VI. — La Bêatilade. a
choses sont proposées comme égales sous un certain aspect, que par rapport à l'une d'elles soit considérée quelque condition qui la rendra supérieure et fera que la volonté sera inclinée vers elle plutôt que vers une autre ». — Notons avec le plus grand soin cette réponse de saint Thomas. Nous y trouvons la confirmation éclatante de la doctrine exposée plus haut, à propos de Vad primum de l'article second de la question lo. Saint Thomas n'admet pas que la volonté puisse se porter sur une chose, par mode de choix, sans que cette chose ne lui apparaisse comme meilleure que les autres sur lesquelles elle ne se porte pas; mais la condition de meilleure qui se trouvera dans cette chose, n'y sera pas indépendamment de la volonté. C'est l'intelligence qui fixera cette condition. Or l'intelligence est dune fécondité en quelque sorte infinie pour trouver des raisons de bien ou de non bien aux choses qui se présentent et dont aucune ne possède iî raison totale de bien. D'autre part, la volonté n'est inclinée nécessairement que vers la raison totale de bien. Il s'ensuit que quelle que soit la raison de bien présentée par l'intelligence au sujet d'une chose finie, la volonté peut ne pas être disposée à la goûter; elle n'arrêtera donc point, par son acceptation, l'enquête ou la recherche de l'intelligenae. Bien plus, et parce qu'elle ne se sent portée à accepter définitivement aucune des raisons de bien proposées jusque-là. elle continuera, en vertu de son désir inné du bien infini, à mouvoir l'intelligence pour qu'elle cherche encore; et l'intelligence continuera de chercher, usant d'autant plus de toutes ses ressources, que la volonté agira davantage sur elle : jusqu'à ce qu'enfin, de guerre lasse, la volonté l'arrête, suspendant momentanément toute recherche et tout choix déterminé, ou qu'au contraire, se sentant mystérieusement émue par telle raison de bien qui lui est proposée, elle s'arrête elle-même à cette raison-là, arrêtant et fixant du même coup le jugement de l'intelligence, qui deviendra ainsi le jugement du meilleur, ou le dernier jugement pratique. — Et l'on voit par là le rôle primordial de la volonté dans tous les actes de l'intelligence où peut intervenir la raison de bien qui est son obj(>t propre, comment c'est elle, en dernier ressort, qui fait que l'intelligence voit ou ne voit pas, voit juste ou de tra-
QUESTION XIII. — DE l'ÉLECTION. 887
vers, voit comme il convient ou comme il ne faut pas. Plus tard, nous aurons à nous souvenir de cette doctrine, quand il s'agira de l'acte de foi surnaturelle. — Pour le moment, il nous aura suffi de rappeler et de faire remarquer, une fois de plus, que s'il y a nécessairement dans tout choix de la volonté un dernier jugement pratique de l'intelligence motivant ce choix, c'est la volonté elle-même, qui, par son acceptation et son refus, est la cause que tel jugement pratique est le dernier, et que tel autre, ayant pu l'être aussi, ne l'est pas.
Nous savons ce qu'est l'élection, quel est son objet, quelle est sa propriété inaliénable. — Il nous faut, pour une intelligence encore plus parfaite de cet acte si essentiel dans l'ordre des actes humains, nous enquérir d'un acte qui le précède ordinairement et dont il dépend de la façon la plus intime; c'est l'acte de conseil.
Son étude va faire l'objet de la question suivante.