ÔE CE EX QUOI LA BÉATIK DE DE I.HOMME CONSISTE
Celle question coiiiprenrl huit articles ;
lo Si l;i béatitude consiste «lans les richesses-?
20 Si elle consiste liaus les honneurs?
3o Si dans la renommée ou dans la gloire'.''
I^o Si dans le pouvoir?
'}'> Si dans quelque bien du corps?
t>o Si dans le plaisir?
7« Si dans quelque bien de l'àme?
8» Si dans quelque bien créé?
La simple position de ces articles nous fait entrevoir la grandeur, rimportance et la beauté de la question qui va ètie traitée. L'ordre parfait de leur distribution est déjà, comme toujours (ians les questions de saint Thomas, un jet de lumière. Puisqu'il s'a'^it de déterminer ce en quoi consiste le bonheur ou la béalitude de l'homme, c'est-à-dire le vrai bien seul capable d'empli i tous ses désirs et de le parfaire, nous avons donc à considérer ici les divers biens qui peuvent exister pour l'homme et se présenter à lui. D'abord les biens créés; c'est l'objet des sept premier? articles; puis, et à supposer l'exclusion de ces biens créés, il ne restera plus (juà considère»- le Bifn incréé; ce sera l'objet de l'article 8. Les biens créés ne peuvent être que de deux sortes : les biens extérieurs à l'honmie; ou les biens inférieurs. Les biens extérieurs sont étudiés dans les quatre premiers articles: les biens intérieurs, ou qui se trouvent dans l'homme. hu\ articles 5, (> et 7. Parmi les biens extérieurs, on peut distinguer les cfioses : richesses (art. 1) et les personnes Cart. -2-4).
D'abord, les choses, les richesses.
C'est l'objet de l'article premier.
58 somme théologique.
Article Premier.
Si le bonheur de rhomme consiste dans les richesses?
H s'agit, daria toute la question présente, de l'objet qui peut faire le bonheur de l'homme, c'est-à-dire de ce qui doit pouvoir terminer lactioii de l'homme le constituant bienheureux. Pai' conséquent, ce sont les biens en eux-mêmes qu'il s'agit de considérer, à Teffel de voir s'ils ont en eux une raison ou une quantité de bien suffisante pour terminer cette action de l'homme le constituant bienheureux. Tel est, appliqué aux choses extérieures désignées sous le nom général de richesses, le sens de la question posée dans le présent article. 11 s'agit de savoir si l'homme peut être heureux en les possédant.
Trois objections veulent prouver que « le bonheur de l'homme consiste dans les richesses »; dans la possession des richesses. — La première observe que « le bonheur, étant la fin dernière de l'homme, doit consistei en ce qui exerce le plus grand empire sur le cœur de l'homme » : la fin dernière, en effet, ou le bonheur est ce qui domine le plus sur le cœur de l'homme, tout le reste lui étant ordonné. « Or, ce qui domine le plus sur le cœur de l'homme, ce sont les richesses. Il est dit, en effet, dans le livre de l'Ecclésiaste, ehap. x (v. 19) : Tout obéit à Vuiijent. Donc c'est bien dans les richesses que le bonheur de l'homme consiste ». — La seconde objection se réfère à « Boèce, dans son troisième livre de la Consolation » (prose 11), qui <( définit la béatitude : une état rendu parfait par Casse rnbla(je de tous les biens. Or, c'est dans les richesses, qu'on possède, semble-l-il, toutes choses. Aristote dit, en effet, au cinquième livre de VËIhique (ch. v, n. t4; de S. Th., leç. 9), que la monnaie semble avoir été trouvé dans ce but : pour servira procurer à l'homme tout ce que l'homme peut désirer. Par consécpient, le bonheur consiste dans les richesses ». — La troisième objection dit que '< le, désir du souverain bien, précisément parce qu'il est insatiable, semble avoir queh^ue chose d'infini. Or, c'est surtout dans les richesses que cela se vérifie; car Vavare ne sera jamais ras-