QUESTION XVI. DE L* USAGE
possession de cet argent, on peut dire qu'il en use »; mais, évidemment, c'est une expression assez impropre.
L'ad primum répond que « saint Augustin parle de l'usage d'une façon commune, selon qu'il implique l'ordre de la lin h la fruition de cette lin que quelqu'un cherche dans l'objet qui constitue sa fin ».
l/ad secundum remar({ue que « la fin est prise au gré de la volonté pour que la volonté se repose en elle. A ce titre, le repos dans la lin, qui est la fruition, est appelé l'usage de la fin. Mais ce qui est ordonné à la fin est pris au gré de la volonté, non seulement en raison de son usage, mais en raison d'une autre chose dans lacjuellc se repose la volonté », Il y a donc en ce dernier cas, une double raison d'usage, si l'on peut ainsi dire, tandis que dans le cas de la fin, il n'y en a qu'une et encore indirecte.
L'crd tertium répond dans le même sens. « L'usage est pris, dans les paroles de saint Hilaire, pour le repos dans la lin dernière, selon que quelqu'un, à parler d'une façon commune » et non d'une façon stricte et propre, « est dit user de la fin pour l'obtenir » et en jouir, « ainsi qu'il a été dit. Aussi bien, saint Augustin, au sixième livre de la Trinité (ch. x), dit que cette dilection, délectation, félicité ou béatitude est appelée par lui du nom d'usage ».
A proprement parler, l'usage ne porte que sur ce qui a raison de moyen par rapport à la fin; bien que d'une manière impropre ou dérivée, on le dise quelquefois de l'objet du bonheur par rapport à la jouissance qu'il doit nous procurer. — 11 ne nous reste plus qu'un dernier point à examiner; et c'est celui des rapports de l'usage avec l'élection. Ce va être l'objet de l'article suivant.
Article IV.
Si l'usage précède l'élection?
Cet article sera comme la récapitulation de tout ce que nous avons dit jusqu'ici sur les divers actes qui émanent de la
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volonté et sur les rapports de ces actes avec les actes de l'intelligence qu'ils présupposent ou accompagnent. A <:e titre, il offre un intérêt exceptionnel. — Trois objections veulent prouvei que (( l'usage précède l'élection ». — La première dit qu' « après l'élection, il n'y a plus rien sinon l'exécution » qui n'est pas le fait de la volonté. « Puis donc que l'usage appartient à la volonté, il précède l'exécution; et, par suite, il précède aussi l'élection ». — La seconde objection fait remarquer que « l'absolu est avant Je relatif. Donc le moins relatif est avant le plus relatif. Or l'élection implique deux relations; l'une, de ce qui est choisi à la fin; l'autre, à ce qui est laissé. L'usage, au contraire, n'implique que le seul rapport à la fin. Donc l'usage précède l'élection ». — La troisième objection fait observer que « la volonté use des autres puissances en tant qu'elle les meut. Or, la volonté se meut aussi elle-même, ainsi qu'il a été dit (q. 9, art. 3). Donc elle use aussi d'elle-même, s'appliquant à agir. El puisqu'elle fait cela quand elle consent, il s'ensuit que dans }i consentement lui-même il y a un acte d'usage. D'autre part, le consentement précède l'élection, ainsi qu'il a été dit (q. i5, art. 3, ad 3'^™). Donc, l'usage également ».
L'argument sed contra en appelle à l'autorité de u saint Jean Damascène », qui « dit {au second livre de la Foi Orthodoxe, ch. xxii) que la volonté, après l'élection, se porte à l'opération et, ensuite, fait acte d' usage ».
Au corps de l'article, saint Thomas fait remarquer que « la volonté a un double rapport à l'objet voulu. D'abord, selon que l'objet voulu est d'une certaine manière dans le sujet qui veut, par ine certaine proportion ou un certain ordre de ce sujet à son objet; aussi bien les choses qui sont naturellement proportionnées à une certaine fin sont dites désirer cette fin nafurel- .lement. Toutefois, avoir ainsi la fin, est l'avoir d'une manière imparfaite. Et parce que tout ce qui est imparfait tend à sa perfection, de là vient que soit l'appétit naturel soit l'appétit volontaire tendent à avoir la fin d'une manière réelle, ce qui est lavoir d'une manière parfaite. Et ceci constitue le second rapport de la volonté à l'objet voulu », quand l'Ile a cet objet, non pas seulement par mode de complaisance, mais aussi par
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mode de possession. « D'autre part, l'objet voulu n'est pas seulement la fin; il y a aussi ce qui est ordonné à la fin. Or, ce qui vient en dernier lieu dans le premier rapport de la volonté », qui est le rapport imparfait, u en ce qui est des moyens ordonnés à la fin, c'est l'élection : là, en effet, s'achève la proportion de la volonté, en telle sorte qu'elle veut d'une volonté achevée ce qui est ordonné à la fin. Quant à l'usage, il appartient déjà au second rapport de la volonté, qui consiste à rechercher la possession de la chose voulue. Par oii l'on voit manifestement que l'usage suit l'élection, en entendant l'usage selon que la volonté use de la puissance executive en la mouvant. Mais parce que la volonté meut aussi, d'une certaine manière, la raison, et en use, on peut entendre l'usage de ce qui est ordonné à la fin, selon que ce qui est ordonné à la iin se trouve dans la considération de la raison qui le rapporte à la fin; et, à ce titre, l'usage précèae l'élection ». — Nous allons revenir aux rapports de ces divers actes entre eux. Mais voyons d'abord la réponse aux objections. L'ad primiim répond que « l'exécution même de l'œuvre esi précédée par la motion dont la volonté meut à cette exécution; mais cette motion suit l'élection. Puis donc que l'usage appartient à cette motion de la volonté, il s'ensuit qu'il se trouve au milieu entre l'élection et l'exécution ».
L'ad secundum fait observer que « ce qui est relatif par essence vient après ce qui est absolu; mais il n'est pas nécessaire qu'il en soit ainsi d'un sujet auquel sont attribuées des relations. Bien plus, la cause aura rapport à d'autant plus d'effets qu'elle est elle-même plus haute ».
L'ad tertium dit que « l'élection précède l'usage, si on le rapporte à !a même chose. Mais rien n'empêche que l'usage d'une chose précède l'élection d'une autre chose. Et parce que les actes de la volonté se replient sur eux-mêmes, on peut, en chaque acte de la volonté, trouver le consentement, l'élection et l'usage; on dira, par exemple, que la volonté consent à son acte d'élection, et qu'elle consent à son acte de consentement et qu'elle use de son consentement et de son élection. Et toujours ceux de ces actes qui sont ordonnés à ce qui vient d'abord seront les premiers ». C'est ainsi que ce qui vient d'abord, c'est l'acte de