‹ Commentaire français littéral de la Somme Théologique de Saint Thomas d'Aquin (volume 5)Chapitre 60 sur 79 · VI. — La Béatitude · texte numérisé non relu

VI. — La Béatitude

consentement, puis Tacte d'élection, puis l'acte d'usage. Par conséquent, s'il s'agit de faire porter l'un de ces actes sur l'acte de consentement,' c'est d'abord l'acte de consentement que nous aurons, puis l'acte d'élection, puis l'acte d'usage : la volonté consent d'abord à consentir; puis elle choisit de consentir; puis elle use de son acte de consentir. Sur l'élection, nous aurons d'abord l'acte de consentement; puis l'acte d'élection; puis l'acte d'usage; de même, pour l'acte d'usage, nous aurons d'abord le consentement; puis, l'élection; puis, l'usage. En telle sorte que même quand il s'agit du premier acte, le consentement, c'est l'usage qui viendra en dernier lieu; et il viendra aussi en dernier lieu quand il s'agira de l'acte d'usage lui-même. Mais l'usage du consentement précédera ou pourra précéder le consentement et l'élection qui portent sur l'élection ou sur l'usage.

Saint Thomas, dans l'article que nous venons de lire, nous a parlé d'une double sorte de rapports que la volonté peut avoir à chacune des deux sortes d'objets qui peuvent terminer un de ses actes. Ces deux sortes d'objets sont la fin et les moyens. Et la double sorte de rapports que la volonté peut avoir à ces objets, c'est un rapport de simple proportion, ou un i apport de possession parfaite.

Le rapport de simple proportion, en ce qui est de la fin, comprend trois actes de la volonté, précédés, chacun, d'un acte de l'intelligence. — Le premier acte de l'intelligence est la simple perception de ce qui est la fin, mais non pas encore sous la raison de fin; c'est la perception de cet objet sous la raison absolue de bien : à cet acte de l'intelligence, correspond, du côté de la volonté, l'acte de simple vouloir, ou de complaisance en l'objet perçu sous la raison de bien. — Un second acte de l'intelligence est la perception de l'objet sous la raison de fin, c'est-à-dire sous la raison de bien qui peut terminer le mouvement de l'appétit et être possédé en fait; cet acte entraîne, dans la volonté, l'acte de fruition imparfaite. — Un troisième acte de l'intelligence est la perception de la fin sous la raison de fin pouvant et devant être obtenue par certains moyens; à cet acte, correspond, dans la volonté, l'acte d'intention, lequel est le dernier de la série des

QUESTION XVI. DE l' USAGE. 435

actes compris dans le rapport de simple proportion ayant trait à la fin.

En ce qui est des moyens, le rapport de simple proportion s'ouvre par l'acte de conseil, qui est un acte de l'intelligence, se terminant par un jugement de bonté ou de non bonté, d'utilité ou de non utilité. Le jugement de bonté ou d'utilité est rendu ferme et définitif par l'acte de la volonté qui s'appelle le consentement. S'il n'y a qu'un seul moyen qui soit ainsi jugé bon et utile, le consentement équivaut à l'élection; et c'est un consentement-élection. Mais si plusieurs moyens sont proposés et agréés, et qu'il n'y ait pas à les prendre tous, la nécessité s'impose de faire un choix pour procéder à l'action. Ce choix est précédé d'un nouveau conseil de l'intelligence, aboutissant à un nouveau jugement, qui sera un jugement de prédominence et sera rendu définitif, ayant raison de dernier jugement pratique, par l'acte de la volonté qui s'appelle l'élection. Cet acte d'élection est le dernier dans la série des actes que comprend le rapport de simple proportion ayant trait aux moyens.

Le second rapport, qui est le rapport d'achèvement complet, en ce qui est des moyens, s'ouvre par le commandement, qui est un acte de l'intelligence; il se continue par l'usage, au sens actif, qui est un acte de la volonté et il se parfait par l'usage au sens passif, ou l'exécution, qui est le propre des puissances executives.

Quant au second rapport ou rapport de possession parfaite, en ce qui est de la fin, il comprend deux actes : la prise de possession, que nous savons être l'iacte de vision dans la possession de la fin dernière; et l'acte de fruition parfaite, qui termine purement et simplement toute la série des actes humains.

C'est donc, en tout, une série de dix-sept actes divers qui peut intervenir dans la constitution d'un seul acte humain parfait. Retenons soigneusement la doctrine de saint Thomas au sujet de cette série et de l'ordre qui la compose. Elle est d'une importance souveraine dans la science morale, qui n'est pas autre que la science de l'acte humain. Il n'en est pas oii le génie du saint Docteur se montre à nous plus merveilleux de souplesse, de finesse et de puissance. Ici, comme en bien d'au-

très points, il a achevé ce que n'avait fait qu'ébaucher le génie d'Aristote et il a fixé à tout jamais l'enseignement de la raison humaine mise au service de la foi.

Des multiples actes que nous venons de rappeler, il n'en est plus qu'un seul qui nous reste à examiner. C'est 1 acte d'imperium ou de commandement, qui, impliquant nécessairement un rapport au sujet qui reçoit ce commandement, nous permettra d'étudier ce qui a trait à l'usage passif ou à l'exécution pour autant que cela intéresse l'acte volontaire, objet formel de notre étude. — Aussi bien, saint Thomas nous annonce qu'après avoir parlé des actes qui émanent de la volonté, <( nous devons conséquemment traiter des actes commandés par la volonté ».

Cest l'objet de la question suivante.

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