JESïION VIII. DE CE SLR OCOr PORTE l.A VOI.ONIK. 27 I
Article III.
Si la volonté se meut par un seul et même acte à la fin et à ce qui est ordonné à la lin?
liuis objections veulent prouver que « c'est par un seul et même acte ({ue la volonté se meut vers la fin et vers ce qui est ordonné à la fin >>. — La première arguë du mut d Aristote, au li\ie des Topiques, liv. IIK cli. n, n. 2, disanfque si l'un est en raison de Vautre, les deux ne font qu'un. Or, la volonté ne veut ce qui est oidonné à la fin, quen rais(jn de la fin. Donc c'est par un seul et mèuie acte qu'elle veut les deux ». — La second»' objection insiste dans !«■ même sens et dit que u la fin est la raison de vouloir ce qui Jôt ordonné à la fin, comme la lumière est la raison de la visibilité des couleurs. Or, c'est par un même acte que ï^ lumière et la couleur sont vues. Donc c'est par un même mouvement que la volonté veut la fin et qu'elle veut ce qui est ordonné a Ir; fin ». — La troisième objection fait remarquer <( que le moiiveinent naturel qui passe par le milieu et arrive au terme reste numériquement le même. Or, les choHfes (jui sont ordonnées à la lin -e comparent à la fin, comme îe mdieu au terme. Donc ce sera par un même mouvement numériqr«e (jue la volonté se portera vers la fin et vers les choses qui sont oi'données à la fin ».
L argument scd contra se contente d/obser\er que c les actes se diversifient en raison des objets. Or la fin, et ce qui est ordonné à la fin, qu'on appelle l'uiile, constituent des esitèces de biens différentes. Donc ce n'est pas pnr uu même acte que la volonté se porte sur les deux ?>, — Nous devrons répondre à cet argument sed contra qui va trop kin dans le sens opposé à celui des objections.
Au corps de l'article, saint ThoJias va solutionner avec une grande précision, une question f|ui divisait Ses Docteurs de son t(mpb. comme on le voit par ?• Maître des '^miences, liv. II dist. \\\i\\, et comme saint Thomas îui-mè^i<i ^-^ i'aisait obser-
'27?. SOMME THlioLÛGlQUË.
\er dans les Questions disputées, de la Vérité, q. 22, art. i/i. Lc& uns, en effet, disaient que i"inlentic)n de la lin et la volonté des moyens ordonnés à la iin, étaient un seul et même acte de lu volonté; les autres, au contraire, disaient qu'il y avait deux actes; et leurs raisons respectives étaient celles-là mêmes que nous avons vues dans les objections et dans l'argument sed contro. — Saint Thomas répond, ici, que « la fin étant voulue par elle-même, et ce qui est ordonné à la fin n'étant voulu qu'en raison de la iin, il est manifeste que la volonté peut se porter sur la fin, sans se porter sur ce qui est ordonné à la fin », précisément parce que la fin étant voulue pour elle-même, peut être voulue indépendamment des moyens, avec cette réserve, pourtant, que, dans ce cas, ce n'est pas sous la raison de fin, au sens foiniel de ce mot, qu'elle est voulue (la fin étant un terme relatij, qui implique un rapport à la chose dont elle est la fin) mais sous la raison de bien; (( elle ne pourra pas, au contraire, se porter sur ce qui est ordonné à la fin, en tant que tel, sans se porter en même temps sur la fin », qui est toute la raison du mouvement par lequel elle se porte sur ce qui est ainsi ordonné à la fin. — « Ainsi donc, la volonté )>, dont nous avons dit que par son premier acte elle se porte vers la fin, (( peut se porter sur cette fin, d'une double manière : d'abord, d'une façon absolue, et à considérer la fin en elle-même », ou selon la raison de bien qui s'identifie avec elle; « et ensuite, selon qu'elle est la raison de vouloir ce qui est ordonné à la fin », ou au sens formel de fin, disant le rapport de terme à ce qui lui est ordonné.
« De cela, il suit manifestement que nous n'aurons qu'un seul et même mouvement de la volonté, quand la volonté se porte sur la fin, en tant qu'elle est la raison de vouloir ce qui est ordonné à la fin, et sur ce qui est ainsi ordonné à la fin; mais l'acte par lequel la volonté se porte sur la fin elle-même, d'une façon absolue », ou sous la raison de bi(m, « est un autre acte », distinct soit des actes par lesquels la volonté se porte sur les choses qui sont ordonnées à la fin, en tant que telles, soit de l'acte portant sur la fin, en tant que telle, ou sous sa raison formelle de fin, et qui est toujours impliqué dans les