‹ Commentaire français littéral de la Somme Théologique de Saint Thomas d'Aquin (volume 5)Chapitre 8 sur 79 · QL'ESTIO.N I. — DE LV FIN DERNIÈRE DE LHOMME · texte numérisé non relu

QL'ESTIO.N I. — DE LV FIN DERNIÈRE DE LHOMME

tiuni, saint Thomas semblera identifier les deux. Mais les deux spécifications derneiwent complètement distinctes: et ici il ne s'agit directement que de la première. Le négociant qui ordonne tous ses actes en vue d'un gain à réaliser, a ses actes spécifiés foimellemeiit par cette fin et c est de là qu'il tire son nom. Cette lin est une fin morale, en ce sens qu'elle appartient à l'ordre n-.oral, suboidonnée au choix de la volonté; mais elle n'est pas, d<' soi, une lin morale, en ce sens que, par elle, les actes du négociant, soient constitués moralement bons. Elle spécifie simpiement les actes du négociant, quant à l'être propre de ces H« les. l*ar elle, ces actes sont tels et non pas autres : des actes i\r négoce, et non des actes de philanthropie ou de dilettantisme. Elle ne les spécifie pas, de soi, daM> l'ordie ou le genre du bien et du mal moral. L'acte du négociant, spécifié, comme acte de négoce, par le gain à acquérir (pi'il poursuit comme fin, peut d< ineurer, à le considérer en lui-même, non spécifié dans le genre du bi. ii ou du mal moral; si bien qu'il pourra, tout en restant lui-même, comme espèce d'acte émanant de la volonté délibérée, appartenir, en raison d'une condition ou d'une circonstance suiajoutée, comme, par exemple, celle dune seconde fln de la volonté, au genre des acte> bons ou au genre des actes mauvais. Nous aurons même à remarquer plus tard, que s'il s agit d'une fin moralement mauvaise, l'acte* humain ou moral n'est spécifié par elle, en tant qu'acte humain, que par la raison de bien qui s'y trouve et attire la volonté; la raison de mal sera en dehors de ce qui spécifie, proprement, cet acte humain; et il n'appartiendra au genre des actes mauvais et à telle espètts ou catégorie de ces actes que par voie de conséquence, parce que le bien que poursuit la volonté et qui spécifie son acte, entrain*' après lui des privations de certains autres biens, d'où il sui\ra que cet acte, constitué tel acte par la fin ou le bien que poursuit la volonté, sera, en fait, tel ou tel acte mauvais. Mais n'anticipons pas. Nous aurons à exposer tout cela plus tard quand nous traiterons de la spécification du péché ou du mal moral. 11 iiou.-^ aura suffi, pour le moment, de préciser la portée du présent ailicle dont la doctrine sera présupposée dans toutes les questions qui suivront.

Venons, tout de suile, à la lettre du texte de saint Thomas,

Trois objections \culent prouver que <; les actes humains ne reçoivent pas leur espèce de la fin ». — La première observe que u la fin esl une cause extrinsèque. Or, c'est d'un principe intrinsèque que loul être reçoit son espèce. Donc les actes humains ne iiçoivent pas leur espèce de la fin ». — La seconde objection dit que « ce qui donne i'tspèce doit venir dabord. Or, la fin existe en dernier lieu. Donc ce n'est pas la fin qui donne leur espèce aux actes humains ». — La troisième objection remarque qu' (( une même chose ne peut être que dans une seule espèce. Or, il arrive qu'un acte, numériquement le même, est ordonné à des fins diverses. Donc la fin ne donne pas l'espèce aux actes humains ».

L'argument sed contra est un texte de «■ saint Augustin », qui « (lit, dans son livre des Mœurs de V Elise et des Manichéens (liv. II, ch. ni) : Selon que la jin est coupable ou louable, nos ouvres le sont également >^.

Au corps de l'article, saint Thomas commence par rappeler le grand principe qui domine toute question relative à la spécification des divers cires. « Chaque chose, dit-il, est placée dans son espèce par l'acte et non par la puissance -s à prendre ces mots dans leur sens métaphysique, u De là vient, poursuit le saint Docteur, que* les êtres composés », dans leur substance. (■ de matière et de forme, sont constitués dans leurs espèces par leurs formes piopres )) : la forme, en effet, a raison d'acte, par rapport à la matière, qui a raison de puissance. « La même chose devra se considérer aussi dans les mouvements propres », qui procèdent d'un principe déterminé et vont à un terme précis. ^ous raisonnerons pour le mouvement, être successif, comme nous raisonnons pour la substance matéiielle, être permanent. Dans un cas, aussi bien que dans l'autre, nous avons mélange ou composition d'acte et de puissance, bien qu'à des titres très divers; et dans un cas comme dans l'autre, c'est l'acte qui spécifiera l'être, et non pas la puissance. « Le mouvement, en effet, se dislingue, d'une certaine manière, par l'action et la passion », en ce sens que tout mouvement est action ou passion; a et soit liiii, soit l'autre, tirent leur espèce de ce qui a pour eux la rai-

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