XVIII. — Les Sacrements : L'Eucharistie. a
Article IV.
Si, à supposer qu'on eût conservé, dans un ciboire, ce sacrement au temps de la mort du Christ, ou que l'un des Apôtres l'eût consacré, Il serait mort, là?
Trois objections veulent prouver que « si ce sacrement, au temps de la mort du Christ, eût été conservé dans un ciboire, ou consacré par l'un des Apôtres, le Christ ne fût point mort, là ». — Une première objection arguë de ce que « la mort du Christ s'est produite comme efifet de sa Passion. Or, le Christ était, même alors, d'une manière impassible, dans ce sacrement. Donc II ne pouvait pas mourir, dans ce sacrement ». — La seconde objection déclare que « dans la mort du Christ, son sang fut séparé de son corps. Et, dans ce sacrement se trouve ensemble le corps et le sang du Christ. Donc le Christ, dans ce sacrement, ne fût point mort ». — La troisième objection dit que « la mort arrive par la séparation de l'âme d'avec le corps. Et, dans ce sacrement le corps du Christ est contenu aussi bien que son âme. Donc, dans ce sacrement, le Christ ne pouvait pas mourir ».
L'argument sed contra oppose que d le même Christ qui était sur la Croix eût été dans ce sacrement. Or, sur la Croix, Il mourait. Donc II fût mort, aussi, dans le sacrement conservé ».
Au corps de l'article, saint Thomas reprend cette même raison donnée dans l'argument sed contra et appuie sur elle en la précisant encore. Elle n'est d'ailleurs qu'une application nouvelle de la grande doctrine de la transsubstantiation telle que nous l'avons soulignée en son lieu et que le présent article confirme d'une manière si éclatante. « Le corps du Christ est le même en substance dans ce sacrement et en sa propre apparence ; c'est le mode qui n'est pas le même : car, en sa propre apparence » ou selon qu'il tombe lui-même sous les sens, « il est en contact avec les corps qui l'entourent, par ses propres dimensions; tandis qu'il ne l'est pas, selon qu'il est dans ce