QUESTION III. OUEST-CE QUE LA BÉATITUDE
fesle que l'opération est l'acte ultime de l'être qui agit » : elle est, comme nous disons en philosophie, son acte second, tandis que le fait ou l'acte d'être n'est que l'acte premier. « Aussi bien est-elle appelée par Aristote, au second livre de VAnie (ch. i, n. 5; de S. Th., leç. i), du nom d'acte second; car l'être qui a la forme » par laquelle il est constitué dans le fait ou l'acte d'être, « peut être en puissance par rapport au fait ou à l'acte d'agir; c'est ainsi que le savant, déjà en possession de sa science, peut cependant ne pas faire actuellement usage de cette science et acte de savant ». Donc l'opération est bien vraiment l'acte ou la perfection ultime de l'être qui agit. <( C'est, du reste, pour cela, que même « en dehors de l'homme destiné à la béatitude et « parmi tous les autres êtres, chaque chose est dite être pour son opération, comme il est marqué au second livre du Ciel et du Monde (ch. III, n. i; de 3. Th., leç L^). — Par conséquent, il est nécessaire que la béatitude de l'homme soit une opération ».
Cette conclusion si ferme et si nette de saint Thomas est implicitement de foi comme la conclusion de l'article précédent. Elle résulte des mêmes textes que nous avons déjà cités. Aussi bien ne peut-elle pas être niée, d'une façon absolue; et elle est même, en un sens, admise par tous les théologiens catholiques. Toutefois, d'aucuns se sont demandé si, en même temps que l'opération, ne devait pas êt're assigné, comme faisant partie de la béatitude formelle, quelque autre élément préalable qui serait encore plus essentiel à la raison de béatitude que ne l'est l'opération elle-même. C'est ainsi que Henri de Gand, dans son Quodlibet i3, q. 12, et, avant lui, Hugues de Saint-Victor, sur le ch. vu de la Hiérarchie céleste, veulent que la béatitude consiste surtout et d'abord dans une certaine union de Dieu à l'essence de notre âme. Saint Bonaventure, de son côté, dit qu'antérieurement à l'opération, et d'une manière encore plus essentielle, fait partie de la béatitude, la qualité habituelle d'oii émane celte opération. Cf. commentaire sur les Sentences, dist. 49 q i. rép .5. — Le sentiment de Henri de Gand et de Hugues de Saint- Victor ne peut vraiment pas se soutenir, comme le remarque très justement Bernard de Gannat [cf. Capréolus, édition Paban- Pègues, tom. vu, p. i43]. Car l'union de Dieu à l'essence de notre