QUESTION VIII. — DE CE SUR QUOI PORTE LA VOLONTE
autres actes de la volonté, comme aussi il les implique lui-même virtuellement. Ce dernier acte s'appellera d'un nom spécial : l'intention, dont nous aurons à parler bientôt, comme s'appelleront, aussi, de noms spéciaux, les actes qui portent distinctement sur ce qui est ordonné à la fin, tels que le consentement et Vélection. Quant à l'acte de la volonté qui porte sur la fin d'une façon absolue ou sous la raison de bien qui s'identifie avec elle, c'est l'acte inèine de vouloir, dont il s'agissait de déterminer la nature dans la question présente. « Cet acte )> précède toujours, logiquement, les actes de la volonté qui portent sur les moyens, bien qu'il puisse, dans ce cas, et qu'il doive, cesser d'être formellement lui-même, pour se confondre réellement avec l'acte d'intention; mais, « parfois », il « précède, même dans le temps; comme si quelqu'un veut d'abord la santé )>, uniquement parce que la santé est pour lui un bien, sans la vouloir encore comme une chose à rechercher en fait par des moyens appropriés; « et qu'ensuite, délibérant comment il pourra acquérir ce bien, il se résout à vouloir appeler le médecin pour que celui-ci le guérisse. Et il en est de même, observe saint Thomas, dans les actes de l'intelligence : oij, d'abord, on saisit les principes en eux-mêmes; et puis, on les saisit dans les conclusions, selon qu'on n'adhère aux conclusions qu'en vertu des principes ».
Ainsi donc, l'acte de la volonté qui porte sur la fin se retrouvera nécessairement dans tous les actes de la volonté portant sur les moyens; mais il n'y sera pas à titre d'acte distinct. L'acte de la volonté portant sur les moyens sera toujours un acte complexe : il pourra, sans doute, avoir un caractère distinctif, qui en fera un autre acte que l'acte d'intention; mais il impliquera toujours cet acte d'intention, qui aura pu le précéder d'une antériorité de temps, et qui continuera d'exister virtuellement dans l'acte nouveau. L'acte d'intention pourra exister distinctement des actes portant sur les moyens, mais il les appellera en quelque sorte. Quant à l'acte de simple volition, il existe toujours d'une existence propre et indépendante. II n'est lui-même, que îout autant qu'il ne s'agit encore, en aucune manièic, soit des choses ordonnées à la fin, soit même de la fin, sous sa raison
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formelle de fin. Cet acte porte uniquement sur son objet sous Ja raison de bien.
Vad priinum fait observer que « la raison » donnée dans l'objection première, « s'applique à l'acte de la volonté qui se porte sur la fin en tant qu'elle est la raison de vouloir les choses ordonnées h la lin » : elle s'applique à l'intention, soit en elle-même, soit surtout en tant qu'elle se retrouve dans les actes de la volonté qui portent sur les choses ordonnées à la fin; elle ne s'applique pas à la simple volition de la fin sous sa raison absolue de bien en soi.
L'ad sccundum répond dans le même sens. Il est vrai que (( toujours, quand on voit la couleur, on voit, du même coup, la lumière; mais on peut voir la lumière sans qu'il soit nécessaire de voir la couleur. Et pareillement, toutes les fois que quelqu'un veut ce qui est ordonné à la fin, il veut aussi, du même coup, la fin » : l'acte d'intention est toujours compris dans les actes de consentement ou de choix; « mais l'inverse n'est pas vrai », surtout s'il s'agit, non pas seulement de l'intention, mais de la simple volition. x
L'ad tertiuni remarque que « dans l'ordre d'exécution, les choses ordonnées à la fin ont raison de milieu ou de moyen, et la fin a raison de terme. Il suit de là que comme dans le mouvement naturel, oii, parfois, Ton s'arrête au milieu sans arriver jusqu'au terme; de même, parfois l'homme réalise le moyen et n'arrive pas cependant à la fin. Mais, dans l'ordre du vouloir, c'est l'inverse; car c'est par la fin que la volonté arrive à vouloir ce qui est ordonné à la fin, comme l'intelligence arrive à l'intelligence des conclusions par les principes, qui prennent le nom de moyens; aussi bien, parfois, l'inleUigence entend le moyen et n'arrive pas cependant à la conclusion; et pareillement, la volonté veut quelquefois la fin », soit par mode d'intention, soit surtout par mode de simple volition, « et ne procède cependant pas à vouloir ce qui est ordonné à la fin ».
Saint Thomas ajoute que « ce qui élit il objecté en sens contraire, a sa réponse dans ce qui a été dit plus haut (art. préc, ad 2°"). L'utile, en effet, et l'honnête ne sont pas des espèces de bien indépendantes; elles disent entre elles le rapport de ce qui
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est par un autre à ce qui est par soi. Il s'ensuit que l'acte de la volonté peut se porter sur l'un », l'honnête, « sans se porter sur l'autre », l'utile, <( mais non inversement ».
Le premier acte de la volonté, que nous appelons du simple nom de vouloir ou du nom de simple volition, a pour objet la fin, c'est-à-dire ce qui poite en soi la raison de bien et n'est point dit tel uniquement en raison d'un autre. Et il porte sur cette fin en telle manière qu'il n'implique aucunement la volition de ce qui peut être ordonné à la fin. Il est très vrai que lorsque la volonté voudra ce qui est ordonné à la fin, elle voudra aussi la fin; et même elle voudra les deux, d'un seul et même acte; c'est-à-dire que dans sa volition de ce qui est ordonné à la fin sera toujours implicitement et virtuellement contenue la volition de la fin, sans laquelle elle ne pourrait pas vouloir ce qui est ordonné à la fin; mais cette volition de la fin, ainsi contenue implicitement et virtuellement dans les actes de la volonté portant sur ce qui est ordonné à la fin, ne doit pas se confondre avec l'acte de simple vouloir ou de simple volition. Celui-ci est à part. Il demeure toujours seul et distinct des autres. Il ne porte que sur la fin elle-même, en elle-même; et encore sur la fin, non pas sous sa raison formelle de fin, impliquant un certain ordre à ce qui doit la faire atteindre, mais sous sa raison absolue de bien ou de chose bonne en soi. La seconde manière de vouloir la fin appartiendra à un autre acte de la volonté, celui-là même que nous avons annoncé comme portant, lui aussi, sur la fin, en même temps que la volition et la fruition, et qui est l'intention, dont nous aurons à parler bientôt.
Parce que nous sommes, ici, à l'origine des actes de la volonté, nous devons nous demander, à l'occasion du tout premier acte, comment cet acte émane de la faculté qui le produit. Et parce que tout acte est une sorte de mouvement, saint Thomas, généralisant ia question, se demande, pour tous les actes de la volonté, deux choses : d'abord, par qui ou par quoi la volonté (Si mue; ensuite, comment elle est mue. — La première étude forme l'objet de la question suivante.