‹ Commentaire français littéral de la Somme Théologique de Saint Thomas d'Aquin (volume 5)Chapitre 74 sur 79 · QUESTION XX · texte numérisé non relu

QUESTION XX

Cette question comprend six articles :

lo Si la bonté et la malice se trouve d'abord dans l'acte de la volonté

ou dans l'acte extérieur ?

20 Si toute la bonté ou la malice de l'acte extérieur dépend de la bonté

de la volonté ?

30 Si c'est la même bonté et la même malice pour l'acte intérieur et

l'acte extérieur '?

4" Si l'acte extérieur ajoute quelque chose, en fait de bonté ou de

malice, à l'acte intérieur?

50 Si les conséquences de l'acte ajoutent quelque chose, en fait de

bonté ou de malice, à l'acte extérieur ? 60 Si le même acte extérieur peut être bon et mauvais

De ces six articles, les quatre premiers étudient la moralité de l'acte extérieur dans ses rapports avec la moralité de l'acte intérieur; les deux autres étudient la moralité de l'acte extérieur en lui-même. — Étudiant la moralité de l'acte extérieur dans ses rapports avec la moralité de l'acte intérieur, saint Thomas se demande si la seconde vient — tout entière, de la première, — la même — sans rien lui ajouter. — Et, d'abord, si la moralité de l'acte extérieur vient de la moralité de l'acte intérieur.

C'est l'objet de l'article premier.

Article Premier.

Si la bonté ou la malice se trouve d'abord dans l'acte de la volonté, ou dans l'acte extérieur?

Trois objections veulent prouver que k le bien et le mal consistent dans l'acte extérieur, avant de consister dans l'acte de la

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volonté ». — La première est que <( la volonté tire sa bonté de l'objet, ainsi qu'il a été dit plus haut (q. 19, art. 1,2). Or, l'acte extérieur est l'objet de l'acte intérieur de la volonté; nous sommes dits, en effet, vouloir le vol, ou voulou' faire l'aumône. Donc, le mal et le bien sont dans l'acte extérieur avant d'être dans l'acte de la volonté ». — La seconde objection dit que « la raison de bien convient premièrement à la fin, puisque ce qui est ordonné à la fm tire sa raison de bien de l'ordre qu'il a à la lin. Or, l'acte de la volonté ne peut pas avoir raison de fm, ainsi qu'il a été dit plus haut (q. i, art. i, ad 2""^); l'acte des autres puissances, au contraire, peut avoir raison de fin. Donc le bien consiste dans l'acte des autres puissances plutôt que dans l'acte de la volonté ». — La troisième objection rappelle que i< l'acte de la volonté a raison de forme par rapport à l'acte extérieur, ainsi qu'il a été dit plus haut (q. 18, art. 6). Or, ce qui a raison de forme vient après; car la forme présuppose la matière. Donc le bien et le mal se trouvent dans l'acte extérieur plutôt que dans l'acte de la volonté ». — Nous voyons, par ces objections, qu'il faut entendre, ici, par acte extérieur, tout acte commandé; l'acte intérieur est seulement l'acte qui émane directement de la volonté.

L'argument sed contra en appelle à « saint Augustin », qui (( dit, au livre des Rétractations (liv I, ch. ix), que Itii volonté est ce par où Von pèche et par où Von vit bien. Donc le bien et le mal moral consistent d'abord dans la volonté ».

Au corps de l'article, saint Thomas fait observer que « l'acte extérieur peut être dit bon ou mauvais, d'une double manière. D'abord, en raison de son espèce et des circonstances qui l'entourent; c'est ainsi que donner l'aumône, en tenant compte de toutes les conditions voulues, est un acte bon. D'une seconde manière, l'acte est dil bon ou mauvais, en raison de la fin qui le commande; c'est ainsi que faire l'aumône pour un motif de vaine gloire est un acte mauvais. Puis donc que la fm est l'objet propre de la volonté, il est manifeste que cette raison de bien ou de mal qui est dans l'acte extérieur par rapport à la fin, se trouve d'abord dans l'acte de la volonté et par voie de conséquence dans l'acte extérieur. Au contraire, la bonté

OU la malice qui se trouve dans l'acte extérieur en lui-même, à cause de sa matière et des circonstances, ne vient pas de la volonté, mais plutôt de la raison » : c'est la raison qui détermine cette bonté ou cette malice, selon qu'elle juge que tel objet, dans telles circonstances, est apte à être voulu purement et simplement par tel sujet, ou ne l'est pas. « Il s'ensuit qu'à considérer la bonté de l'acte extérieur selon que cet acte est dans l'ordination et la perception de la raison, celle bonté est antérieure à la bonté de l'acte de la volonté; si, au contraire, on la considère selon que l'acte extérieur existe réalisé en lui-même, cette bonté dépend de la volonté qui est le principe de cet acte ». — Ainsi donc, l'acte extérieur, existant comme tel, est bon ou mauvais, selon que la volonté est bonne ou mauvaise; car il dépend de la volonté comme de sa cause. L'acte extérieur, existant dans la perception de la raison, ne dépend pas de la volonté; dans sa bonté ou dans sa malice; mais c'est plutôt la volonté qui dépend de lui; car il a lui-même raison d'objet ou de cause par rapport à l'acte de la volonté.

Vad primum formule expressément la raison de la double conclusion de l'article. « L'acte extérieur, dit saint Thomas, est objet de la volonté, en tant qu'il est proposé à la volonté par la raison comme un certain bien que la raison perçoit et justifie; et à ce titre, il est antérieur au bien de l'acte de la volonté. Mais, en tant qu'il consiste dans l'exécution extérieure, il est l'effet de la volonté et vient après elle ».

L'ad secundum dit « que la fin précède dans l'ordre d'intention; mais elle suit, dans l'ordre d'exécution ».

Vad tertiiun fait observer que « la forme, selon qu'elle est reçue dans la matière, est postérieure, dans la voie de la génération, à la matière, bien qu'elle demeure première dans l'ordre de nature; mais selon qu'elle est dans la cause efficiente, elle est première de toutes façons. Or, la volonté se compare à l'acte extérieur », existant réalisé, a comme sa cause efficiente. Il s'ensuit que la bonté de l'acte de la volonté est la forme de l'acte extérieur, comme existant dans la cause efficiente » de cet acte. Elle est donc, de toute manière, à ce titre, antérieure à la bonté de l'acte extérieur, qui dépend d'elle comme de sa cause.

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