VI. — La Béai i Inde
'OÔO SOMME THÉOLOGIOUE.
L'argument sed contra observe que u le lieu est une circonstance. Or, le lieu constitue l'acte moral dans une certaine espèce de mal; c'est ainsi que voler quelque chose d'un lieu saint constitue un sacrilège », ou une espèce distincte dans le genre d'acte mauvais qu'est le vol. « Donc les circonstances constituent l'acte moral dans une espèce de bien ou de mal ».'
Au corps de l'article, saint Thomas comm.ence par nous rappeler, en le précisant encore, le grand principe qui gouverne toute cette question de la moralité de l'acte humain et des espèc 's de cette moralité. <( De même que les espèces des choses naturelles sont constituées par les formes naturelles; de même les espèces des actes moraux sont constituées par les formes que la raison conçoit, ainsi qu'il ressort de ce qui a été dit 'art. 5). Or, parce que la nature est déterminée à une chose et que son procédé ne peut aller à l'infini, il est nécessaire d'arriver à une dernière forme, d'où se tire une différence spécifique qui ne peut pas avoir d'autre différence spécifique après elle. Et de là vient que dans les choses naturelles, ce qui a raison d'accident pour une chose ne peut pas être pris comme différence constitutive de l'espèce » pour cette chose : elle a son espèce déterminée et elle ne saurait en avoir d'autre; tout ce qui se surajoute n'aura jamais que raison d'accident : une espèce nouvelle n'arriverait que si la première était détruite. « Mais le procédé de la raison n'est pas déterminé à un seul terme : quelle que soit la chose acquise, la raison peut en concevoir d'autres encore. Il suit de là que ce qui dans un acte est considéré comme circonstance surajoutée à l'objet qui détermine l'espèce de l'acte, peut, de nouveau, être pris par la raison ordonnatrice, comme condition principale d'objet déterminant l'espèce de l'acte » : ce qui, par rapport à l'objet de l'acte, n'aurait de soi que raison de circonstance ou d'accident, peut tomber sous un ordre spécial de la raison, qui lui donnera, au point de vue moral, non plus la raison de simple circonstance, mais la raison de condition essentielle et spécifiquement distinctive dans l'objet de l'acte, considéré du point do vue moral et non pas seulement du point de vue physique. « .\insi, le fait de prendre ce qui appartient à autrui, tire son espèce de ce dernier caractère; et à ce litre, il
est constitué », au point de vue de la raison ou quant à l'être moral, « dans l'espèce du vol; que si, à côté de ce caractère essentiel, se considère la raison de lieu ou de temps, cette nouvelle raison aura raison de circonstance. Mais, parce que la raison peut aussi statuer ou ordonner en ce qui est du lieu et du temps ou autres choses de ce genre, il se pourra que la condition du lieu considéré par rapport à l'objet se présente comme contraire à l'ordre de la raison. C'est ainsi que la raison ordonne de ne pas violer le lieu saint; il suit de là que prendre ce qui ne nous appartient pas, quand cela appartient au lieu saint, revêt un caractère spécial de répugnance par rapport à l'ordre de la raison; et, à cause de cela, le lieu qui n'était d'abord qu'une circonstance, devient maintenant une condition principale de l'objet, le constituant en opposition avec la raison » : on n'aura donc plus, dans ce cas, simplement un vol; on aura un vol d'une espèce particulière, qui prendra le nom de sacrilège. « El, de cette manière, toutes les fois qu'une circonstance regarde un ordre spécial de la raison, soit pour, soit contre, il faut que cette circonstance spécifie l'acte moral ou bon ou mauvais ».
L'ad primiim observe que u les circonstances, selon qu'elles donnent une espèce à l'acte, sont considérées comme une certaine condition de l'objet, ainsi qu'il a été dit, et, en quelque sorte, comme une certaine différence spécifique de cet objet ».
L'ad secundum appuie sur la même remarque. « La circonstance qui reste dans la raison de circonstance, ayant, en effet, 1-^ raison d'accident, ne donne pas d'espèce; mais, selon qu'elle Se change en condition principale de l'objet, pour autant elle donne l'espèce ».
L'ad tertium fait observer que << ce n'est pas toute circonstance, qui constitue l'acte moral dans une espèce d'acte bon ou d'acte mauvais; attendu que toute drconstance n'implique pas un rapport de convenance ou de disconvenance à la raison », au moins de rapport spécial et nouveau, comme nous l'allons expliquer à l'article suivant. (( Et par suite, il n'est pas nécessaire, s'il y a plusieurs circonstances pour un même acte, qu'un même acte se trouve en plusieurs espèces. — Au surplus, il n'y a d'ailleurs pas d'inconvénient à ce qu'un même acte moral soit
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en plusieurs espèces, au point de vue moral, même en plusieurs espèces disparates, ainsi qu'il a été dit » (art. 7, ad i""*; q. i, art. 3, ad S''"').
Ce dernier mot, que nous avions déjà expliqué plus haut, en ce qui est de la diversité des espèces dues à l'objet et à la fin, est mis en lumière très vive par saint Thomas, relativement à la diversité spéciale causée par les circonstances, dans les Questions disputées, du Mal (q. 2, art. 6). — A Vad 2"™ de cet article, saint Thomas formule ainsi la grande règle de la spécification morale : « De même que l'acte, en général, reçoit l'espèce de l'objet, de même l'acte moral reçoit l'espèce de l'objet moral; mais il ne s'ensuit pas qu'il ne puisse recevoir l'espèce par le moyen des circonstances; car la circonstance peut amener dans l'objet une condition nouvelle qui donne l'espèce à l'acte ». Ce mode dont la circonstance donne l'espèce à l'acte ne doit pas ss confondre avec le mode dont la fin peut aussi donner à l'acte son espèce. Il en est, observe saint Thomas dans son commentaire sur les Sentences (liv. IV, dist. 16, q. 3, art 2, q^^ 3), qui ont voulu expliquer que les circonstances donnent à l'acte son espèce, en disant que cela arrive selon que ces circonstances sont prises comme fins de la volonté, attendu que l'acte moral tire son espèce de la fin. Mais, reprend le saint Docteur, cela ne semble pas convenablement dit. Parfois, en effet, l'espèce » de l'acte, s'il s'agit de l'acte mauvais, c'est-àdire « du péché, varie sans que l'intention » de celui qui agit « se porte sur cette circonstance ; c'est ainsi que le voleur prendrait aussi volontiers un vase d'or, qui ne serait pas sacré, comme il le prend quand il est tel; et cependant son acte est changé en une autre espèce de péché : de simple vol. il devient sacrilège. Il s'ensuivrait aussi, que, seule, la circonstance de la fin changerait l'espèce; ce qui n'est pas : car toute circonstance peut changer l'espèce morale, bien qu'elle ne la change pas toujours ». Ce n'est pas donc pas uniquement parce que telle circonstance est prise comme fin par la volonté, devenant ainsi une sorte de second objet pour l'acte moral, que la circonstance peut donner à l'acte moral son espèce; c'est aussi parce qu'elle modifie en lui-même ce qui était déjà l'objet de
cet acte, devenant, pour ainsi dire, partie, ou, comme s'exprime saint Thomas, condition principale de cet objet. Il est vrai que même sans devenir fin directe de la volonté, la circonstance peut encore devenir une sorte de second objet, distinct du premier et qui se surajoute à lui, non pas comme partie ou condition nouvelle et principale, mais comme objet nouveau : « C'est amsi, remarque saint Thomas dans ïad 2- précité de la question du Mal, que si quelqu'un fait quelque chose qui ne convient pas durant le temps saint, le temps saint qui est considéré comme cnconstanc(^ par rapport à l'acte inconvenant qui se fait alors, peut être considéré comme objet, par rapport à un autre acte qui entoure le premier, et qui est l'acte de mépriser le temps saint. Dans ce cas, on peut entendre que la circonstance donne l'espèce à lacté, non point parce qu'il résulte de cette circonstance une certaine condition nouvelle du premier objet, mais en tant que cette circonstance est considérée comme objet d'un autre acte juxtaposé. Il en serait de même », et cet autre exemple est celui de la circonstance prise directement comme fin de la volonté, « si quelqu'un commettait la fornication pour voler : une nouvelle espèce d'acte mauvais viendrait de l'acte d'intention se portant ..ur une fin mauvaise, objet de cet acte d'intention ».
C'est cette différence dans la spécification de l'acte moral par les circonstances, selon que cette spécification se produit en raison d'une circonstance devenant, en quelque sorte, partie ou condition principale du premier objet, ou, au contraire, étant elle-même une sorte d'objet nouveau, soit parce qu'elle constitue l'objet d'un acte distinct, soit parce qu'en effet elle est l'objet d'un acte de la volonté distinct et surajouté explicitement ou directement, — qui amène une simple différence spécifique nouvelle du même acte restant un seul acte moral, ou une espèce nouvelle qui constitue un acte nouveau. Dans un cas, c'est une gradation dans la détermination spécifitpie d'un même acte générique; dans l'autre, c'est la constitution d'un acte différent. « Lorsque la circonstance constitue une espèce qui se réfère à l'acte préconçu comme l'espèce au genre subalterne, on n'a pas un acte qui soit en des espèces diverses, déclare saint Thomas à Vad S""" de l'article de la question du Mal pas plus qu'être
SOUS l'espèce homme et sous le genre animal », (qui pourtaiit, est, lui aussi, une espèce, par rapport au genre vivant), « ne fait qu'on soit sous diverses espèces; car l'homme est vraiment toui Ci' qu'est l'animal; et il en est de même du sacrilège et du vol : dans ce cas, en effet, avait dit saint Thomas, au corps de a même article, l'espèce constituée par la circonstance est un^i certaine espèce », une détermination nouvelle et plus limitée (( de l'acte même, qui, d'abord, était considéré sous une raison plus générale. D'autres fois, au contraire, la circonstance constitue une certaine espèce tout autre et disparate, qui n'ap partient pas au même genre d'acte moral : ainsi quand je vole ce qui appartient à autrui pour pouvoir commettre un meurtre ou une simonie » : il n'y a aucun rapport intrinsèque entre ces deux actes : c'est ma volonté seule qui les unit; ils pourraient aussi être unis, nous l'avons dit, indépendamment de la volonté, mais d'une façon tout accidentelle; comme d'accomplir un acte inconvenant durant un temps particulièrement saint. (( Lorsque la circonstance constitue ainsi une autr^ espèce d'acte moral disparate, le même acte sera sous deux espèces diverses ». Il n'y aura qu'un seul acte physique; mais il y aura deux ou plusieurs actes moraux, ou plutôt deux ou plusieurs moralités dans un même acte. « Si », déclare expressément saint Thomas, en réponse à la douzième objection de ce même article, « la circonstance constitue une espèce qui se réfère à l'acte peccamineux préconçu, comme l'espèce de cet acte, à la manière dont l'adultère se réfère à la fornication, il n'y a pas deux péchés; il n'y en a qu'un: mais si elle constitue une espèce de péché disparate, le péché sera un en raison de Tunique substance d'acte, mais ce péché sera multiple, en raison des multiples et diverses difformités qui seront en lui », et qui ne se subordonneront pas entre elles, mais seront seulement juxtaposées dans leur raison de malice. — Cr, nous l'avons dit, et ce mot doit être soigneusement retenu, les diverses raisons de moralité se subordonnent, quand elles affectent le même objet moral; elles se juxtaposent, quand elles constituent des objets moraux distincts.
QUESTION XVIir. BONTÉ ET MALICE DES ACTES HUMAINS. 535
les circonstances de l'acte humain peuvent donner à cet acte son être spécifique au point de vue moral ; le font-elles toujours? Suffit-il qu'une circonstance ajoute à la bonté ou à la malice de l'acte, pour qu'elle constitue cet acte avec un nouveau caractère spécifique ou dans une nouvelle espèce de bien ou de mal — C/est ce qu'il nous reste à examiner, et tel est l'objet de l'article suivant .
Article XI.
Si toute circonstance qui augmente la bonté ou la malice de l'acte, constitue l'acte moral dans l'espèce d'acte bon ou d'acte mauvais?
Trois objections veulent prouver que « toute circonstance ayant trait à la bonté ou à la malice donne une espèce à l'acte ». — La première est que (( le bien et le mal sont les différences r>{)écifiques des actes moraux. Gela donc qui fait différence dans ia bonté ou la malice de l'acte moral, fait différer selon la différence spécifique; ce qui est dilférer selon l'espèce. Or, ce qui ajoute à la bonté ou à la malice de l'acte, fait différer selon la bonté et la malice. Donc cela fait différer selon l'espèce. Donc toute circonstance qui ajoute à la bonté ou à la malice de l'acte, constitue l'espèce » de cet acte. — La seconde objection pose ce dilemme. (( Ou la circonstance qui survient, a, en elle, une cpitaine raison de bonté ou de malice; ou elle n'en a aucune. Si elle n'en a pas, elle ne peut pas ajouter à la bonté ou à la malice de l'acte; car ce qui n'est pas bon, ne peut pas faire qu'une chose bonne soit meilleure, et ce qui n'est pas mauvais, ne peut pas faire tfu'une chose mauvaise soit pire. Que si elle a, en elle, une raison de bonté ou de malice, par le fait même elle a une certaine espèce de bien ou de mal. Donc toute circonstance qui ajoute à la bonté ou à la malice, constitue une nouvelle espèce de bien ou de mal ». — La troisième objection rappelle que <( d'après saint Denys, au chapitre iv des Noms Divins (de S. Th., leç. ir.-»!, le mal est eaiisé par n'importe quel défaut. Or, chaque circonstance qui aggrave la malice, implique un défaut spécial. Donc chaque circonstance ajoute une
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nouvelle espèce de péché. Et, pour la même raison, chaque circonstance qui augmente la bonté, semble ajouter une nouvelle espèce de bien, comme chaque unité ajoutée au nombra fait une nouvelle espèce de nombre; car le bien consiste dans le nombre, le poids et la mesure » [cf. i p., q. 5, art. 5].
L'argument sed contra observe simplement que « le plus et le moins ne diversifient pas l'espèce. Or, le plus et le moins sont une circonstance qui ajoute à la bonté et à la malice. Donc toute circonstance qui ajoute à la bonté et à la malice, ne constitue pas l'acte moral dans une espèce d'acte bon ou d'acte mauvais )>.
Au corps de l'article, saint Thomas s'appuie sur la doctrine exposée à l'article précédent. Il rappelle que « la circonstance, ainsi qu'il a été dit, donne l'espèce de bien et de mal à l'acte moral, selon qu'elle regarde un ordre spécial de la raison ». Si, par elle-même, et non pas seulement à cause de l'objet ou à cause d'une autre circonstance, telle circonstance implitiue uii rapport de convenance ou de disconvenance à la raison, elle aura en elle de spécifier l'acte humain, au point de vue moral, en mal ou en bien. « Mais il arrive parfois qu'une circonstance n'a trait à l'ordre de la raison, en bien ou en mal, qu'à caus^ d'une autre circonstance présupposée, qui donne à l'acte moral lespèce d'acte bon ou d'acte mauvais. C'est ainsi que prendre quelque chose en grande ou en petite quantité, n'a trait à l'ordre de la raison, en bien ou en mal, que si l'on présuppose une autre condition, d'où l'acte tire une raison de bonté ou de malice; par exemple, le fait que la chose qu'on prend, appartient à autrui. Il s'ensuit que prendre ce qui appartient à autrui, en grande ou en petite quantité, ne diversifiera pas l'espère du péché » : l'acte demeurera toujours dans l'espèce d'acte mauvais qui est le vol. « Toutefois, cette circonstance peut aggraver ou diminuer le péché. Il en est de même dans les autres actes mauvais ou bons. Et donc nous devons dire que toute circonstance qui ajoute à la bonté ou à la malice, ne varie pas l'espèce de l'acte moral ».
\Jad primum répond que <( dans les choses qui admettent '«? plus et le moins, la différence du plus et du moins ne diversifie
QUESTION XVIir. BONTÉ ET MALICii; DES ACTES HUMAINS. 537
pas l'espèce; c'est ainsi que d'être plus ou moins blanc, ne fait pas qu'on soit d'une couleur spécifiquement différente. Et pareillement le seul fait qu'il y a diversité du plus et du moins dans le bien ou dans le mal, n'entraîne pas, pour l'acte moral, une différence spécifique ».
L'ad secundam fait observer que « la circonstance qui aggrave le péché ou qui ajoute à la bonté de l'acte, n'a pas toujours une raison de bonté ou de malice en elle-même, mais seulement, quelquefois, par rapport à une autre condition de l'acte, ainsi qu'il a été dit (au corps de l'article). Dans ce cas, elle ne donne pas de nouveiir; e.:pèce, mais elle augmente la bonté ou la malice qui se tire de 1 autre condition de l'acte ».
Vad tertium répond dans le même sens. Toute circonstance qui aggrave la malice d'un acte « n'implique pas un certain défaut en raison d'elle-même; elle ne le fait quelquefois. qu'en raison d'une autre chose distincte d'elle. Et, de même, la circonstance » qui ajoute à la bonté (( n'ajoute pas toujours une perfection nouvelle, sinon en raison d'une autre chose. Et pour autant, bien qu'elle ajoute à la bonté ou à la malice, elle ne varie pas toujours l'espèce du bien et du mal ».
S'il fallait donner une règle pour discerner les nouvelles espèces de moralité qui proviennent des circonstances, — résumant ainsi la grande doctrine des deux articles que nous venons de voir, — nous pourrions la formuler comme il suit.
La circonstance ne peut créer ou modifier l'espèce de la moralité dans l'acte humain, que si elle tombe, par elle-même, sous un ordre de la raison. Si elle ne se réfère à l'ordre de la raison, qu'à cause de l'objet ou à cause d'une autre circonstance, ehe pourra bien ajouter à la bonté ou à la malice de l'acte, dans l'espèce oij cet acte se trouve déjà, — et encore ne sera-t-il pas nécessaire qu'elle le fasse toujours; — mais elle n'apportera jamais une espèce nouvelle à l'acte. Il faut donc que la circonstance se réfère par elle-même et selon son être propre, à la raison, pour qu'elle intéresse la moralité de l'acte au point d:; vue spécifique. Or, c'est d'une double manière, qu'elle peut ainsi intéresser la moralité de l'acte, au point de vue spécifique, quand
538 SOMME THEOLOGIQUE.
elle dit par elle-même un ordre spécial à la raison, principe de la moralité. Tantôt, en effet, elle donnera à l'acte une nouvelle espèce, en ce sens que l'espèce qui serait celle de l'acte sans cette circonstance, a dcbormais raison de genre par rapport à l'espèce que donne la circonstance. 11 en est ainsi toutes les fois que .de la circonstance résulte une condition spéciale îiouvelle de moralité pour ce qui était l'objet de l'acte. Par exemple, dans l'ordre des actes mauvais, si l'objet du vol, qui est le bien d'autrui, revêt, sous sa raison propre de bien d' autrui, la condition spéciale et nouvelle d'être un objet saint, soit parce qu'il est consacré, soit parce qu'il appartient au lieu saint, le vol, de simple vol qu'il serait, devient cette espèce particulière de vol qui s'appelle, parmi toutes les espèces de vols, un sacrilège. De même, si la matière ou l'objet de l'homicide, qui est une personne humaine, revêt ce caractère spécial d'être une personn? consacrée à Dieu, l'homicide, de simple homicide qu'il serait sans cette condition, devient cette espèce particulière d'homicide, qui, parmi les diverses espèces d'homicides, porte le nom de sacrilège. Pareillement, si on abuse d'une personne consacrée à Dieu, au lieu d'une simple fornication, ou d'un adultère, on aura cette espèce particulière de péché de luxure qui portera aussi, dans ce genre de péchés, le nom de sacrilège.
Si, au contraire, de la circoyistance qui entoure l'acte humain, ne résulte pas une condition spéciale nouvelle de moralité pour ce qui était l'objet de l'acte, mais se trouve constitué comme un objet moral nouveau distinct du premier, dans ce cas la première espèce demeure dans sa raison d'espèce, et la circonstance crée une espèce nouvelle, se surajoutant ou plutôt se juxtaposant à la première, comme une espèce d'un autre genre. — Ainsi, toujours dans l'ordre des actes mauvais, l'homicide ou !o meurtre d'une personne qui n'est pas consacrée à Dieu, mais qui se trouve dans un lieu saint, garde son caractère de simpl'» homicide, mais entraîne après lui une autre espèce de péchx4 joint au péché d'homicide, et qui est la profanation du lieu saint : cello profanation s'appellera aussi au nom de sacrilège; mais, "^c ne sera plus, comme tout à l'hcuie, une espèce dans ]r genre homicide; ce sera un péché d'un autre genre, un sa-
QUESTION XVîîI. BONTÉ ET MALICE DES ACTES HUMAINS. 689
criiège distinct, qui ne se rattachera qu'accidentellement à l'acte d'honiicide. De même, pour l'abus d'une personne qui ne serait pas consacrée à Dieu, mais qui se trouverait dans un lieu saint. Pareillement aussi pour le vol dun objet qui n'est point consacré, ni ne fait point partie du lieu saint, mais se trouve accidentellement dans un lieu saint. Dans tous ces cas, il y a comme des actes distincts et disparates, chacun ayant son espèce propr-^; cl distincte, en des genres non subalternes. Si bien qu'un même acte pourra se rencontrer, qui aura deux espèces distinctes et disparates, appelées cependant d'un même nom. Ainsi de l'homicide qui porte sur une personne sacrée et s'accomplit dans le lieu saint. La circonstance du lieu saint lui donne l'espèce disparate de sacrilège, qui est la profanation de ce saint lieu; et parce que cette profanation du lieu saint se fait par le meurtre dune personne consacrée à Dieu, on a ici, outre le sacrilège qui consiste dans la profanation du saint lieu, le sacrilège propre à l'acte lui-même et qui spécifie Ihomicide.
li résulte de ce qui a été dit, qu'un même péché peut appartenir, en raison de sa propre espèce morale, à deux genres de péchés différents. Le vol, par exemple, ou la luxure, ou l'homicide, qui ont, chacun dans leur genre, la raison de sacrilège, appartiennent, comme sacrilèges, au genre propre dont ils sont les espèces; et aussi au genre sacrilège, dont ils sont également des espèces. Mais ce n'est pas au môme titre qu'ils ont la raison d'espèce dans l'un et l'autre genre. Ils sont les espèces de leur genre propre, en raison de la circonstance qui devient une condition de l'objet appartenant à ce genre; ils sont, au contraire, les espèces du genre sacrilège, en raison de l'objet qui les constitue dans leur genre.
Dans un cas, la circonstance a raison de différence spécifique ultime, et l'objet ordinaire a raison de genre; dans l'autre, la circonstance a raison de g-enre et l'objet ordinaire devient la différence spécifique. Si, en efFet, le vol, la luxure et l'homicide ditfèrenl dans le g'enre sacrilège, ce n'est pas en raison du caractère de chose sainte, qui est commun dans les trois cas; mais en raison de l'objet ou de la personne, où se trouve ce caractère de chose sainte, et en raison de l'acte matériel ou de la chose accomplie à
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l'endroit de telle chose ou de telle personne sainte, qui fait que ces divers actes appartiennent, chacun, à tel genre distinct.
L'acte humain, pris en général et sans considérer encore séparément son caractère d'acte intérieur ou d'acte extérieur, se distingue, au point de vue de la bonté ou de la malice, selon qu il a ou qu'il n'a pas ce qui est requis à la plénitude de son être propre. Or, l'être propre de l'acte humain, en tant que tel, consiste à être un acte de raison. Il sera donc, purement et simplement, bon, quand tout en lui sera conforme à la raison; il ne le sera pas, il sera mauvais, dans la mesure où quelque chose en lui ne sera pas conforme à la raison. Les éléments qui peuvent ainsi concourir à la bonté ou à la malice de l'acte humain, selon qu'ils seront conformes à la raison ou ne le seront pas, sont l'objet, les circonstances et la fin. La distinction qui en résulte, est, pour l'acte humain, une distinction spécifique car elle porte sur l'objet de l'acte sous sa raison formelle, à prendre l'objet de l'acte non pas comme chose physique ou extérieure, mais comme chose de raison : la spécification dont il s'agit, en effet, est une spécification dans Tordre moral, et non dans l'ordre physique. Dans l'ordre physique, l'acte humain se spécifie toujours par son objet, au sens matériel de ce mot; et seulement par son objet. Dans l'ordre mOral, l'acte humain se spécifie aussi par son objet, mais par son objet qui n'est pas l'objet matériel en tant que tel; c'est l'objet en tant qu'il est chose de raison. Cet objet, chose de raison, est parfois, souvent même, l'objet matériel de l'acte; mais ce ne l'est pas toujours. C'est toujours la fin. C'est parfois telle circonstance, soit que la circonstance se joigne à l'objet matériel, comme condition nouvelle d'objet moral, soit même qu'elle constitue à elle seule un véritable objet moral; toutefois, il n'en est pas toujours ainsi : la circonstance peut n'être qu'une condition accidentelle s'ajoutant à l'objet moral préexistant; elle pout même n'être que d'ordre physique et ne se rapporter en rien à la moralité de l'acte.
Xoiis avons considéré la moralité de l'acte humain selon qii il est en lui-même, avec tout ce qui peut se rencontrer en lui.
objet, circonstances, fin. — Nous devons maintenant considérer la moralité de cet acte selon quil se trouve dans la volonté. C^va être l'objet de la question suivante, d'une importance extrême, puisque c'est ici que nous aurons à étudier directement et en elle-même la conscience morale.