‹ Commentaire français littéral de la Somme Théologique de Saint Thomas d'AquinChapitre 14 sur 21 · QUESTION LXXXI. — DE LA COMMUNION DU CHHIST · texte numérisé non relu

QUESTION LXXXI. — DE LA COMMUNION DU CHHIST

au centre du mystère, en reconnaissant, dans sa vraie teneur, le miracle de la transsubstantiation.

Vad tertium rappelle que « comme il a été dit plus haut (q. 79, art. i, ad 2"'"), l'effet de ce sacrement n'est pas seulement l'augmentation de la grâce habituelle, mais aussi la délectation actuelle de la douceur spirituelle. Or, bien que, pour le Christ, il n'y ait pas eu augmentation de la grâce par la réception de ce sacrement. Il eut cependant une certaine délectation spirituelle dans la nouvelle institution de ce sacrement. Et, aussi bien. Il disait Lui-même, en saint Luc, chap. xxii (v. i5) : fai désiré d'un grand désir manger cette Pâqae avec vous, ce qui est exposé par Eusèbe (de Césarée, sur la solennité de Pâques), en l'appliquant au mystère nouveau de ce Testament nouveau qu'il donnait à ses disciples. Et c'est pourquoi le Christ mangea » ce sacrement, u d'une façon spirituelle. Et, semblablement aussi, d'une façon sacramentelle, pour autant qu'il prit son corps sous le sacrement, sacrement de son corps qu'il conçut et qu'il régla. Toutefois, Il ne le reçut pas de la même manière que les autres qui le reçoivent sacramentellement et spirituellement: ceux-là, en effet, reçoivent l'augmentation de la grâce ; et ils ont besoin des signes sacramentels pour saisir la vérité ». Les autres le reçoivent par besoin, en vue de la grâce et de la vérité à obtenir. Le Christ le reçut par surabondance et pour en recommander les eft'ets salutaires.

Le Christ s'est communié Lui-même à la dernière Cène. Il a communié aussi les Apôtres. Les a-t-Il communies tous? Judas était-il présent, au moment où Jésus communia ses disciples. Et, s'il était présent, reçut-il, lui aussi, la communion, des mains du Christ. Telle est la question qu'aborde maintenant saint Thomas. Nous allons l'étudier avec lui.

Article II.

Si le Christ a donné son corps à Judas ?

Trois objections veulent prouver que c le Christ n'a point donné son corps à Judas ». — La première en appelle au récit de l'Évangile. « Nous lisons, en effet, en saint Matthieu, ch. XXVI (v. 29), que le Seigneur, après qu'il eût donné son corps et son sang aux disciples, leur dit : Je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne jusquà ce jour oh je le boirai avec vous nouveau dans le Royaume de mon Père. D'où il semble que ceux auxquels II avait donné son corps et son sang, boiront de nouveau avec Lui. Or, Judas ne devait plus, dans la suite, boire avec Lui », puisqu'il n'aura point de part au festin du Royaume. « Donc il ne reçut point, avec les autres disciples, le corps et le sang du Christ ». — La seconde objection dit que « le Seigneur a accompli ce qu'il a commandé; selon celle parole du livre des Actes, ch. i (v. 1) : Jésus commença par J aire et enseigner. Or, Lui-même avait porté ce commandement, en saint Matthieu, ch. vn (v. 6) : Gardez-vous de donner les choses saintes aux chiens. Puis donc qu'il connaissait Lui-même que Judas était pécheur, il semble qu'il ne lui aura pas donné son corps et son sang ». — La troisième objection fait observer que '< le Christ est marqué spécialement avoir présenté à Judas le pain trempé, en saint Jean, ch. xiii (v. 26). Si donc il lui a donné son corps, il semble qu'il le lui aura donné, sous la bouchée » dont il s'agit; « alors surtout que nous lisons, au même endroit (v. 27) : Après la bouchée, Satan entra en lui; sur quoi saint Augustin dit (tr. LXII) : Nous apprenons par là combien il Jaut prendre garde h ne pas recevoir mal le bien. Si, en ejfet, est repris celui (jui ne juge pas, c'est-à-dire gui ne discerne pas le corps du Seigneur d'avec les autres aliments, quelle ne sera pas la condamnation de celui gui feignant d'être son ami, vient à sa table, étant son ennemi ? Or, avec la bouchée trempée. Judas ne reçut pas le corps du Christ, comme le dit saint Au-

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