‹ Commentaire français littéral de la Somme Théologique de Saint Thomas d'Aquin (volume 5)Chapitre 20 sur 79 · QU'EST-CE QUE LA BÉATITUDE · texte numérisé non relu

QU'EST-CE QUE LA BÉATITUDE

Cette question comprend huit articles :

i'> Si la béatitude est quelque chose d'incréé?

20 A supposer qu'elle soit quelque chose de créé, est-elle une opération?

3" Est-oUe une opération de la partie sensitive ou seulement de la parlie intellective ?

4" Etant donné qu'elle soit une opération de la partie intelleclive, est-elle une opération de l'intelligence ou de la volonté?

r>** A supposer quelle soit une opération de l'intelligence, est-elle une opération de l'intelligence spéculative ou de l'intelligence pratique V

0" Que si elïe est une opération de rintelligeuce spéculative, consislet-eîle dans la spéculation des sciences spéculatives?

7'> Consiste-t-elle dans la spéculation des substances séparées ou des anges?

8o Cotasiste-t-elle dans la seule spéculation de Dieu vu par son essence?

De ces huit articles, le premier traite, en quelque sorte, de la question préalable : est-il requis, pour constituer essentiellement la béatitude, quelque chose du côté de l'homme? A supposer que quelque chose soit requis, les sept autres articles examinent ce que cela peut être : d'abord, si ce quelque chose est d'ordre stali- (jue, ou d'ordre dynamique; plus exactement, si c'est un acte premier ou un acte second (art. 2). — A supposer qu'il s'agisse d'un acte second, les six autres articles en recherchent la (Tature : d'abord, à quelle puissance ou à quelle faculté se ratty;che cet acte (art. 3-5); ensuite, quel est cet acte pris en luimême (art. 6-8).

r> abord, s'il est requis pour constituer essentiellement la béalilude, quelque chose, distinct de Dieu, et qui soil dans la créature.

C'est l'objet de l'article premier.

^2 somme theologique.

Article premier.

Si la béatitude est quelque chose d'incréé ?

Trois objeclioiis veulent prouver que « la béatitude est quel- (jue chose d'incréé ». — La première aryuë d'un moi de « Boece, au troisième livre de la Consolation » (prose x), qui (f dit qu il est nécessaire de dire que Dieu est la béatitude elle-même ». — La seronde objection rappelle que « la béatilude est le souverain bien. Or, c'est à Dieu qu'il convient d'être le souverain Bien. Puis donc qu'il ne saurait y avoir plusieurs souverains biens, il s'ensuit que la béatitude est une même chose avec Dieu ». — La troisième objection rappelle aussi que <■ la béatitude est la fin dernière à laquelle la volonté humaine tend par sa nature. Or, il n'est rien à quoi la volonté humaine puisse tendre comme à sa fin, si ce n'est Dieu, unique terme de tout désir, comme le dit saint Augustin (de la Doctrine chrétienne, liv. 1, ch. v, xxii). Donc la béatitude est la mê.uie chose que Dieu )>.'

L'argument sert contra se contente de faire observer que « rien de ce (jui est fait n'est incréé. Or, ja béatitude de l'homme est quelque chose de fait, puisque, d'après saint Augustin, au pre mier livre de la Doctrine chrétienne (ch. m), nos désirs doivent se reposer en ce qui nous fait heureux. Donc la béatitude n'est pas quelque chose d'incréé ».

Au corps de l'article, saint Thomas s'appuie, pour solutionner la question posée ici, sur la distinction formulée à 1 article 7 de la question précédente. « Ainsi qu'il a été dit, rappelle-t-il, la fin se dit d'une double manière. D'abord, pour la chose elle-même que nous désiions obtenir; c'est ainsi que l'argent est la fin de l'avare. Ensuite, pour l'acquisition, ou la possession, ou l'usage et la fruition de la chose qui est ainsi désirée : auquel titre on dira que la possession de l'nrgent est la fin de Tavare- et la jouissance de la chose qui c^use son plaisir, la tin de lintempéi.int. — A pienflre la lin dans le premier sens, la fin dernièie de l'homme est le bien incréé, c'est-à-dire Dieu, qui, seul, par son infinie bonté, peut emplir totalement la volonté de l'humme. —

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