‹ Commentaire français littéral de la Somme Théologique de Saint Thomas d'Aquin (volume 5)Chapitre 19 sur 79 · QUESTION II. EN QUOI LA BEATITUDE DE LHOMME CONSISTE · texte numérisé non relu

QUESTION II. EN QUOI LA BEATITUDE DE LHOMME CONSISTE

(lispensable et le pJus essentiel soit à lui personnellement soit h l'univers dans son ensemble. Si donc on tiendrait pour un criminel, celui qui troublerait gravement l'ordre d'une famille ou d'une cite ou d'un pays, de quel nom faudrait-il appeler, à désigner exactement les choses, l'acte réfléchi de l'homme prétendu vertueux dont nous parlons .►^ Tel est pourtant le cas de tous ceux (jui veulent vivre pour leur compte, d'une morale neutre et indé- {)eiidante. Combien plus grave l'acte de ceux qui érigent cette erreur monstrueuse en doctrine et qui la propagent ou l'appuient selon tous les moyens dont ils disposent! Qu'on essaye de mesurer, à cette lumière, la responsabilité des philosophes, des moialistes, des éducateurs ou des hommes de gouvernement qui, aujourd'hui, dans le monde, se font les promoteurs de ces doctrines. Et nous n'avons parlé que de l'ordre naturel ou rationnel e! intrinsèque à la nature des choses. Que ne faudrait-il pas dire; en se plaçant au point de vue de la fin siiinaturelle des hommes! ].'ad tertiiirn apporte une distinction précieuse, en réponse à la raison que donnait l'objection. « Le bien créé, observe saint Thomas, n'est pas moindre que le bien dont l'homme est capable, à titre de chose intrinsècjue et inhérente; il est moindre cependant que le bien dont l'homme est capable à titre d'objel, qui est l'infini. Le bien, en effet, qui est participé par l'ange, et par l'univers tout entier », et c|Lii pourrait être, à titre d'objel. Je bien suprême de l'homme, en deçà de Dieu, u est un bien liiii et limité ».

A prendre la béatitude pour le bien dont la possession doit faire le bonheur Je l'homme, la raison proclame, de concert avec la foi, que celte béatitude ne consiste pas dans les richesses (tu dans les biens extérieurs, quels qu'ils puissent être selon l'ordre matériel et sensible Elle ne consiste pas non plus dans les honneurs, ni dans la renommée ou la gloire, ni dans le pouvoir. Le corps lui-même de l'homme, avec son être, sa santé, sa beauté, ses perfections, demeure subordonné à l'âme. Et si l'âme doit avoir une part essentielle dans la béatitude de l'homme, ce n'est pas à titre d'objet, mais seulement pour les facultés transcendantes qui sont en elle et qui 'ui permettent de

go SOMME THEOLOGIQUE,

saisir l'unique objet de son bonheur, Dieu. C'est donc à chercher Dieu et à Fatteindre par son intelligence et par sa volonté, que doivent tendre tous les efforts de 1 homme, tous ses actes humains et moraux. C'est là sa hn dernière Mais si îa raison est d'accord avec la foi pour proclamer celte vérité, il est un nouvel aspect de la question du bonheur où la raison ser.i't impuissante à nous déterminer le but de nos efforts. C'est sur le mode dont nous sommes appelés à atteindre et à posséder Dieu pour jouir de Lui. La raison pourra hier, surprendre en nous des aspirations sublimes et confuses portant sur un bonheur d'ailleurs naturellement inaccessible; mais de déterminer si ce bonheur sera le nôtre, la foi seule était à même de le faire. Elle l'a fait. Dieu nous a parlé. Il nous a dit ce qu'îl nous réservait dans son ciel. Le livre de sa BéAolation ne nous parle que de cela. Et son Église n'a pas d'autre fin que de nous garder cette parole et de non-! ^a transmettre dans toute sa pureté.

Plaçons-nous au point culminant de cette révélation, et écoutons le Fils de Dieu nous dire dans son Évangile fsaint Mattliieu, ch: V., V. 3-9). — Heureux les pauvres da.yis l'esprit, parce qu'à eux est le Royaume des cieax. — Heureux les doux, parce qu'ils auront en héritage la Terre des vivants. — Heureux ceux qui pleurent parce qu'ils ser:ml consolés. — Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, parce qu'ils seront rassasiés. — Heureux les miséricordieux, parce qu'eux-mêmes trouveront miséricorde . — Heureux les purs de cœur, parce qu'ils verront Dieu. — Heureux les pacifiques, parce qu'ils seront appelés enfants de Dieu.

Tel est donc le bonheur qui nous est promis. La possession du Royaume des cieux ou de la Terre des vivants, séjour de toute consolation el de toute plénitude, dans la paix de Dieu, jouissant (le sa vue et comptant au nombre de ses enfants. Ce bonheur, comment le bien entendre? En quoi consiste-t-il exactement ^ (}nelles sont les propriétés qui lui conviennent? C'est ce que nous devons maintenant examiner. Et tel est l'objet des deux (jueslions qui vont suivre.

Diihord, do l;i niihiic même de ce bonheur, ou de ce qui le (nn-^liluc essenliellement.

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