DE CE SUR QUOI PORTE LA VOLONTÉ
Celle question comprend trois arliclcs :
1" Si la volonté porte seulement sur le bien?
2U Si elle porle seulement sur la tin, ou aussi sur les choses qui sont
ordonnées à la lin?
3o A supposer qu'elle porte en queKpie manière sur ce qui est ordonné
à la fin, — si c'est d'un même mouvement qu'elle se porte sur la
tiu et sur ce (jui est ordonné à la tin.
Les trois articles de celte question sont destinés à préciser la .lature du premier acte de la volonté, qui est, au sens pur et simple, et comme par antonomase, l'acte de vouloir. Et parce que la nature de lacté se connaît par son objet, saint Thomas se demande d'abord quel est l'objet de lacté de vouloir (art. i); si cet objet est simple, ne compreniint que le bien sous la raison de fin, ou s'il comprend aussi le bien qui a raison d'utile (art. 2); à supposer qu'un certain acte de vouloir comprenne aussi ce dernier, si nous aurons divers actes de vouloirs, selon que la volonté se porte sur l'un et l'autre, ou si nous n'aurons qu'un seul acte 'art. 3).
D'abord, le premier point. — C'est l'objet de l'article premier.
Article Premier.
Si la volonté porte seulement sur le bien?
Trois objections veulent prouver que « la volonté ne porte pas seulement sur le bien ». — La première arguë de ce que «. la même puisance porle sur les choses opposées; c'est ainsi que la vue s'élend fui blanc et au noir. Or, le bien et le mal sont choses opposées. Donc la volonté ne porte pas seulement sur le bien,
264 SOMME THÉOLOGIOUE.
mais aussi sur le mal ». — La seconde objection insiste et s'elïorce de prévenir la réponse qu'on pourrait faire à la première. Si Ton dit, en effet, que la volonté porte sur le bien pour le rechercher et sur le mal pour le fuir, la réponse ne vaut pas; car « les puissances rationnelles peuvent rechercher les choses opposées, d'après Aristote (Métaphysiques, liv. VIII, ch. ii, n.2; de S. Th., liv. IX, leç. 2). Or, la volonté est une puissance rationnelle; elle est, en effet, dans la raison, comme il est dit au troisième livre de VAme (ch. ix, n. 3; de S. Th., leç. i4). Donc la volonté porte sur les choses opposées pour les avoir. Donc, elle n'est pas seulement ordonnée à vouloir le bien, mais elle est ordonnée aussi à vouloir le mal ». — La troisième objection insiste encore. Elle observe que « le bien et l'être ne font quun. Or, la volonté ne porte pas seulement sur ce qui est; elle porte aussi sur ce qui n'est pas; c'est ainsi que parfois nous voulons ne pas marcher, ne pas parler; de même, nous voulons quelquefois des choses à venir, qui ne sont pas encore d'une façon actuelle. Donc la volonté ne porte pas seulement sur le bien ».
L'argument sed contra cite le fameux texte de « saint Denys », qui « dit, au chapitre iv des Noms divins, que le mal est en dehors de la volonté (de S. Th., leç. 22), et que toutes choses désirent le bien » (de S. Th., leç. 9).
.\u corps de l'article, saint Thomas rappelle, d'un mot, que « la volonté est une certaine faculté appétitive d'ordre rationnel. Or, ajoute-t-il, toute puissance appétitive n'a qu'un objet, le bien. La raison en est que l'appétit n'est rien autre que l'inclination de l'être en qui il se trouve vers quelque chose. D'autre part, rien n'est incliné que vers ce qui lui ressemble et lui convient. Puis donc que tout être, sous sa raison d'être et de substance, est un certain bien, il est nécessaire que toute inclination tende vers un bien. C'est pour cela qu' Aristote dit, au livre de VÉthique (ch. i, n. i; de S. Th., leç. i), que le bien est ce que tous les êtres désirent. — Toutefois, il faut considérer que chaque inclination suivant une certaine forme, l'appétit naturel suit une forme existant dans la nature des choses »; c'est la forme même de l'être selon qu'il existe dans sa réalité, que suit l'appétit naturel. « L'appétit sensitif, au contraire, suit une forme