement, <jue des mots conleniis dans l'Écriture et à répudier, sous couleur de théologie biblique, toute explication scientifique nu i>liilnsophique (!es données de la révélation. Mais il y aui'ail lémérili", «l'autre pari, à prétendre fjue toute donnée humairîe, scientifique ou philosophique, est également bonne, et qu'il n'y a, darrs ces dourrc-es, aucun choix à faire^, ni qui puisse èire lait, quand il s'agit d'expliquer- les données positives conleunes dans l-'Ecrilirre. — Et saint Thomas nous fait remaiqucf , à ia hn de cet ad /j/imiim, que c'est précisément cette

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