‹ Commentaire français littéral de la Somme Théologique de Saint Thomas d'Aquin (volume 5)Chapitre 9 sur 79 · QUESTION I. DE LA FIN DEHNIÈRE DE L HOMME · texte numérisé non relu

QUESTION I. DE LA FIN DEHNIÈRE DE L HOMME

SOU d'acte », c'est-à-diif de ce qui les actue, de ce qui les fait être : « l'action, de l'acte qui est le principe de cette action; la [)c.ssion, de l'acte qui est le terme du mouvement. Aussi bien, l;i caléfaction, au sens actif, n'est pas autre chose qu'une certaine motion ayant pour principe la chaleur; et la caléfaction, au sens passif, n'est pas autre chose qu'un mouvement se terminant à la chaleur » : dans un cas, on a un être qui chauffe; dans l'autre, un être qui est chauffé. Et ces expressions elles-mêmes nous disent où se trouve le principe qui spécilie; « car la délinition manifeste la raison de l'espèce ». Puis donc que nous détinissons la caléfaction action, un mouvement qui procède de la chaleur; et la caléfaction passion, un mouvement qui se termine a la chaleur, il est bien manifeste que c'est l'acte chaleur qui spécifie 1 un et l'autre de ces deux mouvements.

<' Or, précisément, c'est de cette double manière que les actes humains reçoivent leur espèce de la fin, qu'on les considère par mode d'actions ou par mode de passions; car ils peuvent se considérer de ces deux manières, l'homme se mouvant lui-même et étant mû par lui » : il se meut, en ce sens qu'il se délermine et qu'il se fixe à lui-même le but de ses actions; et il est mù, en ce sens qu'il va à ce terme sous l'impulsion qu'il s'est donnée luirnême. *

Ainsi donc les actes humains, qui se rattachent a i mouvement, par opposition aux êtres statiques rangés dans la catéj.'orie substance, peuvent avoir, sous leur raison même d'actes iumains, le caractère de mouvement action et le caractère de mouvement passion. D'oii il suit qu'ils doivent nécessairement se spécifier, soit en raison de leur principe, soit en raison de leuiterme.

« Or, nous avons dit plus haut (art. i) que les actes humains sont dits tels, en tant qu'ils émanent de la volonté délibérée. D'autre part, l'objet de Id volonté est le bien et la fin ». Et parce que, lorsqu'il s'agit d'une puissance passive qui ne crée pas son objet mais le suppose et est mue par lui, l'objet a raison de principe par rapport à l'acte de celte puissance, « il s'ensuit manifestement que le principe des actes humains, en tant qu'ils sont humains », c'est-à-dire en tant qu'ils émanent de la volonté,

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puissance passive qui est mue par son objet, « est la fin. Pareillement, c'est encore la fin, qui est le terme de ces mêmes actes. Ce à quoi, en effet, se termine l'acte humain, c'est ce que la vclonté se propose comme fin; et c'est ainsi, d'ailleurs, que parmi les agents physiques, la forme de l'être produit ressemble à la ferme du principe qui agit ». Dans son commentaire sur les IScntences, liv. 11, dist. 4o, art. i; et dans les Questions disputées, de la chanté, art. 3, saint Thomas disait précisément que la fin, ou le bien, objet de la volonté, est en quelque sorte la forme de la puissance dont elle est l'objet; et de même que la forme de 1 être qui agit est tout ensemble le principe et le terme de l'action de cet être, comme nous le voyons dans les agents naturels, {^ajcillcment la fin est le principe et le terme des actes de la volonté délibérée. D'où il suit que c'est elle, et elle seule, qui les spécifie. « Et parce que, survant le mot de saint Ambroise, dans sor commentaire sur saint Luc (prologue), les mœurs » ou la morale « sont quelque chose de propre à l'homme, nous dirons que les actes moraux tirent proprement îeur espèce de la fin; car actes moraux et actes humains, c'est tout un ».

\ous voyons, pai ce dernier mot et par la doctrine du présent rirticie. jointe à celle des deux articles précédents, la place qu'occupe en morale la laison de fin. Cette place est la première; et tout le reste en doit dépendre iiécessairement. Aussi bien, nous ne saurions trop admirer, ici encore, le génie de saint Thomas, ijui. voulant traiter du retour de l'homme vers Dieu, par ses actes liumains ou moraux, a <u ouvrir son étude par celte première interrogation, d'une profondeur infinie : si l'homme agit pour une fin?

\j'ad primum répond que « la fin n'est pas quelque chose de tout à fait extrinsèque à l'acte; car elle se compare à lui comme son principe ou son terme; et cela même est essentiel à l'acte, d'émaner d'un principe, s'il s'agit de l'action, et d'aller vers un terme, s'il s'agit de la passion ».

l.'ad secundum rappelle que « la fin, selon qu'elle vient d'iiboid dans l'intention, ainsi qu'il a été dit (art. i, ad i*""). se ri.ltîulic, de ce chef, à la volonté »; c'est à ce titre qu'elle agit sur elle et l'informe, en quelque sorte, pour devenir principe de son

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acte. « Et précisément, c'est de cette sorte qu'elle donne l'espèce a l'acte iiumain ou moral ». La priorité du principe spéciiicateur a est donc nullement mise en cause, comme le supposait, ti toit, l'objection

L'ad lertium fait remarquer qu' « un môme acte numérique, a le piendre selon qu'il émane d'une seule fois du principe de l'action, n'est ordonné qu'à une seule lin prochaine, qui lui donne son espèce; mais il peut être ordonné à plusieurs fins éloignées, dont l'une a raison de fin par rapport à l'autre ». Il n'est donc pas possible qu'un même acte numérique, à le considérer dans son être spécifique moral, constitué par le but ou la fin que l'être voulant se propose, déterininément et d'abord, quand il produit son acte de vouloir, soit ordonné à plusieurs fins, que cet être voulant se proposerait déterminément et d'abord, ou sur Ja même ligne et au même titre. L'acte moral ainsi considéré, ne peut avoir, au sens absolu du mot, qu'une seule fin; et c'est cette fin unique qui lui donne son espèce; bien que cet acte moral puisse d'ailleurs être compris sous d'autres actes moraux, spécifiquement distincts et qui sont ordonnés à des fins supérieures, (v Toutefois, explique saint Thomas, il est possible qu'un même acte qui appartient dans l'ordre physique )> ou en soi et indé- I>endamment de l'ordination de la volonté, « à telle espèce » déterminée, « soit ordonné », par la volonté, « à diverses fins do !.i volonté » elle-même, que cello-ci se sera fixées ou déterminées do son plein gré. « C'est ainsi, par exemple, que l'acte de mettre à mort uu homme, qui demeure en soi spécifiquement le même », déterminé par sa nature même, indépendamment de ce que la volonté peut vouloir ou se proposer en se déterminant à cet acte, « peut être ordonné par elle comme à une fin » qu'elle se fixe ou se détermine « soit au maintien des droits de la justice, soit à la satisfaction de la colère. D'oii il suit que cet acte, spécifiquement ic même au point de vue physique, pourra constituer deux actes nioraux spécifiquement divers. Dans un cas, en effet, il sera un acte de vertu; et dans l'autre, un acte de péché. La raison en est que )) tout acte, au sens d'action ou de passion, est spécifié pîM' son principe ou par sa fin, comme le mouvement est spécifié pai ce qui en constitue l'un ou l'autre terme, ainsi qu'il a été dit.

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Oi , « le mouvement ne reçoit pas son espèce de ce qui en est le terme occasionnel, mai^ seulement de ce qui en est le terme directement et par soi. Et précisément les fins morales » que la \olonté se fixe à elle iiiènie <■ se surajoutent aux choses en soi et sont pour elles, considé^rées dans leur être physique, quelque chose d'accidentel; de même, et en sens inverse, la raison de fin naturelle est quelque chose d'accidentel par rapport à la fin morale. -De là vient que des actes qui sont les mêmes spécifiquement au point de vue physique peuvent être spécifiquement divers au point de vue moral; et inversement ».

Nous avons, dans cet ad iertiuin, divers points de doctrine qu'il importe de souligner. — D^abord, saint Thomas nous y enseigne qu'un acte humain, pris dans sa totalité formelle, et non dans sa di\ersité matérielle, est constitué un par la fin qui en est comme îa forme. C'est la fin qui constitue l'être formel de l'acte, et, par suite, son unité. Partout où se trouvent plusieurs fins concrètes expressément ou implicitement voulues, là se trouvent plusieurs actes au sens formel du mot. Ces divers actes se subordonneront selon que les diverses fins se subordonnent. — Saint Thomas nous apprend aussi à distinguer les fins physico-morales, si l'on peut ainsi dire, et les fins purement morales. Les premières sont celles qui sont constituées par la nature intrinsèque de l'objet sur lequel la volonté se porte, comme, par exemple, le fait matériel de subvenir aux besoins d un pauvre, en lui donnant de l'argent; les secondes sont le piopre exclusif de la volonté délibérée elle-même, sans que l'objet matériel, sur lequel tombe l'acte de la volonté, y soit, de lui-même, poin rien; pai exemple : donner de l'argent à un pauvre, pour gagner sa confiance et l'amener à produire tel acte que Ion désire. A vrai dire, la fin physico-morale ne peut spécifie l'acte, que lorsqu'elle est seule. Dès qu'il s'y ajoute une fin purement morale, c'est celle-ci qui donne à l'acte son être formel et son unité. La fin physico-morale n'a plus alors qu'un caractère nialériel dans l'acte humain; elle n'est pour rien dans la spécification de l'acte moral, an sens où nous parlons ici de spécification. Toutefois, elle pourra spécifier l'acte moral, au sens de la spécification morale. Outre la spécification morale, en bien ou

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