VI. —La Béatitude
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cùlé de La fin, c'est-à-dire la circonstance pourquoi; puis viendra la circonstance (jui atteint la substance même de l'acte, cest-à-dire ce que (ait celui qui agit. Quant aux autres circonstances, elles seront plus ou moins importantes, selon quelles approchent plus ou moins des deux premières ».
Vad primuin explique le mot d'Aristote que l'objection entendait mal. <( Quand Aristole parle de ce en quoi est Topération, il ne veut pas parler du temps et du lieu, mais de ce qui qui affecte l'acte lui-même », soit du côté de l'objet, soit du côté de leffet. " Aussi bien, saint Grégoire de Nysse (Xémésius), comme pour expliquer le mot d'Aristote, au lieu de dire ce en quoi est lacté, dit ce qui se fait ». Par cette dernière circonstance nous pouvons entendre soit la circonstance de l'objet, soit la circonstance de l'effet.
L'ad secuîidum fait remarquer que « la fin, si elle ne fait pas partie de la substance de l'acte » (il s'agit toujours de la lin surajoutée, et non pas de la fin qui spécifie lacté immédialfment), « est cependant la cause la plus importante de l'acte, en tant qu'elle meut le sujet à agir. Et de là vient que lacté moral tire son espèce », l'espèce nouvelle qui se surajoute parfois à l'espèce première, surtout <.<■ de la fin ». Parmi toutes les circonstances, c'est surtout la fin qui est apte à modifier l'espèce morale de l'acte humain comme nous le verrons dans la question i8, oij nous traiterons de la spécification morale de l'acte humain, (spécification morale qu'il faut bien se garder de confondre avec la spécification tout court dont il a été question à l'article 3 de la question i, ainsi que nous l'avons fait remarquer 5 l'occasion de cet article). Une application très importante de cette doctrine se retrouvera dans la question de la spécification des péchés (q. 73, art. 7).
L'ad tertium dit que « la personne qui agit est cause de l'acto en tant qu'elle est mue par la fin; et à ce litre, elle dit un rapport très important à l'acte », comme la fin elle-même, avec laquelle en quelque sorte l'agent informé par cette fin ne fait <|u'un. « Quant aux autres conditions de la peisonne. elles ne (lisent pas à l'acte un rapport de même importance. — Le mode aussi dont il s'agit n'est pas la forme substantielle de l'acte »,
QUESTION VII. DES CIRCONSTANCES DES Ai.TK> lil M VINS. 2.J()
comme le voulait lobjectioa, u car ceci est le propre d»l'objet ou du terme et de la fin, mais une sorte de (jualité accidentelle v, ainsi qu'il a été explic^ué à l'article '6 de celle question.
Des sept ou huit circonstances de l'acte humain, la pluimportante est celle de la fin; car toujours elle apporte avec elle une espèce nou\elle à l'acte. — La circonstance de l'effet, quand elle est connue et voulue, donne, elle aussi, une nouvelle espèce à l'acte : telle, par exemple, une femme tet lexeinple est de Cajétan;, qui, se rendant à l'église pour entendre la messe, prévoit qu'elle y sera remar(piéc et convoitée. .1 (|ui accepte, le voulant bien, qu'il en soit ainsi; cette femme, bien qu'elli' n'aille pas à l'église pour cela, et que ce ne soit pas la fin de l'acte de présence qui doit être le sien, encouil cependant la responsabilité de l'effet qui accompagne cet acte de présence, et le mal spécial, (|ui est celui de cet effet, affecte son acte. — - La circonstance tirée de l'objet ou de ce sur quoi porte l'acte, en tant qu'elle se distingue de la précédente, ne semble pas. par elle-même, devoir apporter une espèce nouvelle à l'acte: de même, pour la rircuiislancf du mode; bien «{ue cepeiidiuit elles puissent toutes deux aggraver cet acte notablement, ou le diminuer au point de le rendre véniel quand il est mortel de sa nature, comme nous le verrons plus tard 'q. 78, art. 7) : ainsi, pour le vol, qui est mortel de sa nature, ia circonstance du peu dans la quantité de la chose volée pourra rendre l'acte seulement véniel. — La circonstance de la personne n'ajoute une espèce nouvelle à l'acte que si l'acte s'oppose directcuiv,. t à un vœu ou h l'état de cette personne: ainsi un religieux qui commel I acte de foriiicalion se rend coupable d'un sacrilège; mais s'il ment ou s'il commet telle autre faute, sa faute, bien qu'elle soit, en un sens, plus grave, n'est cependant pas d'une autre espèce que celle des tutres hommes qui pèchent. — De même pour la circonstance tirée du lieu saint, bien qu'elle aggrave toutes sortes de péchés, cependant elle r/djouîe l'espèce du sacrilège que si le péché va directement contre 'r- sainteté du lieu ou contre son immunité : ainsi relïusior. d« sang ou de la semence humaine:
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ainsi encore l'extraction violente des choses qui sont incorporées au lieu saint. — Quant à la circonstance tirée du temps plus pariiculièrement saint, comme un jour de fête, ou le temps du saint sacrifice, si, en un sens, elle aggiave toujours le péché, cependant elle ne lui donne pas l'espèce surajoutée de sacrilège, à moins que ce péché ne soit directement ordonné à la piofanation de ce temps plus particulièrement saint.
Nous aurons à revenir plus tard, comme nous l'avons déjà indiqué plusieurs fois, sur cetle grande question des circonstances aggravant le péché, et surtout changeant son espèce. Mais nous avons voulu, tout de suite, donner ces indications som- . maires, comme le fait ici Cajétan, pour mieux montrer l'impoktance de la question des circonstances et la place qu'elles doivent tenir dans la préoccupation du théologien moraliste. Nous avons dit, à la fin de la question précédente, que le volontaire constituait l'unique objet de la science morale. Mais ce volontaire n'existe pas à l'état abstrait; il existe à l'état concret. Or, dès qu'il existe à l'état concret, il affecte, en même temps que la substance de l'acte où il se réalise, diverses particularités accidentelles qui peuvent être celles que nous venons d'analyser. Ces particularités accidentelles, si elles ne vont pas, en tant qu'accidentelles, jusqu'à modifier la nature de cet acte, peuvent cependant lui donner un caractère tel, qu'il aura parfois comme une seconde nature et même de nouvelles natures multiples, et que l'aspect qu'il a selon sa nature propre en sera chargé d'une façon très notable. Et l'on peut se demander si à vrai dire il y a, non seulement pour des personnes diverses, mais encore pour un seul et même individu, deux actes humains qui soient de tout point semblables et qui doivent être appréciés de même manière.
De là, sans doute, le côté si délicat et le caractère si peu ferme, parce que trop multiple et trop variable, de ce qu'on a appelé la casuistique. Puisqu'il n'y a pas, dans la pratique, deux cas d'actes humains qui soient de tout point semblables, il faudra donc que chaque cas, dans la pratique, soit jugé, en s'inspirant sans doute de règles générales et communes m'Ait dont l'application, quant à leur ensemble, pourra el devra varier à l'inlini.
Nous savons ce qui constitue l'essence de l'acte humain. Nous connaissons aussi les particularités accidentelles qui peuvent affecter cet acte quand il existe et qu'on appelle, très à propos, du nom de circonstances. Cette essence de l'acte humain, accompagné d'ailleurs de telles ou telles circonstances, pourra se retrouver concentrée en un seul point ou participée sur une assez vaste échelle. Elle sera concentrée dans la volonté elle-même où cet acte se parfait, puisque nous l'avons défini un mouvement de la volonté; mais elle sera participée en tout ce qui peut agir sous la motion ou dans la dépendance de la volonté. Nous devons maintenant étudier l'acte humain ou le volontaire sous l'un et l'autre de ces deux grands aspects : en tant qu'il se concentre dans la volonté elle-même; et en tant qu'il est participé dans tout ce qui peut agir sous la motion on dans la dépendance de la volonté. Saint Thomas annonce cette nouvelle étude en disant qu'il va « considérer les actes volontaires dans le détail », non pas dans le détail de leurs espèces respectives, constituées par les objets particuliers sur lesquels ils portent, et dont il sera question seulement dans la Seciinda-Secundœ , ainsi que nous l'avons dit; ni non plus dans le détail des circonstances particulières qui peuvent affecter tel ou tel acte volontaire; mais dans le détail du volontaire en tant que tel; c'est-à-dire, selon qu'il est volontaire parce qu'il existe dans la volonté, ou selon qu'il est volontaire parce qu'il dépend de la volonté. Aussi bien, saint Thomas ajoute tout de suite : « Donc nous allons traiter, premièrement, des actes qui appartiennent immédiatement à la volonté elle-même, comme étant le fait de îa volonté seule; et puis, des actes qui sont commandés par la volonté ». La première étude comprendra depuis la question 8 jusqu'à la question i6. La seconde formera l'objet de la question 17.
D'abord, le premier point.
Cette étude du volontaire qui est tel parce qu'il est lacle de la volonté seule, devra se dédoubler elle-même en deux parties, selon que l'acte de la volonté peut porter sur la fin ou quP- peut porter sur les moyens. La volonté, en effet, ne peut rien vouloir si ce n'est sous l'une ou l'autre de ces deux raisons; car n'ayant pour objet que le bien, si la chose voulue a elle-même la raison
de bien, nous dirons qu'elle est voulue à titre de fin; et si elle n'a pas en elle-même la raison de bien, elle ne sera voulue qu'en fonction d'une autre où celte raison de bien se trouve, ce qui constitue précisément la raison de moyen. Ou bien donc une chose est voulue pour elle-même, et nous disons qu'elle est voulue à titre de fin, — sans qu'il soit nécessaire, pour cela, comme le suppose à tort. Duns Scot (i" liv. des Sentences, dist. i, q. 3, art. i), quelle implique un ordre quelconque de moyens — ou elle sera voulue seulement en raison d'une autre, et elle-même n'aura plus que la raison de moyen. C'est ce que nous dit ici saint Thomas : « La volonté, fait-il observer, se meut vers la fin et vers les choses qui sont ordonnées à la fin. — Nous aurons donc à considérer, d'abord, les actes de la volonté par lesquels elle se meut vers la fin; et puis, les actes de la volonté par lesquels elle se meut vers ce qui est ordonné à la fin ». La première partie comprendra de la question 8 à la question 12; la seconde, de la question i3 à la question 16.
« Les actes de la volonté portant sur la fin », continue saint Thomas, <( paraissent être trois; savoir le vouloir, le jouir et le tendre », en d'autres termes : la volition, la fruiiion, Vintention. (( Nous allons donc traiter, premièrement, de la volonté », au sens de volition ou d'acte de vouloir (q. 8-10); « secondement, de la fruition (q. 11); troisièmement, de l'intention (q. 12).
(( Au sujet du premier acte, nous aurons à considérer trois choses : premièrement, ce sur quoi porte » cet acte ou « la volonté (q. 8); secondement », d"oi!i il procède ou « par quoi !a volonté est mue » à agir (q. 9); « troisièmement », comment se fait cette émanation ou <■^ comment la volonté est mue » (q. loK — Saint Thomas traite de la motion de la volonté à propos do son premier acte, ]jarce tpi'il s'agit précisément de savoir quelle est la première oiigine de tous les actes qui viendront euxmêmes, en un certain sens, de ce premier acte.
D'abord, ce sur (\un'\ poi le l'acte de vouloir.
C'est rol)jel de lu (jue.stion suivante.