‹ Commentaire français littéral de la Somme Théologique de Saint Thomas d'Aquin (volume 5)Chapitre 35 sur 79 · QUESTION VI. DU VOLONTAIRE ET DE L INVOLONTAIRE · texte numérisé non relu

QUESTION VI. DU VOLONTAIRE ET DE L INVOLONTAIRE

quand il s'agira de déterminer si l'appétit sensible peut être sujet du péché [q. 7^, art. 3]. — Saint Thomas fait, observer, après avoir donné ces explications, que si l'appétit ou le principe intrinsèque du mouvement propre à l'animal est ainsi mû du dehors, « cela ne nuit pas à la raison de volontaire, comme nous l'avons déjà dit (ad i""*) : ces sortes de motions, en effet, venues d'un principe extérieur, sont d'un autre genre » : Ci ne sont pas des motions du même genre que les motions éhianant de l'appétit sensitif. Les agents extérieurs qui agissent sur lappétit sensitif, selon le double mode que nous venons de dire, n'agissent pas sur lui comme lui agit ensuite, mou^ant l'animal à se porter vers l'objet qui spécifie et termine son mouvement; il y a là des espèces de mouvements ou d'actions tolalement différentes.

Lad iertiam est encore plus à noter. Nous y voyons, dès notre premier contact avec la notion du volontaire, combien saint Thomas est loin de chercher à soustraire l'acte humain à la motion de Dieu, pour sauvegarder, dans cet acte, celte raison même de volontaire. <( Dieu, dit-il, meut l'homme à agir, non pas seulement comme proposant aux sens de ce dernier tel objet apte à mouvoir sa faculté appélitive, ni même connue agissant sur son corps et le modifiant n, ainsi que ikju? lavons marqué pour la motion de l'appétit sensible dans l'animal, à iod secundum, « mais encore comme mouvant la volonté ellemême; car tout mouvement, soit quil émane de la volonté, soit qu'il émane de la nature, procède de Die« comme du prcniiei moteur [cf. i p., q. io5, art. 5]. Et de même qui! n e?l pas contre la raison de 'a natuie, que le mouvement de la nature soit de Dieu comme du premier moteur, en tant que la nature est une sorte d'instrument entre les mains de Dieu qui la meut, pareillement U nest pas contre la rcdson de l'acte volontaire, quil rienne de Dieu en tant que la volonté est mue par Dieu. Toutefois, il est commun à la raison d'acte naluiel et à la raison d'acte volontaire, qu'ils émanent d'un principe intrinsèque ».

Considéré en ce qu'on pourrait appeler sa raison générique.

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le volontaire, qui se dit toujours par rapport à l'acte ou au mouvement, implique, du cùté de cet acte, qu'il procède d'un principe intrinsèque au sujet qui agit, et qu'il en procède comme d'un principe dirigé dans son action par une connaissance qui est dons le sujet. L'acte volontaire est celui qui émane intrinsèquement d'un sujet doué de connaissance. A ce titre, les actes propres à l'homme sont manifestement des actes volontaires. — Mais ny a-S-il (jue les actes propres à l'homme à être ainsi volontaires, ou bien faut-il dire que le volontaire se trouAC même dans les animaux sans raison."^ Telle est la nouvelle question que nous devons maintenant examiner et qui nou* permettra de préciser encore la notion du volontaire, ajoutant au caractère générique déterminé déjà, ce qu'on pourrait appeler son caractère spécifique, ou tout au moins une note qui le fera passer de la condition de volontaire imparfait à la condition de volontaire particulièrement excellent et parfait. C'est l'objet de l'article suivant.

Article 11.

Si le volontaire se trouve dans les animaux sans raison?

Trois objections veulent prouver que « le volontaire ne se trouve pas dans les animaux sans raison >•>. — La première obser\e que <■< le volontaire tire son nom de la volonté. Or. la volonté étant dans la raison, comme il est dit au troisième li\ie de VAme (ch. ix, n. o; de S. Th., leç. ih), il ne se peut pas qu'elle soit dans les animaux sans raison. Donc le volontaire n'est pas en eux ». — La seconde objection arguë du caractère de liberté ')iii paraît se trouver dans le volontaire. « Selon que les actes hmains sont volontaires, l'homme est dit maître de ses actes. Or, les animaux sans raison ne sont pas maîtres de leurs actes : Us n'actionnent /<a.s, en effet, mais ils sont plutôt actionnés, comme le dit saint Jean Damascène (de la Foi Orthodoxe, liv. lî, ch. xxvn). Donc il n'y a pas de volontaire dans les animaux sans raison ». — La troisième objection insiste dans le même >«<ri<. Llle s'appuie ertcfire «nr un mot de <( saint Jean Damas-

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cène ', qui « dit (au même livre, ch. xxiv) que les actes volontaires sont suivis de louange et de blâme. Or, les actes des animaux sans raison ne comportent ni louange ni blâme. Donc il n'y a pas en eux de volontaire ».

L'argument sed contra en appelle à « Aristote », qui <( dit, au troisième livre de riE'MfyMe(ch. ir, n. 2; de S. Th., lec. 3), que tes enfants et les animaux sans raison ont de commun le volontaire ». « Et » l'argument observe que « saint Jean Damascènc et saint Grégoire de Nysse disent la même chose ».

Au corps de l'article, saint Thomas commence par nous rappeler que '< selon qu'il a été dit (à l'article premier), la raison de volontaire requiert que le principe de l'acte soit intérieur avec une certaine connaissance de la lin. Or, il y a une double connaissance de la fin : l'une, parfaite; et l'autre, imparfaite. — La connaissance parfaite de la fin existe, quand non seulement on perçoit la chose qui est la fin, mais que Ion connaît aussi ia raison de fin et la proportion qu'a, à la fin, ce qui lui est ordonné. Une telle connaissance de la fin ne se trouve que dans la seule nature raisonnable. — La connaissance imparfaite de la fin est celle qui consiste dans le seule perception de li! fin, sans que soit connue la raison de fin et la proportion de l'acte à la fin de cet acte. Cette connaissance de la fin se trouve dans les animaux sans raison, par les sons et rinsliiict naturel ».

Puis donc qu'il est essentiel au volontaire de procéder duii principe intrinsèque avec connaissance de la fin, il s'ensuit que selon le divers mode de connaissance de la fin, nous aurons un divers mode de volontaire. Nous dirons donc que « la parftiile connaissance de la fin entraîne le volontaire sous sa raison parfaite : en tant que la fin étant perçue, ([uelqu'un peut, sur délihéiation de la fin et de ce qui est ordonné à cette fin, se mouvoir vers cette fin ou ne pas s'y mouvoir ». Ici, on le voit, le volontaire se confond avec le libre; et c'est bien dans ce sens que le mot se prend le f)lus souvent, dans son acception la plus formelle, quand on l'applique aux choses de la morale. Miiis puisqu'il est, nous l'avons dit, un autre mode de connaissance, par rapport à la fin, nous devons ajonli r ipie « la con-

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naissance imparfaite de la iin aura, comme conséquence, le volontaire sous sa raison imparfaite : en tant que le sujet qui perçoit la fin ne délibère pas mais sa porte d'un mouvement subit » et spontané : il voit un bien et il s'y porte, sans que son mouvement soit commandé par la vue du rapport qui existe entre ce quil voit et la raison de bien. C'est le mouvement instinctif et nécessaire. Dans ce second cas, le volontaire s'oppose, non pas au nécessaire, mais seulement au violent; dans le premier cas, il s'oppose au violent et au nécessaire.

Il est aisé de conclure, après cela, que « le volontaire, sous sa raison parfaite, convient à la seule nature raisonnable: mais, sous sa raison imparfaite, il convient aussi aux animaux sans raison ».

J.'ad primum établit une dislinclion entre la volonté et le volontaire, a La volonté désigne l'appétit rationnel; et voilà pourquoi elle ne peut [)as se trouver dans les êtres qui n'ont pas la raison. Mais le Aolontaire se dit par mode de dénomination par rapport à la volonté : il pourra donc être appliqué aux choses dans lesquelles se trouve une participation de la volonté, en raison d'une certaine convenance avec la volonté. C'est de cette manière que le volontaire est attribué aux animaux sans raison : en tant que par une certaine connaissance ils se meuvent à la fin ».

L'ad seranchwi (observe que « si l'homme est maître de son acl»'. c'est parce qu'il peut délibérer au sujet de ses actes : la r-tison, en effet, quand elle délibère, suppose le pour et le contre, et c'est pourquoi la volonté peut se porter soit à l'un, soit à l'autre; mais à ce titre le volontaire n'est pas dans les animaux sans raison ainsi qu'il a été dit « (au corps de l'article).

].'(i(l fer fi II m répond en s'appuyant sur la même distinction cnhf If \olonlaiie parfait et le volontaire imparfait. <( I.h loujiiige et le hlàme suivent l'acte volontaire selon sa raison parfaite de volontaire; et sous cette raison, le volontaire n'est pas dans les animaux ».

Lorsque, dans l'article que nous venons de lire, saint Thomas nous a défini le volontaire parfait, le distinguant du volontaire imparfait, il n'a voulu parler que du volontaire selon

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