QUESTION VI. DU VOLONTAIRE ET DE L INVOLONTAIRI
qu'il porte sur les moyens qui tendent à la fin et qui n'ont point, pour le sujet qui agit, une connexion nécessaire avec cette fin. Il n'a pas entendu exclure que l'acte de la volonté portant sur la raison de bien parfait, qui est la fin derniirc au sens formel de ce mot, ou, plus encore, sur Dieu vu face à face, qui est la fin dernière au sens déterminé et concret, ne soit un acte qui ait excellemment la raison de volontaire, à prendre le volontaire selon qu'il implique l'émanation d'un princiy[je intrinsèque avec conaissance parfaite du bien sous sa raison de bien. Mais ce n'est pas de ce volontaire que saint Thomas parlait ici. Son intention était simplement de montrer que, par rapport à l'acte spontané de l'animal qui suit une connaissance bornée, l'acte propre à l'homme, qui suit une connaissance plufi vaste que l'objet particulier sur lequel porte cet acte (d'oii il résulte que cet acte n'est pas nécessaire, mais demeure au pouvoir de l'homme s'y déterminant à son gré); méritait seul le nom de volontaire au sens parfait du mol. Le volontaire, au sens de libre, sera donc appelé seul volontaire parfait, par opposition au volontaire imparfait qui est dans l'animal; mais non par opposition au volontaire qui peut exister dans la volonté proprement dite en contact avec la raison de bien parfait ou avec le Bien subsistant tel que le possèdent les bienheureux dans le ciel. — Toutefois, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, quand nous parlerons du volontaire, à propos des actes humains, c'est surtout du volontaire au sens de libre ([ue nous en parlerons.
Le volontaire se dit essentiellement par rapport à un principe intrinsèque d'action qui agit de lui-même, se portant vers un bien qu'il connaît, ou s'en éloignant. S'il s'agit d'un bien particulier et que la connaissance du sujet soit limitée à ce bien-là, on n'aura qu'un volontaire imparfait. Que si la connaissance du sujet porte sur la raison même de bien, on aura le volontaire parfait, qui revêtira le caractère de libre, toutes les fois que sous cette raison de. bien il portera s«r im bien particulier sans connexion nécessaire .ivec îa raison de hUn. — Un dernier point nous reste ù e.\:iminer pour bien saisir la
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nature du volontaire; et c'est de savoir si le volontaire peut exister ?ans qu'il y ait aucun acte de la part du sujet auquel on l'attribue.
Nous allons examiner ce point de doctrine à l'article suivant. 11 mérite toute notre attention : car c'est la grande question 6u volontaire indirect.
Article III.
Si le volontaire peut exister sans qu'il y ait aucun acte?
T)ois objections veulent prouver que « le volontaire ne peut pas exister sans acte )>. — La première arguë de ce qu" « on appelle \olontaire ce qui émane de la Aulonlé. Or, rien ne peut venir de la volonté, s'il n'y a pas quelque acte, à tout le moins lacle de la volonté. Donc le volontaire ne peut pas exister sans quelque acte ». — La seconde objection, qu'il faut particulièrement noter, dit que <( si en raison de l'acte de la volonté on dit de quelqu'un qu'il veut, pareillement, lorsque cesse l'acte de la volonté, on dit qu'il ne veut pas. Or, ne pas vouloir cause linvolontaire qui s'oppose au volontaire. Donc le volontaire ne peut pas être, quand cesse l'acte de la volonté ». — La troisième objection rappelle que « la connaissance est essentielle au volontaire, ainsi qu'il a été dit (art. i et 2). Or, la connaissance n'est pas s'il n'y a pas quelque acte. Donc le volontaire ne peut pas être s'il n'y a pas quelque acte ».
L' argument sed contra en appelle à la notion du volontaire même parfait : « On appelle volontaire ce dont nous sommes les maîtres. Or, nous sommes les maîtres de ce qui est agir ou n'agir pas, vouloir ou ne vouloir pas. Donc, si agir et vouloir sont volontaires, ne pas agir et ne pas vouloir le seront aussi ».
Au corps de l'article, saint Thomas part de la déliiiitioii nominale du volontaire. (( On appelle volontaire, dit-il, ce qui vient de la volonté. Or, une chose peut venir dune autre à un double titre : directement, quand elle procède de cette autre selon que cette autre agit : c'est ainsi que la caléfaction vient de la chaleur; et indirectement, quand elle en procède selon que cette