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cute avec tant de facilité, qu'on distingue à peine l'exécution du commandement ».
Au corps de l'article, saint Thomas part de cette constatation, que « les membres du corps sont les organes » ou les instruments <: des puissances de l'àme. Il s'ensuit que selon le mode dont les puissances de l'àme ont rapport à la raison, quant au fait de lui obéir, selon ce même mode les membres du corps s'y référeront aussi. Par cela donc que les puissances sensitives sont soumises au commandement de la raison, et non pas les puissances naturelles », qui agissent en vertu de la seule forme naturelle et non en vertu d'une forme surajoutée, (( il s'ensuit que tous les mouvements des membres qui sont mus par les puissances sensitives seront soumis au commandement de la raison ;>; et tels sont les membres qui desservent la puissance motrice d'ordre local, destinée elle-même à servir la faculté appétitive [cf. i p., q. 78, art. i]. u Au contraire, les mouvements des membres qui suivent les puissances naturelles ', en prenant le mot membre, au sens général, qui a été dit, d'organe ou d'instrument des puissances de lame, quelles qu'elles soient (c uquel sens, le cœur lui-même peut être appelé membre), « ne sont point soumis au commandement de la raison ». On aura remarqué avec quelle simplicité de regard et quelle sûreté de coup d'œil, saint Thomas a été chercher, dans la nature même des diverses puissances de l'âme, la raison profonde et dernière qui éclaire d'un jour si vif la double conclusion de cet article et de l'article précédent.
L'ad primum fait observer que « les membres » ne sont pas des principes d'action [."f. plus loin, q. 7^, art. 2, ad 3°™]; ils « ne se meuvent pas eux-mêmes ». Ils ne sont que des instruments ou des organes qui servent les puissances de l'âme; <( ils sont mus par les puissances de l'âme. Or, parmi les puissances de râmr, il en est qui sont plus piès de la raison que ne le sont les puissances de l'âme végétative ». Les membres qui servent ces puissances pourront donc être mus au commandement de la raison, comme le sont ces puissances elles-mêmes. — Ils obéiront, même plus excellemment ou plus complètement à la raison, que ne le font ces puissances, pré-
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Gisement parce qu'ils n'ont aucun mouvement d'eux-mêmes, et qu'ils sont seulement aptes à être mus par la faculté appétitive soit d'ordre sensible, soit d'ordre rationnel. Les puissances, au contraire, sont elles-mêmes principes de mouvement; et voilà pourquoi elles peuvent avoir un mouvement propre qui contrarie quelquefois celui de la raison. C'est ce qui faisait dire à Aristote, comme le rappelle si souvent saint Thomas, que la raison exerce sur les membres de la faculté locomotrice un pouvoir despotique, tandis qu'elle n'exerce sur l'appétit sensible qu'un pouvoir politique [cf. i p., q. 8i, art. 'S, ad a"'"].
L'ad secundum explique comment, dans l'ordre des mouvements corporels, il y a quelque chose, dans l'homme, qui ne dépend pas de la raison, bien que, nous l'avons dit, la faculté locomotrice qui est au service de l'appétit sensible ou rationnel, leur demeure, de soi, entièrement soumise. La raison en est que toujours, et dans tous les ordres, la nature doit être présupposée. Ainsi, même <( dans les choses qui ont trait à lintel ligence et à la volonté, nous trouvons d'abord ce qui est selon la nature; et c'est de ce premier fonds que tout le reste se tire. C'est ainsi que de la connaissance des principes naturellement connus, on tire la connaissance des conclusions; et de la volonté de la fin naturellement voulue, dérive le choix des moyens ordonnés à cette fin. Pareillement pour les mouvements corporels; le principe de ces mouvements sera naturel. Or, le principe des mouvements corporels se trouve dans le mouvement du cœur. Il s'ensuit que le mouvement du cœur aura pour cause la nature et non la volonté; il suit, en effet, à titre d'accident propre, la vie, qui résulte de l'union de l'âme et du corps. C'est ainsi que le mouvement des corps lourds et des corps légers suit leur forme substantielle; auquel titre on dit que ces corps sont mus par l'être qui les produit, comme en témoigne Aristote, au huitième livre des Physiques (ch. iv, n. 7; de S. Th., leç. 8). Pour ce motif, le mouvement du cœur est appelé du nom de mouvement vital. Ft c'est ce (pii a fait dire à saint Grégoire de Nysse (Némésius), que le principe de la génération et de la nutrition n'obéit pas à la raison, ni non plus
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lo principe des pulsations qui est le principe vital » du mouvement. Saint Thomas explique que « saint Grégoire parle de principe des pulsations, à propos du mouvement du cœur, parce que ce mouvement se manifeste par les pulsations des veines ». L'ad tertium répond à l'objection tirée du texte de saint Augustin. Saint Thomas donne une première réponse qui est de saint Augustin lui-même. « Saint Augustin », en effet, « dit, au quatorzième livre de la Cité de Dieu (ch. xvn, xx), que si le mouvement des membres de la génération n'obéit pas à la raison. c"est comme peine du péché; en ce sens que l'âme doit subir plus spécialement la peine de sa désobéissance envers Dieu, dans le membre qui est l'instrument de la transmission du pèche originel en tous ceux qui viennent d'Adam par voie d'origine ». Cette réponse est plutôt d'ordre surnaturel ou strictement ibéologique. Saint Thomas la complète en donnant une raison d'ordre naturel. « Parce que, dit-il, le péché du premier père, comme nous le verrons plus loin (q. 85, art. i, ad 3"™), a laissé la nature à elle-même, dépouillée du don surnaturel qui lui avait été accordé par Dieu, nous devons considérer la raison naturelle qui explique pourquoi, d'une façon spéciale, le mouvement de ces sortes de membres n'obéit pas à la raison. Aristote en assigne la cause dans son livre des Causes du mouvement des animaux (ch. xi), quand il dit que les mouvem,ents du cœur et ceux du membre honteux sont des mouvements involontaires, en ce sens que ces organes se meuvent d la seule perception de tel ou tel objet, lorsque l'intelligence et l'imagination représentent certaines choses qui provoquent les passions de l'âme d'oii résulte le mouvement de ces organes. Toutefois, ils ne se meuvent pas au gré de la raison ou de l'intelligence, parce que le mouvement de ces organes requiert une certaine altération naturelle, de froid ou de chaud, qui n'est pas soumise au commandement de la raison », ainsi .que nous l'avons dit à l'article précédent. « Et ceci arrive, d'une façon spéciale, dans ces deux organes, parce que l'un et l'autre constituent comme une sorte de vivant séparé, en tant qu'il est principe de la vie, et que le principe est virtuellement le tout. Le cœur , en effet, est le principe des sens », non pas que les sens
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aient leur siège dans le cœur; ils sont plutôt subjectés dans la tête; mais la vertu des nerfs sensoriels a pour cause la nature du sang, dont l'élaboration se fait dans le cœur et se distribue du cœur dans toutes les parties de rorganismc; on peut dire aussi que le cœur est le siège des affections sensibles. « Quant au membre de la génération, c'est de lui que procède la vertu de la semence où est contenu virtuellement lanimal tout entier. — C'est pour cela que ces deux organes ont nnturellement leurs mouvements qui leur sont propres », et qui, par conséquent, peuvent ne point dépendre du commandement de la raison; .< tout ce qui a raison de principe devant être naturel, ainsi qu'il a été dit » '^à Vad a'^™). — Nous voyons, par cette réponse de saint Thomas, qu'il y a, non seulement dans les mouvements d'altération et d'ordre purement qualitatif, mais aussi dans les mouvements qui se rattachent au mouvement local, lorsqu'il s agit du cœur et des membres de la génération, quelque chose qui les distingue des autres membres du corps, dont le propre est de ne jamais se mouvoir d'un mouvement local, si ce n'est par l'entremise de la faculté locomotrice : ces deux organes ont en quelque sorte leurs mouvements indépendants; et cela, parce qu'ils ont, tous doux, à un titre spécial, la raison de principe, dans l'ordre de la vie sensible et animale. — Il ne faudra pas oublier cette doctrine, quand il s'agira d'apprécier le caractère de moralité ou de responsabilité personnelle qui pourra se trouver mêlé aux mouvements organiques et passionnels. . , . ^ ,
Nous connaissons désormais, dans les éléments qui le constituent,— d'une façon générale — et d'une façon spéciale : en tant qu'il émane de la volonté seule, soit par rapport à son premier objet qui est la fin. soit par rapport à son objet secondaire qui comprend tous les moyens aptes à réaliser cette fin; et en tant qu'il se trouve participé dans tout ce qui peut dépendre de la volonté, — l'acte humain ou volontaire. — Nous devons maintenant nous enquérir du caractère moral de cet acte. C'est ce que saint Thomas nous annonce, en disant qu' <( il va falloir considérer la bonté et la malice des actes humains ». Et s'il
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est vrai que tout est de souveraine importance dans les diverses parties qui constituent la science de l'acte humain, nous pouvons bien dire que la nouvelle partie dont il s'agit et que nous abordons, occupe, en fait d'importance, une place d» choix. C'est la question même de la conscience morale. Elle comprendra deux parties : « d'abord, comment l'action humaine est bonne ou mauvaise (q. 18-20); puis, ce qui suit à la bonté ou à la malice des actes humains, comme le mérite ou le démérite, le péché ou la coulpe » (q. 21).
Dans le prologue de la question 6, où il nous annonçait la division de tout ce qui devait avoir trait à l'acte humain, unique objet de la science morale, suint Thomas nous disait qu'il tiaiterait, — en ce qui est de l'acte humain, considéré, — non pas selon qu'il se diversifie en une iniînilé d'actes, que distinguent, dans leur être spécifique, les objets sur lesquels ils portent (ce qui sera l'objet de la Secunda-Secundœ) , — mais d'une façon générique, — en lui-même, et non pas encore dans les principes qui le produisent ou le facilitent (ce qui viendra à la question 49), — pour autant qu'il appartient en propre à l'homme et se distingue des actes communs à l'homme et à lanimal (c'est-à-dire les passions, dont il sera traité, à partir de la question 22) : — d'abord, de la constitution de cet acte; — puis, de sa distinction, selon qu'il se distingue en acte bon ou mauvais. C'est cette distinction de l'acte humain en acte bon et en acte mauvais, qu'il vient de nous annoncer ici, sous ce titre : de la bonté et de la malice des actes humains; et qu'il subdivise en deux : de la raison de bonté ou de malice dans l'acte humain; et de ce qui suit à cette raison-là.
Remarquons soigneusement la place que saint Thomas assigne à la nouvelle partie de notre étude que nous abordons. Il ne s'agit plus de l'être de l'acte humain; il s'agit de sa distinction en acte Ijon ou en acte mauvais. Les conditions de son être ont été rnar(juées dans les questions précédentes. Les conditions de son être générique, ou en tant que volontaire, sont celles que nous avons déterminées depuis la question 6 jusqu'à la question 17. la condition spécifique avait été marquée à l'article 3 de la question t, où saint Thomas nous a dit que l'acte
humain était spécifié (quant à son être physique, car il ne s'agissait pas encore de son être moral), par la fin ou par le bien ^ au sens physique du mot; qui le termine. Les conditions individuantes étaient signalées à la question 7, 011 nous traitions des propriétés accidentelles de l'acte humain, ou des circcnstances qui le revêtent à l'état concret. — Maintenant, il s'agit de la distinction de l'acte humain, quel qu'il soit dailleurs, au point de vue générique, spécifique ou individuel, dans son être physique, — en acte bon ou en acte mauvais. Et le premier aspect de cette étude, son premier objet, consiste, nous dit saint Thomas, à déterminer le mode ou les conditions, qui, affectant un acte humain quelconque, le rendent un acte humain bon où un acte humain mauvais.
« A ce sujet », poursuit le saint Docteur, « nous étudierons trois choses : premièrement, de la bonté et de la malice des actes humains en général », ou des conditions qui font qu'un acte humain, à le considérer sous la seule raison d'acfe humain. est !>on ou mauvais (q. 18); « secondement, de la bonté et de U malice des actes intérieurs », ou de la raison de bonté et de maUce, selon qu'elle se trouve spécialement dans les actes de la volonté elle-même (q. ip) : « troisièmement, de la bonté et de 1.7 malice des actes extérieurs », à entendre par ce mot tout autre acte que celui de la volonté elle-même (q. 20).
D'abord, de la bonté et de la malice de l'acte humain en général, abstraction faite de la raison spéciale d'acte intérieur ou d'acte extérieur. — C'est l'objet de la question suivante.