‹ Commentaire français littéral de la Somme Théologique de Saint Thomas d'AquinChapitre 13 sur 21 · QUESTION LXXXI. DE LA COMMUMON DU CHRIST · texte numérisé non relu

QUESTION LXXXI. DE LA COMMUMON DU CHRIST

objection rappelle qu' « il est une double réception de ce sacrement : la réception spirituelle, et la réception sacramentelle. Or, la réception spirituelle ne convenait pas au Christ; car II n'a rien reçu du sacrement. Et, par suite, la réception sacramentelle ne lui convenait pas non plus, puisque sans la réception spirituelle elle est imparfaite, comme il a été vu plus haut (q. 80, art. i). Donc le Christ n'a pris en aucune manière ce sacrement ».

L'argument sed contra cite le mot de « saint Jérôme, à Heldibia » (ép. cxx), oiî il est « dit : Le Seigneur Jésus Lui-même convive et banquet, Lui-même mangeant et mangé ».

Au corps de Tarlicle, saint Thomas répond que « quelquesuns (cf. Pierre de Poitiers, Sent., V, ch. xiii) ont dit que le Christ, dans la Cène, donna aux disciples son corps et son sang, mais que Lui-même toutefois ne les prit point. — Mais cela », poursuit le saint Docteur, « ne semble pas dit comme il convient. C'est qu'en effet les choses que le Christ a instituées comme devant être observées par les autres. Il les a Lui-même observées le premier. De là vient que Lui-même voulut être baptisé avant d'imposer aux autres le baptême; selon cette parole du livre des Actes, ch. i (v. i) : Jésus commença par faire et enseigner. Et, par suite. Lui-même aussi prit d'abord son corps et son sang; el, après. Il les donna à prendre à ses disciples. Et c'est ce que, dans le livre de Rutli, ch. m, sur cette parole (v. ■ji, après avoir mangé et bu, la glose dit, que le Christ mangea et but, à la Cène, quand II donna aux disciples le sacrement de son corps et de son sang. Aussi bien, parce que les serviteurs communièrent à la chair et au sang (Hébreux, ii, i4), Lui semblablemenl y participa ».

Vad primum fait observer que (( dans les Évangiles on lit que le Christ prit le pain et le cidice. Or, il ne faut pas entendre qu'il les prit seulement dans ses mains, comme d'aucuns le disent. Mais il les prit de la même manière qu'il les donna à prendre aux autres. Aussi bien, puisqu'il dit aux disciples : Prenez et mangez; et, de nouveau : prenez el buvez, il faut entendre que le Seigneur Lui-même, en les prenant, mangea et but. Et c'est pourquoi il en est qui ont dit en vers : Le Roi est assis à la Cène,

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entouré de la troupe duodène : Lui-même se lient à la main ; Il se nourrit Lai-même pain ».

Vad secundum applique à la difficulté ou même à l'apparente impossibilié que soulevait l'objection, la grande doctrine exposée plus haut, quand il s'est agi du mystère de la transsubstantiation et de ses suites. « Comme il a été dit plus haut (q. 76, art. 5), le Christ, selon qu'il est dans ce sacrement, est comparé au lieu, non pas selon ses propres dimensions, mais selon les dimensions des espèces sacramentelles, de telle sorte que, en quelque lieu que se trouvent ces espèces, le Christ Lui-même se trouve. Et parce que ces espèces ont pu être dans les mains et dans la bouche du Christ, le Christ Lui" même tout entier a pu être dans ses mains et dans sa bouche. Mais cela n'aurait pas pu être, selon qu'il se compare au lieu en raison de ses propres espèces » ou de ses propres accidents et dimensions. — On aura remarqué cette application faite par saint Thomas lui-même de la doctrine que nous avons soulignée plus haut avec tant de soin. Tout s'explique, dans ce mystère, par les espèces sacramentelles et leur rapport à la substance du corps du Christ, né du changement de leur substance en la substance du corps du Christ, elles-mêmes demeurant ce qu'elles étaient. Dès qu'on a reconnu ce point central du mystère, tout le reste s'ensuit. Et nous pouvons, sans crainte, échapper aux apparentes impossibilités qui se présentent de toutes parts. C'est ainsi que sur le point actuel, nous échappons à l'impossibilité formidable que l'objection opposait. Si nous disions que le corps du Christ selon qu'il est par lui-même en rapport avec les sens, s'est mangé lui-même, nous émettrions une proposition absurde et manifestement impossible. Mais nous disons que le corps du Christ selon qu'il est, par lui-même, en rapport avec le monde sensible, s'est mangé lui-même selon qu'il est en rapport avec ce monde sensible par les accidents ou les espèces du pain et du vin. Et, en cela, il n'y a aucune contradiction, aucune absurdité. C'est même, dirons-nous. — comme on a l'impression que saint Thomas le voyait lui-même en écrivant ce splendide ad secundum, — chose toute naturelle et toute simple, dès là qu'on s'est placé

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