‹ Commentaire français littéral de la Somme Théologique de Saint Thomas d'Aquin (volume 5)Chapitre 32 sur 79 · VI. - La BèaiUaiU · texte numérisé non relu

VI. - La BèaiUaiU

I()'| SOMMK tllKOLOGIOUE.

L'homirue ne peut recevoir s:i béatitude, en ce qui est des derniers principes qui la consliluont, savoir la lumière de gloire et l'union de l'essence divine à l'intelligence élevée par cette lumière, que île Dieu seul. — Mais Dieu la donncra-t-il à riiomme sans que l'homme ait besoin de rien faire lui-même pour s'y préparer? Telle est la nouvelle question que se pose maintenant saint Thomas, et qui conditionne toute la suite de nos recherches dans cette partie morale de la science sacrée. Si, en effet, Dieu devait donner la béatitude à l'homme, sans que celui-ci ait rien à faire en vue de cette béatitude, nous pourrions arrêter là notre étude de la science morale surnaturelle, ou plutôt celte science morale n'existerait même pas. Si, au contraire, l'homme doit agir, de son côté, pour être à même de recevoir la béatitude que Dieu lui destine, nous aurons à étudier quelle doit être son action: et ce sera toute la suite de notre traité. On voit, pai là même, toute l'importance de l'article (|ui suit.

Arttct.f: Vil.

Si certaines œuvres bonnes sont requises pour que l'homme reçoive de Dieu la béatitude?

Trois objections veulent prouver qu « il n'est pas requis de bonnes œuvres, du côté de l'homme, pour qu'il reçoive de Dieu la béatitude ». — La première dit que « Dieu étant im agent d'une vertu infinie, Il n'a pas besoin de présupposer dans son action une matière donnée ou une disposition de cette matière; Il peut produire le tout, simultanément, au moment même uij II agit. Or, les œuvres de l'homme, qui ne sont pas requises à titre de cause efficiente pour la béatitude, ainsi qu'il a été dit (article précédent), ne peuvent être requises qu'à titre de dispositions. Donc. Dieu, qui ne requiert pas d'avance des dispositions lui permettant d'agir, confère la béatitude sans que des œuvres l'aient précédée ». — La seconde objection fait une parité entre Dieu auteur de la nature et Dieu auteur de la béatitude. <- Si Dieu est l'auteur de la béatitude d'une façon immédiate, c'est Lui qui a aussi imniédintement institué la

OUESTION V. DE l/vCOlISiriOX DE LA UÉaTITI DE. U)'i

iialuiv. Or, dans la preiiiièic coiislilution de la jialuic, Il u produit les créatures sans aucune disposition préalable et sans que l'action de la créature fut intervenue; c'est tout de suite qu'il a produit chaque être » initial « parfait dans son espèce [cf. I p., q. 65-74]. Donc il semble qu'il confère la béatitude aux hommes sans qu'aucune œuvre de leur part ait précédé ». — La troisième objection cite le mot de (( l'Apôtre .., (|ui " dit, dans l'épilre aux Romains, ch. iv (v. 6), que la béatilude de Vhomine est quand Dieu lui confère la justice indépendamment des œuvres. Il n'est donc pas requis de bonnes œuvres, de la part de l'homme, pour recevoir la béatitude ».

L'argfument sed contra apporte un texte de l'Évangile de saint Jean, ch. xih (v. 17), où « il est dit : Heureux serez-vous, si, sachant ces choses, vous les faites. Donc c'est par l'action qu'on arrive à la béatitude ».

Au corps de l'article, saint Thomas commence par rappeler que « la rectitude de la volonté, ainsi qu'il a été dit plus haut (q. 4, art. 4), est requise pour la béatitude; parce qu'elle n'est pas autre chose que l'ordre nécessaire de la volonté à la fin dernière; et elle est requise pour l'obtention de cette fin dernière, comme la disposition voulue de la matière est requise pour la réception de la forme ... Ceci demeure établi en vertu de rarlide que nous venons de citer. « Mais il n'est pas démontré, par le fait même, que quelque opération de l'homme doive précéder sa béatitude. Dieu pourrait, en effet, réaliser simuUanément une volonté tendant à sa fin dun mouvement droit et cette fin elle-même; c'est ainsi que parfois II prépare simultanément la matière et lui confère sa forme ». Il aurait donc pu, s'il l'avait voulu, en agir ainsi pour l'homme; et dans ce cas, l'homme eût été fait heureux, sans qu'aucune bonne œuvre préalabl(î eût été exigée de sa part pour se rendre digne de cette béatitude. La chose était possible, absolument parlant, et à ne considérer que la toute-puissance de Dieu, h Mais l'ordiv de la divine Sagesse exigeait qu'il n'en t'ùl pas ainsi. Selon qu'il est dit, en effet, au second livre du Ciel et du Monde (ch. xii. n. 3; de saint Th., leç. iS), parmi les êtres qui sont aptes à avoir le bien parfait, il en est qui font sans auriDi mouvement,

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d'autres par un seul mouvement, d'autres par plusieurs. Avoir le bien parfait sans aucun mouvement, est Je propre de l'être qui l'a par nature. Puis donc que d'avoir naturellement la béatitude est le propre de Dieu seul, il s'ensuit que c'est le propre de Dieu de no pas se mouvoir à la béatitude par quoique acte qui ait précédé. Au contraire, la béatitude excédant toute nature créée, il n'est aucune pure créature qui puisse convenablement recevoir la béatitude, sans qu'intervienne le mouvement de l'opération qui la fait tendre à cette béatitude. Seulement, l'ange, qui est supérieur, dans l'ordre de nature, à l'homme, a obtenu cette béatitude, la divine Sagesse l'ordonnant ainsi, par un seul mouvement dacto méritoire, ainsi que nous l'avons exposé dans la Première Partie (q. 62, art. 5); tandis que l'homme l'obtient par de nombreux mouvements d'opérations qui portent le nom de mérites. Aussi bien, pour Aristote lui-même (Éthique, liv. I, ch. ix, n. 3; de saint Th., leç. i4), la béatitude est la récompense des actes vertueux »; et cependant, Aristote ne parlait que de la béatitude dans l'ordre naturel; combien plus faut-il qu'il en soit ainsi pour la béatitude d'ordre surnaturel!

Uad primum fait observer que « l'acte de l'homme n'est pas préexigé à l'obtention de la béatitude, pour suppléer à ce qui serait une insuffisance du côté de la vertu divine qui confère cette béatitude, mais pour que l'ordre soit gardé dans les choses ».

L'ad secundum .dît que a Dieu produisit tout de suite, à l'état parfait, les premières créatinos, sans aucune disposition ou opération préalable du côté de la créature, parce qu'il pjodnisit l(;s premiers individus des diverses espèces afin que par eux la nature se propageât à tous ceux qui devaient en sortir » [Notons, au passage, cette nouvelle déclaration de saint Thomas, qui nous porte si loin de la théorie de ré>olution, au sens du transformisme, comme nous l'avions déjà tant de fois remarqué à propos des diverses quostions qui s'y rapportent dans la Première Partie]. ( Et, de même, parce que c'est par le Christ, qui est Dieu et homme, que la béatitudo devait dériver aux antres, selon cotto parolo de r\pôt»^e, nu.r Hébreux, ch. 11 (v. 10) : Lui

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